Luigi Gonella

Luigi Gonella (?-2007) est un ingénieur et professeur italien du Politecnico di Torino, spécialiste de l’instrumentation et de la métrologie, surtout connu dans l’histoire récente du Saint Suaire pour avoir été le conseiller scientifique du cardinal Anastasio Ballestrero, archevêque de Turin et custode du Suaire. Il occupe cette fonction de la fin des années 1970 jusqu’à la période de la datation radiocarbone de 1988. 1

Son rôle est particulièrement important parce qu’il se situe à l’interface entre les autorités turinoises, les chercheurs italiens, l’équipe américaine du Shroud of Turin Research Project (STURP) et, quelques années plus tard, les laboratoires chargés de la datation au carbone 14.

Le conseiller scientifique du cardinal Ballestrero

Lorsque le cardinal Anastasio Ballestrero devient archevêque de Turin en 1977, Luigi Gonella devient progressivement son principal interlocuteur scientifique pour les questions relatives au Suaire. Il intervient notamment dans l’examen et l’organisation des propositions de recherche soumises aux autorités turinoises. 2

Cette fonction ne signifie pas que Gonella soit lui-même membre du STURP au sens strict. Il représente avant tout, du côté turinois, l’autorité chargée d’évaluer, de coordonner et de suivre les opérations scientifiques autorisées sur le tissu.

Son importance apparaît clairement lors de la campagne de 1978, au cours de laquelle il travaille directement avec John P. Jackson, Eric Jumper, Giovanni Riggi et les autres scientifiques impliqués dans les examens. Des photographies prises à Turin le montrent participant aux réunions préparatoires, à l’installation du matériel et aux échanges avec l’équipe américaine. 2

Les examens scientifiques de 1978

À l’issue de l’ostension de 1978, le Suaire est soumis pendant plusieurs jours à une campagne d’examens sans précédent. Le STURP utilise notamment photographie scientifique, rayons X, ultraviolet, spectrométrie et prélèvements de surface. Les opérations se déroulent du 8 au 13 octobre 1978 dans le palais royal de Turin. 3

Gonella joue alors un rôle de coordination scientifique côté turinois. Il constitue l’un des principaux liens entre les chercheurs étrangers et le cardinal Ballestrero.

Il participe également aux discussions techniques entourant les procédures autorisées et la protection du tissu. Cette position l’amène à rester étroitement associé au dossier scientifique du Suaire pendant la décennie suivante.

Vers la datation au carbone 14

Après 1978, la possibilité d’une datation radiocarbone devient progressivement l’une des principales questions scientifiques concernant le Suaire.

L’amélioration des techniques de spectrométrie de masse par accélérateur (AMS) permet désormais de travailler sur des quantités de tissu beaucoup plus faibles qu’auparavant. Plusieurs laboratoires proposent alors de dater directement le lin.

Au milieu des années 1980, Gonella participe aux discussions entre Turin, les spécialistes du radiocarbone et le British Museum, dont Michael Tite devient l’un des principaux coordinateurs scientifiques du projet. Un protocole élaboré en 1986 envisage initialement plusieurs laboratoires et plusieurs prélèvements afin de renforcer la fiabilité de l’expérience. 4

La procédure est ensuite simplifiée : trois laboratoires sont finalement retenus, à Oxford, Zurich et Tucson.

Le prélèvement du 21 avril 1988

Le 21 avril 1988, le Suaire est sorti de son reliquaire afin d’effectuer le prélèvement destiné aux trois laboratoires.

Sont notamment présents le cardinal Ballestrero, Luigi Gonella, Giovanni Riggi, Franco Testore, Michael Tite et les représentants des laboratoires. 5

Le prélèvement est effectué dans une zone située à proximité de l’emplacement déjà utilisé pour un prélèvement en 1973. Giovanni Riggi réalise la découpe, tandis que Franco Testore intervient pour les opérations de pesée et de contrôle textile.

Gonella est donc directement présent lors de l’une des opérations les plus importantes et les plus controversées de toute l’histoire scientifique du Suaire.

Les résultats de la Catation au Carbone 14 de 1988

Les trois laboratoires obtiennent des résultats compatibles entre eux et attribuent le tissu analysé à la période 1260–1390 apr. J.-C., avec un niveau de confiance annoncé de 95 %. Les résultats sont officiellement publiés dans Nature en 1989. 5

Avant même l’annonce officielle du 13 octobre 1988, des informations concernant les résultats circulent dans la presse britannique.

Gonella dénonce alors publiquement ces fuites, estimant qu’elles contreviennent aux engagements de confidentialité pris autour de l’expérience. Fin septembre 1988, il reconnaît cependant que les informations parues dans la presse correspondent vraisemblablement aux résultats obtenus par les laboratoires. 6

Lors de la conférence de presse officielle du 13 octobre 1988 à Turin, il se trouve aux côtés du cardinal Ballestrero au moment où celui-ci annonce les conclusions de la datation.

Une position plus nuancée que ne le laisse penser la controverse

Gonella ne rejette pas immédiatement les résultats radiocarbone.

Il déclare ne disposer d’aucune raison scientifique suffisante pour affirmer que les mesures effectuées par les laboratoires sont erronées. Mais il rappelle également qu’un résultat scientifique reste toujours susceptible d’être réexaminé à la lumière de nouvelles données. 7

Cette position est importante pour comprendre son rôle : Gonella n’est ni simplement un défenseur inconditionnel de la datation de 1988, ni un adversaire systématique de celle-ci.

Il devient cependant progressivement critique à l’égard de certaines conditions de l’expérience, notamment du déroulement du protocole, des relations avec les laboratoires et du contrôle exercé sur les opérations.

Les échantillons conservés et les travaux de Raymond Rogers

Un élément particulièrement important apparaît plusieurs années plus tard.

En décembre 2003, le chimiste américain Raymond N. Rogers, ancien membre du STURP, reçoit de Luigi Gonella des fibres provenant de l’échantillon radiocarbone de 1988. Selon Rogers, Gonella lui indique que ces fibres proviennent du centre de l’échantillon avant sa distribution aux laboratoires. 8

Rogers compare ces fibres avec les prélèvements réalisés sur d’autres régions du Suaire en 1978.

Il affirme alors avoir identifié des différences chimiques entre la zone du prélèvement radiocarbone et le reste du tissu, ce qui l’amène à considérer que l’échantillon de 1988 pourrait ne pas être représentatif de l’ensemble du Suaire. 8

Cette transmission de fibres par Gonella constitue ainsi l’une de ses dernières contributions importantes au débat scientifique.

Les échantillons radiocarbone conservés ont depuis continué à faire l’objet d’études et de réexamens. 9

Bibliographie — ordre chronologique

  • Evin, J. (1988). In anticipation of carbon 14 dating of the Shroud of Turin. Shroud Spectrum International, 27.
  • Hilts, P. J. (1988, 28 septembre). Shroud of Turin made in 1300s, analysis finds. The Washington Post. The Washington Post
  • Damon, P. E., Donahue, D. J., Gore, B. H., Hatheway, A. L., Jull, A. J. T., Linick, T. W., Sercel, P. J., Toolin, L. J., Bronk, C. R., Hall, E. T., Hedges, R. E. M., Housley, R., Law, I. A., Perry, C., Bonani, G., Trumbore, S., Woelfli, W., Ambers, J. C., Bowman, S. G. E., Leese, M. N., & Tite, M. S. (1989). Radiocarbon dating of the Shroud of Turin. Nature, 337, 611–615.
  • Rogers, R. N. (2005). Studies on the radiocarbon sample from the Shroud of Turin. Thermochimica Acta, 425(1–2), 189–194. ntskeptics.org
  • Schwortz, B. M. (2007). Shroud history. Shroud.com. shroud.com
  • Schwortz, B. M. (2018). 2018 marks the 40th anniversary of STURP’s historic 1978 Shroud examination. Shroud.com. shroud.com
  • Heritage Science. (2026). Analysis of textile fragments from the 1988 radiocarbon samples of the Turin Shroud. npj Heritage Science.
— Notes —
  1. Schwortz, 2007 ; Schwortz, 2018[↩]
  2. Schwortz, 2018[↩][↩]
  3. Schwortz, s. d.[↩]
  4. Evin, 1988[↩]
  5. Damon et al., 1989[↩][↩]
  6. Hilts, 1988[↩]
  7. Wilson, 2005[↩]
  8. Rogers, 2005[↩][↩]
  9. Heritage Science, 2026[↩]

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