
Michael S. Tite est un physicien et spécialiste britannique des sciences archéologiques, principalement connu dans l’histoire du Saint Suaire pour avoir assuré, au nom du British Museum, un rôle central de coordination dans la datation radiocarbone de 1988. Il participe directement à la définition de la procédure finale, à la certification des échantillons et à leur remise aux trois laboratoires d’Oxford, Zurich et Tucson. 1
Sa place dans le dossier est particulière : il n’est ni un spécialiste historique du Suaire ni un membre du STURP, mais l’un des scientifiques directement responsables de l’organisation et du contrôle de l’expérience qui aboutit à la datation médiévale publiée dans Nature en 1989.
Un spécialiste des sciences archéologiques
Formé à la physique à l’Université d’Oxford, Michael Tite obtient son doctorat en 1965 avec des recherches consacrées aux dommages produits par les radiations dans les céramiques et à leur utilisation pour la datation. 2
Après des postes aux universités de Leeds et d’Essex, il rejoint en 1975 le Research Laboratory du British Museum, dont il devient le responsable. Il y travaille jusqu’en 1989 sur l’application des méthodes physiques à l’étude des matériaux archéologiques, notamment les céramiques, verres et glaçures. 2
En 1989, il devient le premier Edward Hall Professor of Archaeological Science à l’Université d’Oxford et directeur du Research Laboratory for Archaeology and the History of Art, fonctions qu’il occupe jusqu’en 2004. 3
Son activité scientifique dépasse donc très largement le dossier du Suaire : Michael Tite est l’une des figures importantes du développement de l’archéométrie britannique au XXe siècle.
Les premières discussions sur la datation du Suaire
L’amélioration de la spectrométrie de masse par accélérateur (AMS) durant les années 1970 permet d’envisager une datation radiocarbone du Suaire à partir de quantités de tissu beaucoup plus faibles qu’avec les méthodes antérieures.
Après plusieurs années de discussions, une réunion internationale est organisée à Turin du 29 septembre au 1er octobre 1986. Sept laboratoires participent à l’élaboration d’un protocole destiné à encadrer la datation. Celui-ci prévoit initialement plusieurs prélèvements et l’intervention de sept laboratoires, cinq utilisant l’AMS et deux des compteurs proportionnels. 4
Michael Tite participe à cette phase préparatoire en tant que représentant du British Museum.
Du protocole de 1986 à la procédure de 1988
Le protocole initial n’est finalement pas appliqué tel quel.
En octobre 1987, les autorités turinoises annoncent que seuls trois laboratoires AMS participeront finalement à l’expérience :
- l’Université d’Arizona à Tucson ;
- l’Université d’Oxford ;
- l’ETH de Zurich.
Le nombre de prélèvements sur le Suaire est également réduit. 5
Le British Museum est alors chargé d’aider à la certification des échantillons et à l’analyse statistique des résultats. Michael Tite devient de fait le principal représentant de l’institution pour cette opération. 1
Une réunion des représentants des trois laboratoires est organisée au British Museum en janvier 1988 afin de fixer les dernières modalités pratiques. Les recommandations issues de cette rencontre sont ensuite approuvées par le cardinal Anastasio Ballestrero. 5
Le prélèvement du 21 avril 1988
Le 21 avril 1988, le Saint Suaire est sorti de son reliquaire à Turin afin d’effectuer le prélèvement.
Sont notamment présents le cardinal Anastasio Ballestrero, Luigi Gonella, Giovanni Riggi, Franco Testore, Michael Tite et les représentants des trois laboratoires.
Un morceau est découpé sur le bord du Suaire, à proximité de la zone où un prélèvement avait déjà été effectué en 1973. Ce fragment est ensuite subdivisé afin de fournir les échantillons destinés aux laboratoires. 5
Michael Tite intervient directement dans les opérations de conditionnement.
Les échantillons du Suaire et plusieurs tissus de contrôle sont placés dans des conteneurs numérotés et scellés sous la responsabilité du cardinal Ballestrero et de Michael Tite avant d’être remis aux représentants des laboratoires. 5
Les échantillons de contrôle
L’expérience comprend également plusieurs tissus dont la datation historique ou radiocarbone est déjà connue.
Ces échantillons doivent permettre de contrôler le bon fonctionnement de la procédure expérimentale et des laboratoires.
Le British Museum joue un rôle important dans l’organisation de ce dispositif. Michael Tite est ainsi directement associé à la préparation et à la distribution des échantillons de contrôle accompagnant celui du Suaire. 5
L’expérience n’est toutefois pas réalisée selon une procédure totalement « aveugle », notamment parce que les caractéristiques textiles de certains échantillons permettent potentiellement de les distinguer.
Les résultats
Les laboratoires d’Arizona, Oxford et Zurich obtiennent des résultats convergents.
Après combinaison et calibration des mesures, l’article publié dans Nature attribue au tissu analysé une date comprise entre 1260 et 1390 apr. J.-C., avec un niveau de confiance annoncé de 95 %. 5
L’article conclut que les résultats fournissent une preuve en faveur d’une origine médiévale du lin analysé.
Michael Tite figure parmi les auteurs de cette publication collective et représente avec J. C. Ambers, S. G. E. Bowman et M. N. Leese le Research Laboratory du British Museum. 5
Les conférences de presse d’octobre 1988
Les résultats sont annoncés officiellement à Turin le 13 octobre 1988.

Le lendemain, une conférence de presse est également organisée au British Museum, au cours de laquelle apparaissent notamment Michael Tite, Edward Hall et Robert Hedges. 6
Tite devient ainsi l’un des principaux porte-parole scientifiques de la datation.
Cette forte visibilité explique pourquoi son nom reste étroitement associé à l’expérience de 1988, alors même qu’il n’a effectué personnellement aucune des trois mesures AMS : celles-ci ont été réalisées indépendamment par les laboratoires sélectionnés.
Une expérience rapidement controversée
La datation devient rapidement l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire scientifique du Suaire.
Une première critique concerne la modification du protocole élaboré en 1986.
Harry Gove, l’un des pionniers de l’AMS et l’un des principaux promoteurs du projet, estime que le protocole initial impliquant sept laboratoires aurait offert une procédure préférable. Il critique notamment la réduction à trois laboratoires et plusieurs décisions prises par les autorités turinoises. 7
Michael Tite défend pour sa part la procédure effectivement mise en œuvre et considère que les trois mesures indépendantes, associées aux tissus de contrôle, constituent une base suffisamment robuste pour la datation. 1
Cette opposition est importante : les controverses relatives au déroulement de l’expérience ne proviennent donc pas seulement des défenseurs de l’authenticité du Suaire, mais existent également parmi les spécialistes du radiocarbone ayant participé à sa préparation.
Les interrogations sur la représentativité de l’échantillon
Avec le temps, les critiques se déplacent progressivement de la performance des laboratoires vers la question de la représentativité de l’échantillon prélevé.
En 2005, Raymond Rogers publie une étude affirmant que certaines caractéristiques chimiques de la zone radiocarbone diffèrent de celles des prélèvements effectués ailleurs sur le Suaire. 8
Cette question ne remet pas directement en cause la capacité des trois laboratoires à mesurer l’âge radiocarbone des fragments qui leur ont été remis ; elle porte plutôt sur une autre question : le fragment de 1988 était-il représentatif de l’ensemble du tissu ?
Cette distinction est essentielle pour comprendre la controverse actuelle.
Les entretiens postérieurs
Michael Tite continue ensuite à être interrogé sur l’expérience de 1988.
Une importante interview réalisée après la datation par Emanuela Marinelli et Orazio Petrosillo permet notamment de revenir sur le choix d’une expérience radiocarbone distincte des autres disciplines scientifiques, sur la procédure et sur les échantillons. L’entretien est ensuite publié en anglais dans Shroud News. 9
En 2016, la BBC lui consacre également un entretien dans l’émission Witness, intitulé Radiocarbon Dating of the Turin Shroud. Tite y revient directement sur l’expérience dont il avait assuré la supervision près de trente ans auparavant. 10
Michael Tite dans les documentaires
En raison de son rôle direct dans l’expérience de 1988, Michael Tite apparaît également dans les archives et documentaires consacrés à la controverse radiocarbone.
Il figure notamment parmi les acteurs historiques évoqués ou montrés dans A Grave Injustice de David W. Rolfe, documentaire de 2016 consacré aux conditions dans lesquelles la datation a été organisée et aux critiques formulées par la suite. 11
Son intérêt documentaire est particulier : contrairement à de nombreux intervenants de ces films, Tite n’est pas un commentateur extérieur de la datation. Il est l’un des protagonistes directs de l’expérience.
Ses interviews constituent donc des témoignages importants pour reconstruire la succession des décisions prises entre le protocole de 1986, la procédure définitive de 1988 et la publication des résultats.
Une position essentielle dans l’histoire du carbone 14
Michael Tite occupe ainsi une position centrale mais bien délimitée dans l’histoire du Saint Suaire.
Son rôle concerne principalement :
- la préparation de la datation radiocarbone ;
- la coordination assurée par le British Museum ;
- la définition de la procédure finale avec les trois laboratoires ;
- la certification et le conditionnement des échantillons ;
- le contrôle des tissus de référence ;
- l’analyse et la publication collective des résultats ;
- la défense ultérieure de la validité de l’expérience.
Il est donc l’une des personnes indispensables pour comprendre la datation de 1988, tout en devant être distingué des scientifiques qui ont effectivement effectué les mesures AMS dans les laboratoires d’Arizona, d’Oxford et de Zurich.
Bibliographie — ordre chronologique
- Burleigh, R., Leese, M. N., & Tite, M. S. (1986). An intercomparison of some AMS and small gas counter laboratories. Radiocarbon, 28, 571–577.
- Tite, M. S. (1987). Turin shroud. Nature, 327, 456. https://doi.org/10.1038/327456c0
- Tite, M. S. (1988). Turin Shroud. Nature, 332, 482. https://doi.org/10.1038/332482c0
- Evin, J. (1988). In anticipation of carbon 14 dating of the Shroud of Turin. Shroud Spectrum International, 27. https://www.shroud.com/pdfs/ssi27part3.pdf
- Marinelli, E. (1988). The data and the date. Collegamento pro Sindone. https://www.shroud.com/colleg11.htm
- Damon, P. E., Donahue, D. J., Gore, B. H., et al. (1989). Radiocarbon dating of the Shroud of Turin. Nature, 337, 611–615. https://doi.org/10.1038/337611a0
- Gove, H. E. (1989). Progress in radiocarbon dating the Shroud of Turin. Radiocarbon, 31(3). Reproduction : https://www.shroud.com/pdfs/sn085Oct94.pdf
- Marinelli, E., & Petrosillo, O. (1989/1994). The 1988 Shroud samples — Turin 1988: An interview with Dr Michael Tite. Shroud News, 81. https://www.shroud.com/pdfs/sn081Feb94.pdf
- Rogers, R. N. (2005). Studies on the radiocarbon sample from the Shroud of Turin. Thermochimica Acta, 425(1–2), 189–194.
- Archaeological Institute of America. (2008). Michael S. Tite — Pomerance Award for Scientific Contributions to Archaeology. https://www.archaeological.org/grant/pomerance-award-for-scientific-contributions/
- Rolfe, D. W. (2016). A Grave Injustice [documentaire]. Performance Films.
- BBC. (2016). Radiocarbon Dating of the Turin Shroud. Witness [entretien radiophonique].
- Schwortz, B. M. (2016). A Grave Injustice — New Program from director David Rolfe. Shroud of Turin Website. https://www.shroud.com/late16.htm
- University of Oxford. (s. d.). Research Laboratory for Archaeology and the History of Art. https://www.arch.ox.ac.uk/research-lab-archaeology-and-history-art
- Tite, 1988 ; Damon et al., 1989[↩][↩][↩]
- Archaeological Institute of America, 2008[↩][↩]
- University of Oxford, s. d.[↩]
- Gove, 1989 ; Damon et al., 1989[↩]
- Damon et al., 1989[↩][↩][↩][↩][↩][↩][↩]
- Marinelli, 1988[↩]
- Gove, 1989[↩]
- Rogers, 2005[↩]
- Marinelli & Petrosillo, 1989/1994[↩]
- BBC, 2016[↩]
- Rolfe, 2016 ; Schwortz, 2016[↩]