Le sculpteur italien Lorenzo Ferri (1902-1975) consacra plus de quarante ans à l’étude du Saint Suaire. Avant l’apparition des restitutions numériques, il chercha à traduire en trois dimensions les informations visibles sur les photographies du linge : relief du visage, proportions du corps et position des membres.
Une partie importante de ses sculptures, études et documents est aujourd’hui conservée au Museo Civico Città di Cave – Museo Lorenzo Ferri, près de Rome.
Un sculpteur et restaurateur
Formé à Rome auprès du sculpteur Giuseppe Fallani, restaurateur des Palais pontificaux, Lorenzo Ferri obtint en 1921 son diplôme de l’Institut des beaux-arts. Il exerça comme sculpteur, peintre, restaurateur et enseignant.
Son expérience de la reconstitution des formes fragmentaires influença probablement son approche du Suaire. Selon le Museo Civico Lorenzo Ferri de Cave, il commença ses recherches sindonologiques en 1929, sous l’impulsion de Mgr Giuseppe Barbetta et du cardinal Alexis-Henri-Marie Lépicier.
Des reconstructions successives
Ferri ne réalisa pas une reconstruction unique. Il développa plusieurs modèles, progressivement corrigés :
| Date | Réalisation |
|---|---|
| 1933 | Première restitution de la tête en terre cuite |
| 1951 | Corps entier au quart de la grandeur naturelle |
| 1967 | Nouvelle reconstruction tridimensionnelle de la tête |
| 1968 | Première restitution du corps entier grandeur nature |
| 1973 | Nouvelle reconstruction grandeur nature |
Cette publication progressive de ses recherches marque le passage de l’étude du visage à celle du corps entier, notamment de sa posture et des relations entre les empreintes frontale et dorsale. Le Museo Civico Città di Cave permet d’observer de nombreuses étapes de sa recherche.
La sculpture comme instrument d’étude
Ferri utilisait la sculpture comme un outil de recherche analogique. À partir des photographies du Suaire, il transformait les variations de l’image en volumes anatomiques : front, pommettes, nez, bouche, barbe et structure du crâne.
Pour le corps, il proposait une disposition des bras, des jambes et du tronc susceptible de correspondre aux deux empreintes du linge. Il réalisa également des essais sur tissu afin d’observer les déformations produites lorsqu’une surface souple entre en contact avec un modèle en relief.
Ces expériences permettaient de tester visuellement une hypothèse. Elles ne démontraient cependant ni l’exactitude anatomique du modèle ni le mécanisme de formation de l’image sindonique.
Cette démarche est proche, mais distincte, de celle du sculpteur Stefano Vigna. Dans son étude anthropométrique publiée en 1939, Vigna analysait les proportions de l’homme du Suaire à partir des canons artistiques du corps humain et identifiait plusieurs modules récurrents. Ferri allait plus loin dans la matérialisation de cette lecture en produisant des modèles tridimensionnels et des essais d’application du tissu.
Il s’agit donc moins d’une influence démontrée que d’une convergence contemporaine : Vigna étudiait les rapports de proportions ; Ferri les traduisait en volumes. Dans les deux cas, le corps sindonique était traité comme une structure mesurable, sans que ces restitutions puissent démontrer le mécanisme de formation de l’image 1.
Apports et limites
Lorenzo Ferri fut l’un des premiers à employer systématiquement la sculpture pour étudier l’image du Suaire. Ses modèles permettent de visualiser :
- une interprétation possible du relief du visage ;
- les proportions attribuées au corps ;
- la position supposée des membres ;
- les rapports entre les images frontale et dorsale ;
- les déformations liées au contact d’un tissu avec un volume.
Ces restitutions demeurent toutefois dépendantes des photographies et des choix interprétatifs du sculpteur.
Une reconnaissance internationale
En 1950, Ferri participa au premier congrès international d’étude du Saint Suaire organisé à Rome. Il y présenta les résultats de ses recherches et rencontra plusieurs spécialistes du sujet.
En 1952, il fut reçu en audience privée par le pape Pie XII, auquel il présenta sa reconstruction du visage. Ses travaux furent ensuite diffusés par la presse, des publications et plusieurs émissions de télévision.
Ferri poursuivit sa « reconstruction grandeur nature du corps de l’homme du Suaire » jusqu’à sa mort, survenue à Rome le 25 février 1975.
Bibliographie chronologique — normes APA
- Ferri, L. (1978). La Sindone vista da uno scultore. Editrice La Parola.
- Ferri, L. (1986). Volto senza tempo. Sallustiana Editrice.
- Wilson, I. (2000). Shroud man reconstructed. British Society for the Turin Shroud Newsletter, (51). The Shroud of Turin Website
- Wilson, I., & Schwortz, B. M. (2000). The Turin Shroud: The illustrated evidence. Michael O’Mara Books.
- Ferri, L. (2007). L’uomo della Sindone nella ricostruzione dello scultore Lorenzo Ferri: Quarantacinque anni di studi dal 1930 al 1975. Edizioni Kappa.
- Ferri, G., & Economopoulos, H. (Eds.). (2014). Museo Lorenzo Ferri, Città di Cave. Gangemi Editore.
- Museo Civico Città di Cave. (s. d.). Il Museo: Lorenzo Ferri (1902-1975). Museo Lorenzo Ferri
- Vigna, 1939 ; Ferri, 1978 ; Wilson, 2000[↩]