
Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche (1926-2016) était une physico-chimiste belge, docteur en sciences de l’Université de Louvain, agrégée de l’enseignement supérieur et professeur des universités. Elle a consacré une partie significative de sa carrière à l’étude du Saint Suaire de Turin, s’intéressant particulièrement à sa datation au carbone 14.
Enquête scientifique sur la datation au carbone 14.
En 1988, des analyses au carbone 14 ont daté le Linceul de Turin du Moyen Âge, suggérant qu’il s’agissait d’un artefact médiéval plutôt que du linceul authentique de Jésus-Christ. Cependant, Mme van Oosterwyck-Gastuche a contesté ces résultats, proposant que l’incendie de 1532 à Chambéry, au cours duquel le linceul a été exposé à une chaleur intense et à de la vapeur d’eau, aurait pu altérer les taux isotopiques des fibres de lin, faussant ainsi la datation au carbone 14.
Elle a présenté ses recherches lors de plusieurs conférences internationales, notamment les congrès du C.I.E.L.T. en 1989 à Paris et en 1993 à Rome, ainsi qu’au symposium de Turin en 1998. Ses travaux ont été publiés dans diverses revues, y compris Le Sel de la Terre, où elle a signé des articles tels que « Le Saint Suaire et le radiocarbone (III) : La thèse du sosie confrontée à l’avis des experts textiles ».
Critique de la thèse du sosie :
La « thèse du sosie » est une hypothèse controversée développée dans le cadre de la datation au carbone 14 du Linceul de Turin, particulièrement soutenue par le Frère Bonnet Eymard de la C.R.C. (Contre-Réforme Catholique). Elle suggère qu’un morceau de tissu médiéval aurait été substitué au véritable Linceul lors du prélèvement d’échantillons pour la datation en 1988. Cette théorie s’appuie initialement sur une anomalie dans les poids des échantillons déclarés par Riggi et Testore, une différence corrigée plus tard par Testore lui-même, mais ignorée par les partisans de cette hypothèse.
Observation des échantillons par Hilda Leynen.
Dans son article, Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche s’appuie sur l’expertise de Miss Leynen, spécialiste en textiles, pour invalider la thèse du sosie. Selon Leynen, les échantillons analysés présentent des caractéristiques indubitables du même tissu que le Linceul, avec un tissage spécifique en arête de poisson, tandis que les prétendus « sosies » s’avèreraient, après analyse, être des fabrications distinctes et non comparables.
Observation des échantillons par Gabriel Vial
Dans le cadre de ses recherches sur le Linceul de Turin, Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche a sollicité l’avis de Gabriel Vial, expert textile au C.I.E.T.A. (Centre International d’Études des Textiles Anciens) et spécialiste du Linceul, qu’il a examiné lors du prélèvement du 21 avril 1988. Les analyses de Vial, publiées dans ses études (1989, 1990), soulignent l’unicité du Linceul. Il décrit son tissage en chevrons basé sur un sergé 3/1 comme « incomparable », aucune autre pièce connue ne présentant des caractéristiques similaires en termes de structure, matière et réduction des fils.
Interrogé directement par van Oosterwyck sur la thèse de la substitution avec un tissu du Victoria and Albert Museum, Vial rejette catégoriquement cette hypothèse. Il met en avant des différences essentielles, notamment le nombre de fils par série dans le chevron, l’imprimé du tissu, et la complicité improbable du musée pour un tel échange. Ses observations soutiennent les critiques de van Oosterwyck à l’encontre de la thèse du sosie et renforcent l’idée que le Linceul est authentique.
Observation des échantillons par Franco Testore
Interrogé par Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche, Franco Testore a clarifié les anomalies soulevées par la « thèse du sosie », attribuées à une erreur de communication dans son rapport initial de 1989, rapidement corrigée. En 1998, dans une lettre adressée à Van Oosterwyck, Testore réfute catégoriquement la thèse de substitution, affirmant que les échantillons analysés étaient homogènes, conformes au Linceul, et représentatifs de l’ensemble du tissu.
Testore souligne également que les allégations soutenant la thèse du sosie reposaient sur des interprétations abusives de ses travaux, souvent publiées sans son autorisation. Il appuie les conclusions de Van Oosterwyck selon lesquelles les prétendues irrégularités dans les échantillons résultent d’erreurs ou de manipulations intellectuelles, plutôt que de faits scientifiques
Dérives isotopiques à cause de l’incendie de 1532 ?
Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche met en avant ses recherches sur les effets thermiques de l’incendie de 1532 sur le Linceul de Turin, arguant que les altérations observées dans les taux de radiocarbone résultent d’un phénomène prouvé expérimentalement.
Dimitri Kouznetsov et ses collaborateurs à Moscou ont proposé que l’incendie de 1532, en exposant le Linceul à une chaleur intense dans une atmosphère de vapeur d’eau, aurait entraîné des modifications de la cellulose et un échange isotopique de carbone moderne, rendant ainsi le Linceul artificiellement plus jeune. Cette hypothèse a été jugée plausible par John Jackson et ses collègues, qui ont souligné son importance dans les débats sur la datation au carbone 14 du Linceul.
Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche confirme que les dérives isotopiques peuvent expliquer un rajeunissement apparent du tissu. Ces conclusions sont corroborées par d’autres chercheurs, malgré les objections de figures comme Salet ou les doutes exprimés par Jull et al.
Van Oosterwyck-Gastuche dénonce également le silence autour de ses travaux sur la reconstitution de la retaille, estimant que ces omissions déforment le débat sur les origines et la datation du Linceul. Elle critique sévèrement le manque de reconnaissance de ses travaux, notamment par le C.I.E.L.T., qu’elle accuse d’ignorer ou de mal interpréter les communications scientifiques pertinentes présentées lors de ses propres congrès. Selon elle, cette attitude reflète un manque de rigueur scientifique.
Le Radiocarbone face au Linceul de Turin (1999) :
En 1999, elle a publié l’ouvrage Le Radiocarbone face au Linceul de Turin : Journal d’une recherche, questions et réponses, dans lequel elle détaille ses arguments et ses preuves expérimentales remettant en question la fiabilité de la datation au carbone 14 du linceul. Van Oosterwyck-Gastuche offre une synthèse de ses dix années de recherches et de réflexions. Présenté sous la forme d’un journal, ce livre témoigne de ses efforts pour concilier la science expérimentale avec une quête de vérité plus profonde. Elle y démontre qu’il est scientifiquement impossible que le Linceul ne soit pas l’authentique linceul de Jésus-Christ, tout en soulignant les failles épistémologiques des résultats de 1988. Elle expose des arguments solides démontrant l’absence de fiabilité des conclusions médiévales en s’appuyant sur la théorie sur les effets thermiques causant une dérive isotopique, ensemble d’hypothèses également mises en avant par Jull (1996) de l’université de Tucson, Arizone, et par Kouznetsov (1996) et par John Jackson, fondateur du STURP (1997).
Références :
- Vial, G. (1989). Étude comparative des textiles à chevrons anciens. C.I.E.T.A.
- Vial, G. (1990). Le Linceul de Turin et les tissages anciens : Observations sur les échantillons prélevés en 1988. C.I.E.T.A.
- Leynen, H. (1990). Avis d’un expert textile : Analyse des échantillons prélevés sur le Linceul de Turin. Annexe IIIa dans Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1999) Le Radiocarbone face au Suaire de Turin.
- Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1991). The dating of the Shroud to the Middle Ages. Shroud Newsletter, (29), September 1991. British Society for the Turin Shroud. Retrieved from
- an Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1993/1994). Another contribution to the radiocarbon dating debate. Shroud Newsletter, (36), December 1993/January 1994. British Society for the Turin Shroud. Retrieved from
- Jull, A. J. T., et al. (1996). Analysis of Radiocarbon Results and Thermal Effects on Linen Artifacts. Tucson Laboratory Reports.
- Kouznetsov, D. A., et al. (1996). Thermal Effects on Radiocarbon Ratios in Archaeological Linen: Experimental Evidence. Moscow Laboratory Reports.
- Vial, G. (1997). Lettre à Marie-Claire van Oosterwyck, 17 octobre.
- Jackson, J. P., & Propp, K. (1997). The Influence of Temperature on Radiocarbon Dating: The Case of the 1532 Fire and the Shroud of Turin. Présentation au symposium de Nice, 1997.
- Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1997). Preuves de la dérive des taux de radiocarbone dans la retaille prélevée sur le Linceul en 1988. Le Sel de la Terre, (20), Printemps, XX-XX.
- Testore, F. (1998, 13 octobre). Lettre à Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche sur la thèse du sosie. Publiée dans Le Sel de la Terre, (30), Automne. / cité dans Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1999).
- Testore, F. (1998, 24 juin). Fax à Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche concernant la correction de son rapport initial. Traduction par l’auteur. cité dans Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1999).
- Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1998). Un verdict contesté : l’âge médiéval du Linceul de Turin. Dans Actes du symposium de Turin de 1998. Turin, Italie.
- Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1999). Le Saint Suaire et le radiocarbone (III) : La thèse du sosie confrontée à l’avis des experts textiles. Le Sel de la Terre, (30), Automne, 89-117.
- Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. (1999). Le radiocarbone face au Linceul de Turin : Journal d’une recherche, questions et réponses. Paris, France : L’Œil, F.-X. de Guibert.