Avertissement :
La copie du document est présente à la Bibliothèque Nationale de Paris, Collection de Champagne,v. 134, folio 138. & v. 154. folio 137. Il s’agit en réalité d’un écrit anonyme, non signé, non daté, non scellé donc attribué à Pierre d’Arcis. C’est possiblement le brouillon d’une lettre ou bien un écrit confidentiel non signé en cas d’interception des courriers. La traduction de 1903 du père Herbert Thurston a été analysée comme incomplète depuis les travaux critiques du frère Bruno Bonnet-Eymard.
Mémorandum de Pierre d’Arcis, évêque de Troyes,
au pape Clément VII d’Avignon

Transcription :
Traduction du latin par le révérend Herbert Thurston (1856-1939),
prêtre jésuite anglais et érudit prolifique,
Vérité concernant le linge de Lirey, qui, après avoir été longtemps exposé par le passé, vient d’être de nouveau exposé, au sujet duquel j’ai l’intention d’écrire à notre Seigneur le Pape dans les termes suivants, aussi brièvement que possible. » 1
Spontanément, aux pieds de Sa Sainteté, les baisant dévotement avec toute la promptitude requise par l’obéissance religieuse. Très Saint Père, considérant que les affaires importantes, en particulier celles où il y a un danger pour les âmes et où l’opposition de pouvoirs supérieurs rend difficile l’application des mesures nécessaires, doivent être soumises au Siège apostolique, dont la prévoyance attentive prend toujours les décisions les plus utiles à la gloire de Dieu et au salut des âmes, je porte donc à la connaissance de Votre Sainteté un fait empreint de danger et pernicieux par l’exemple qu’il donne, et qui vient de se produire dans le diocèse de Troyes, afin que par la prévoyance de Votre Sainteté, qui ne cesse de veiller au bien-être de ses sujets et de les préserver des périls, un prompt remède soit apporté pour la gloire de Dieu, l’honneur de l’Église et le salut des âmes. 2
Voici, saint Père, la chose.
Il y a quelque temps, dans ce diocèse de Troyes, le doyen d’une certaine collégiale, à savoir celle de Lirey, par tromperie et tromperie, étant rongé par la passion de l’avarice, et non par un motif de dévotion, mais seulement par le désir du gain, se procura pour son église un certain tissu habilement peint, sur lequel, par un tour de passe-passe habile, était représentée la double image d’un seul homme, c’est-à-dire le dos et le devant, déclarant et prétendant faussement que c’était le linceul réel dans lequel notre Sauveur Jésus-Christ était enveloppé dans le tombeau, et sur lequel toute la ressemblance du Sauveur était restée ainsi imprimée avec les plaies qu’il portait. Cette histoire fut répandue non seulement dans le royaume de France, mais pour ainsi dire dans le monde entier, de sorte que de toutes parts on se rassembla pour la voir. Et pour attirer la foule et lui soutirer de l’argent, on fit de faux miracles, et l’on fit venir des hommes qui se faisaient passer pour guéris au moment où l’on montrait le linceul, et tous crurent qu’il s’agissait du linceul de Notre-Seigneur.
Le seigneur Henri de Poitiers, de pieuse mémoire, alors évêque de Troyes, ayant appris cela, et exhorté par plusieurs personnes prudentes à agir comme il le devait dans l’exercice de sa juridiction ordinaire, s’appliqua avec zèle à découvrir la vérité de cette affaire. Car plusieurs théologiens et autres savants disaient que ce ne pouvait être le véritable linceul de Notre-Seigneur, sur lequel était imprimée l’image du Sauveur, puisque le saint Évangile ne fait aucune mention d’une telle empreinte, et si cela avait été vrai, il est tout à fait invraisemblable que les saints Évangélistes l’eussent omis de le rapporter, ou que le fait fût resté caché jusqu’à présent.
Finalement, après avoir fait des recherches et des examens approfondis, il découvrit la fraude et la manière dont le tissu avait été peint avec habileté, la vérité étant attestée par l’artiste qui l’avait peint, à savoir qu’il s’agissait d’une œuvre d’art humain et non d’une œuvre miraculeuse ou accordée.
C’est pourquoi, après avoir pris conseil auprès de théologiens et de juristes savants, voyant qu’il ne devait ni ne pouvait laisser passer l’affaire, il commença à intenter une procédure formelle contre ledit doyen et ses complices afin de déraciner cette fausse persuasion. Ceux-ci, voyant leur méchanceté découverte, cachèrent ledit tissu de sorte que l’ordinaire ne puisse le trouver, et ils le gardèrent caché ensuite pendant trente-quatre ans ou environ jusqu’à cette année. Et maintenant encore le doyen actuel de ladite église, avec une intention frauduleuse et pour le gain, a suggéré, comme on le rapporte, au seigneur Geoffroy de Charny, chevalier et seigneur temporel du lieu, de faire remplacer ledit tissu dans ladite église, afin que par un renouvellement du pèlerinage l’église puisse être enrichie des offrandes faites par les fidèles.
Agissant sur la suggestion du doyen, Le chevalier, qui marchait ainsi sur les traces de son prédécesseur, se rendit chez le cardinal de Thurv, nonce et légat de votre Sainteté en territoire français, et supprimant les faits que ledit tissu à l’époque ci-dessus mentionnée était affirmé être le linceul de notre Sauveur, et qu’il portait l’image du Sauveur imprimée dessus, et que l’Ordinaire avait pris des mesures contre les chanoines afin de supprimer l’erreur qui s’était produite, et que ledit tissu par crainte de l’Ordinaire avait été caché, non même, dit-on, transporté hors du diocèse, il représenta au cardinal que ledit tissu était une image ou figure du linceul, que beaucoup de gens venaient visiter par dévotion et qui avait été auparavant très vénéré et fréquenté dans cette église, mais à cause de la guerre et d’autres causes, par ordre de l’Ordinaire, avait été placé pendant longtemps en meilleure garde, demandant qu’il lui soit permis d’installer dans ladite église cette image ou figure 1.
Le suaire [ ?] cardinal, sans approuver entièrement la requête, mais agissant probablement sur la foi des faits qui lui étaient présentés et jusqu’ici avec prudence, accorda au requérant, par autorité apostolique, que, sans demander la permission à l’Ordinaire ou à qui que ce soit, il pût placer cette image ou figure du suaire de Notre-Seigneur dans ladite église ou dans tout autre lieu convenable. Et sous le couvert de cette autorisation écrite, le linceul fut exposé et montré au peuple dans ladite église, aux jours de grandes fêtes, et souvent aux jours de fête et à d’autres occasions, avec la plus grande solennité, même plus que lorsque le Corps du Christ Notre-Seigneur est exposé, à savoir, par deux prêtres revêtus d’aubes avec étoles et manipules, et usant de la plus grande révérence possible, avec des torches allumées et sur une haute estrade construite spécialement à cet effet, et bien qu’il ne soit pas déclaré publiquement qu’il s’agit du véritable linceul du Christ, néanmoins cela est donné et répandu en privé, et ainsi il est cru par beaucoup, d’autant plus que, comme indiqué ci-dessus, il a été déclaré à l’occasion précédente comme étant le véritable linceul du Christ, et par une certaine manière ingénieuse de parler il est maintenant appelé dans ladite église non pas le [ ? ]
Le cardinal demanda la permission de placer dans ladite église cette image ou figure du linceul que tant de personnes désiraient voir par dévotion, afin qu’elle y soit montrée au peuple et vénérée par les fidèles. Alors ledit cardinal, sans approuver entièrement la requête, mais agissant probablement sur la foi des faits qui lui étaient présentés et jusqu’ici avec prudence, accorda au requérant par autorité apostolique que, sans demander la permission à l’Ordinaire ou à qui que ce soit, il pouvait placer cette image ou figure du linceul de Notre Seigneur dans ladite église ou dans tout autre lieu convenable. Et sous le couvert de cette autorité écrite, le linceul était ouvertement exposé et montré au peuple dans l’église susmentionnée lors des grandes fêtes, et fréquemment lors des fêtes et à d’autres moments, avec la plus grande solennité, même plus que lorsque le Corps du Christ notre Seigneur est exposé ; à savoir, par deux prêtres revêtus d’aubes avec étoles et manipules et utilisant la plus grande révérence possible, avec des torches allumées et sur une haute estrade construite à cet effet spécial ; et bien qu’il ne soit pas déclaré publiquement qu’il s’agit du véritable linceul du Christ, néanmoins il est donné et annoncé en privé, et il est ainsi cru par beaucoup, d’autant plus que, comme il a été dit plus haut, il a été déclaré à l’occasion précédente comme étant le véritable linceul du Christ, et par une certaine manière ingénieuse de parler, il est maintenant appelé dans ladite église non pas le linceul du Christ.
Néanmoins, cela est donné et répandu en privé, et ainsi beaucoup le croient, d’autant plus que, comme indiqué ci-dessus, il a été déclaré à l’occasion précédente comme étant le véritable linceul du Christ, et par une certaine manière ingénieuse de parler, il est maintenant appelé dans ladite église non pas le Le suaire, mais le sanctuaire , ce qui, aux oreilles du vulgaire, peu sensible aux distinctions, sonne à peu près de la même manière, et des foules de gens s’y rendent aussi souvent qu’on le montre ou qu’on s’attend à le voir, croyant, ou plutôt se trompant, qu’il s’agit du véritable suaire. On entend d’ailleurs couramment dire qu’il a été approuvé par le Siège apostolique au moyen des lettres du seigneur cardinal précité.
En conséquence, Père très saint, voyant ce grand scandale se renouveler parmi le peuple et l’illusion s’accroître au péril des âmes, et voyant aussi que le doyen de ladite église ne s’était pas tenu aux termes des lettres du cardinal, obtenues pourtant par la suppression de la vérité et la suggestion de ce qui était faux, comme je l’ai déjà expliqué, voulant faire face au danger du mieux que je pouvais et arracher cette fausse persuasion du troupeau qui m’était confié, après avoir consulté plusieurs conseillers prudents, j’ai défendu audit doyen sous peine d’excommunication, par l’acte même suffisamment publié [ eo ipso latael ], de montrer ce drap au peuple jusqu’à ce qu’il en fût décidé autrement.
Mais celui-ci, refusant d’obéir et faisant appel, au mépris de l’interdiction, continua à montrer ce drap comme auparavant. De plus, le chevalier, maintenant et défendant cette conduite, en tenant ledit drap de ses propres mains lors d’une certaine fête solennelle et en le montrant au peuple avec les observances ci-dessus décrites, s’est fait, par un ordre royal [ salvagardia]], pour être mis en possession et occupation formelles de ladite étoffe et du droit de l’exposer, et cela m’a été notifié ; et ainsi, sous le couvert de l’appel ainsi que du dit mandat royal, cette illusion est dissimulée et propagée, au mépris de l’Église, au scandale du peuple et au péril des âmes – tout ce à quoi je suis impuissant à remédier – bien plus, à la diffamation de mon prédécesseur ci-dessus nommé qui a dénoncé l’abus en son temps, et de moi-même qui, du mieux que je peux, suis également désireux de prendre la mesure prudente que je peux.
Mais, hélas ! Le scandale est soutenu et défendu et ses partisans font répandre parmi le peuple que j’agis par jalousie et cupidité et pour obtenir la possession de l’étoffe pour moi-même, tout comme des rumeurs similaires ont circulé auparavant contre mon prédécesseur ; tandis que, d’un autre côté, d’autres affirment que j’agis trop mollement dans l’affaire et que je me ridiculise en laissant l’abus continuer. Mais quoique j’aie cité avec insistance et humilité le chevalier et que je l’aie prié de suspendre pour un temps l’exposition de la nappe jusqu’à ce que Votre Sainteté soit consultée et se prononce sur la question, il n’a pas fait attention, ou plutôt, sans que je le sache, il a fait faire à Votre Sainteté des représentations dans le même sens que celles déjà faites au cardinal, ajoutant que je refusais de déférer aux lettres du cardinal, que j’avais ignoré l’appel et que j’avais continué à lancer des interdictions et des sentences d’excommunication contre ceux qui exhibaient la nappe et contre les personnes qui venaient la vénérer.
Mais avec toute la déférence pour l’auteur de ces représentations, mon action en procédant ainsi contre ceux qui exhibaient et vénéraient la nappe ne dérogeait en rien aux lettres du cardinal, bien qu’elles aient été obtenues subrepticement. Cette autorisation de sa part ne concédait nullement que la nappe puisse être exposée en publicité ou vénérée, mais seulement qu’elle pouvait être restituée ou logée dans ladite église ou dans quelque autre endroit décent. Et parce qu’ils ne voulurent pas se conformer aux termes de la permission du cardinal, je procédai contre eux selon les formes ordinaires de la loi, comme je suis tenu de le faire, et non sans avoir beaucoup demandé conseil à des avocats, pour dissiper le scandale et ladite illusion populaire, croyant que je serais gravement en faute si je complaisais de tels abus. De plus, ayant à me soucier de ma propre sécurité en cette affaire, je fus obligé, agissant toujours sur l’avis de conseillers prudents, de recourir au secours du bras séculier, et cela d’autant plus que ledit chevalier avait d’abord commencé à remettre l’affaire entre les mains des autorités civiles en se faisant mettre en possession formelle du droit d’exposer le drap par l’ordre du roi, comme il a été dit ci-dessus, ce qui semble une procédure assez absurde.
J’ai donc pris des mesures pour que le linceul soit confié à la garde des officiers du roi, toujours dans le même but, à savoir qu’au moins jusqu’à ce que je puisse porter toute l’affaire à la connaissance de Votre Sainteté, ces expositions puissent être temporairement terminées. Et dans cette requête, j’ai obtenu gain de cause sans difficulté auprès de la cour du Parlement du roi, une fois qu’elle fut pleinement informée de l’origine superstitieuse de ce linceul, de l’usage auquel il était destiné, et de l’illusion et du scandale sur lesquels j’ai attiré l’attention. En vérité, il est étonnant pour tous ceux qui connaissent les faits de l’affaire que l’opposition qui m’entrave dans ces démarches vienne de l’Église, de laquelle j’aurais dû chercher un soutien vigoureux, ou plutôt m’attendre à une punition si je m’étais montré paresseux ou négligent. Cependant, le chevalier susmentionné m’a précédé et, après avoir présenté l’affaire comme je l’ai expliqué, a obtenu de Votre Sainteté un bref dans lequel les lettres dudit Seigneur Cardinal sont substantiellement confirmées « Ex certa scientia » , et il est permis que, malgré toutes les interdictions et tous les appels, ledit tissu soit montré et exposé à la vénération des fidèles ; tandis que, comme je l’ai entendu dire, – car je n’ai pu me procurer une copie dudit Bref – un silence perpétuel m’est enjoint.
Mais attendu que le droit canon m’oblige à veiller à ce que personne ne soit trompé par de fausses représentations et de faux documents à des fins lucratives, et parce que je suis certain que ce Bref a été obtenu par suggestion de ce qui est faux et suppression de la vérité, et qu’autrement il n’aurait jamais été publié, alors que je n’ai été ni cité ni entendu, d’autant plus que la reprise devrait jouer en ma faveur que je n’interviendrais pas dans une telle cause sans raison, ni ne dérangerais personne dans une pratique de dévotion qui était inoffensive et exempte d’extravagance, j’ai la plus grande confiance que Votre Sainteté me supportera si, compte tenu des faits ci-dessus, je continue à m’opposer à ladite exposition jusqu’à ce que j’aie des instructions plus complètes de Votre Sainteté elle-même, maintenant mieux informée de la vérité de l’affaire.
Je vous prie donc, Père très béni, de daigner prêter attention à ce qui précède, et de prendre des mesures pour que ce scandale, cette illusion et cette abominable superstition soient mis fin, en fait et en apparence, de telle manière que ce tissu ne soit ni considéré comme un suaire , ni comme un sanctuaire , ni comme une image ou une figure du suaire de Notre-Seigneur, puisque le suaire de Notre-Seigneur n’était rien de tel, ni enfin, sous aucun autre prétexte ingénieux, exposé au peuple ou exposé à la vénération, mais que, pour exprimer l’horreur d’une telle superstition, il soit publiquement condamné, les lettres clandestines dont il a été question ci-dessus étant rappelées, ou plus véritablement déclarées nulles et non avenues [de peur que les persécuteurs et les détracteurs de l’Église aux yeux perçants ne s’en prennent à la discipline de l’Église et ne disent qu’un remède plus prompt et plus efficace contre les scandales et les impostures se trouve dans les tribunaux séculiers que dans ceux de l’autorité ecclésiastique]. Je m’offre ici comme prêt à fournir tous les renseignements suffisants pour dissiper tout doute sur les faits allégués, tant par la presse que par d’autres sources, afin de m’exonérer et aussi de décharger ma conscience dans une affaire qui me tient grandement à cœur. De plus, si ma santé l’avait permis, je me serais présenté personnellement à Votre Sainteté pour lui exposer ma plainte du mieux que je peux, car je suis convaincu que je ne peux pas exprimer pleinement ou suffisamment par écrit la nature grave du scandale, le mépris porté à l’Église et à la juridiction ecclésiastique, et le danger pour les âmes ; néanmoins, je fais ce que je peux, principalement pour être innocent devant Dieu, laissant tout le reste à la disposition de Votre Sainteté, que le Tout-Puissant puisse longtemps préserver, etc.
Sources :
- Herbert Thurston (1903) « Le Saint Suaire et le Verdict de l’Histoire » , The Month (Le Mois) , Volume CI (101), pages 17-29, 1903
- Bonnet-Eymard, Bruno, (1991) Superabundant Historical Testimony, Catholic Counter-Reformation in the XXth Century, Eng. Version, p.13-14 (No. 237, March 1991).
- en tête omise en 1903 par le révérend Herbert Thurston [↩]
- premier paragraphe omis en 1903 par le révérend Herbert Thurston [↩]