Le chanoine Michele Grasso
( ≈ 1870 – après 1966 )
À la charnière des ostensions de 1898 et de 1931, le chanoine Michele Grasso apparaît comme un acteur central du dispositif sindonique turinois. Présent lors de l’exposition de 1898, où il participe directement à la manipulation du linge, il intervient également dans sa dissimulation en 1918, avant d’en devenir, en 1931, le gardien officiel. Détenteur des clés et responsable de l’accès à la relique, il incarne la continuité matérielle et institutionnelle de sa conservation. Son témoignage constitue ainsi une source essentielle sur les conditions concrètes de gestion du Suaire à l’époque contemporaine.
Témoin direct de l’ostension de 1898*
À l’approche de l’ostension solennelle du Saint Suaire de Turin en 1931, le quotidien turinois La Stampa publie, le 5 mars 1931, un article intitulé « Come è apparsa la Sindone al suo custode e al suo fotografo ». Ce texte constitue un document de première importance : il donne la parole à deux figures majeures du dispositif sindonique moderne — le photographe Secondo Pia et surtout le chanoine Michele Grasso, alors gardien officiel de la relique.
Grasso rapporte, en 1931, son souvenir de l’ostension précédente, celle de 1898, organisée à l’occasion de l’Exposition d’art sacré.
Il décrit :
- l’ouverture des grilles
- l’extraction du coffret
- la découverte du Suaire
Et précise son rôle actif :
« moi-même […] j’ai aidé à déployer [le Saint Linceul] »
👉 Il est donc présent en 1898 , acteur de la manipulation du linge et témoin oculaire direct de son exposition
Description matérielle précise du reliquaire
L’article fournit des détails rarement cités :
- une caisse de fer extérieure
- un coffret intérieur en argent ciselé, orné de pierres précieuses
- un couvercle disparu (vol à l’époque de l’invasion française)
- remplacé par :
- une planche
- recouverte d’un treillis d’or
Le Suaire est décrit comme :
- enroulé autour d’un cylindre de bois
- recouvert de velours
👉 Ces éléments confirment la structure matérielle du dispositif de conservation à la fin du XIXe siècle.
La présence de Michele Grasso lors de la dissimulation du Suaire en 1918
Un autre document capital permet de préciser encore le rôle du chanoine Michele Grasso dans la gestion matérielle et institutionnelle de la relique : le témoignage de Adolfo Barberis, membre du Conseil directeur de la Royale Confraternité du Très Saint Suaire.
Dans ce récit consacré à la dissimulation du Suaire en mai 1918, en pleine Première Guerre mondiale, Grasso apparaît explicitement parmi les acteurs directement impliqués dans l’opération secrète de mise en sécurité de la relique.
Le texte indique que le groupe restreint chargé de cette mission — placée sous l’autorité conjointe du roi Victor-Emmanuel III et du cardinal-archevêque de Turin — comprenait notamment :
« Monseigneurs Bosia, Grasso, Gili et Brusa, aumôniers royaux »
En 1931 : Michele Grasso, détenteur des clés du Suaire
L’article est explicite : en 1931, Michele Grasso est le custode officiel de la Très Sainte Sindone.
Il détient matériellement :
- les clés des grilles de la chapelle du Guarini
- l’accès au coffret contenant la relique
- la responsabilité de son ouverture
Le texte précise :
« Le gardien de la très précieuse Sindone est le chanoine Michele Grasso […] le chanoine conserve aujourd’hui jalousement les clés »
👉 Cette indication est capitale :
Grasso n’est pas un simple témoin — il est le détenteur physique et institutionnel de l’accès à la relique en 1931.
Une attestation directe de Michele Grasso en 1933 : validation par contact avec la relique
Un document particulièrement significatif, daté du 25 septembre 1933, permet de préciser encore le rôle opérationnel du chanoine Michele Grasso dans les procédures d’authentification liées au Suaire. Il concerne une copie conservée au monastère Sainte-Marie-Madeleine de Turin, de dimensions réduites (164 × 43 cm), dont le dessin est décrit comme très fidèle à l’original, jusque dans la restitution des tonalités et des taches de sang, figurées en violet « comme sur le Saint Suaire ».
Voici le document cité par Luigi Fossati en 1998 :
Turin, 25 septembre 1933.
Le soussigné déclare que ce fac-similé (de dimensions réduites) de la Très Sainte Sindone, réalisé par une religieuse carmélite de Moncalieri, avec l’autorisation de Leurs Altesses Royales le Prince et la Princesse de Piémont, a été mis en contact avec la précieuse relique par Son Éminence le cardinal archevêque de Turin lors de l’ostension solennelle du 24 septembre 1933.
Signé :
Le chapelain de S.M. le Roi
Chanoine Michele Grasso
Gardien du Saint Suaire
Référence :

- Grasso, M. (1929.. La Sacra Sindone, Turin, 1929. ( éditeur inconnu , 1 ° édition )
- La Stampa. (1931, 5 mars). Come è apparsa la Sindone al suo custode e al suo fotografo. Torino, p. 6.
- Grasso, M. (1953). La SS. Sindone di nostro Signore Gesù Cristo: Cenni storici, pie riflessioni e preghiere (2e éd. riveduta). Torino: L.I.C.E.
- Barberis, A. (1959). Capitolo inedito della storia recente della S. Sindone. in Sindon: Medicina, Storia, Esegesi, Arte, Anno I (Quaderno n. 1), 37–40. Torino: Reale Confraternita del SS. Sudario.
- Grasso, M. (1960–1962). Storia di Cumiana e dei Cumianesi (2 vol.). Torino: Ramondini.
- Grasso, M. (1966). Storia della chiesa di S. Cristina in Torino. Torino: Falciola.
- Fossati, L. (1998). Copie della sacra Sindone senza la data sulla tela. Collegamento pro Sindone, (1, gennaio–febbraio), 5–30. Roma: Collegamento pro Fidelitate.