Nicholas Allen

Nicholas P. L. Allen, North-West University, » Academia.edu.

Nicholas Allen, né le 11 décembre 1956, a étudié la peinture à la Slade School of Art et détient une maîtrise en écriture créative de l’Université d’East Anglia.

En 1993, il a proposé une théorie sur la formation de l’image du Suaire de Turin, suggérant qu’elle aurait pu être réalisée grâce à une technique photographique primitive, utilisant une camera obscura et des substances photosensibles disponibles à l’époque médiévale.

Le Suaire de Turin et la Lentille de quartz (cristal) – Nicholas Allen – 1998.

Bien que cette hypothèse ait suscité des discussions au sein des recherches sur le Suaire, sa faisabilité historique et technique reste controversée. Comme souvent, Stephen Jones a fourni une synthèse très détaillée qui nous a été précieuse ici abordant tant les thèses très intéressantes d’Allen (1998,2017) que les critiques de Schwortz (2000)

Résumé détaillé de la théorie de Nicholas Allen

Contexte et motivations :

D’après Allen, une technique proto-photographique pourrait avoir été employée pour capturer l’image d’un corps crucifié, bien avant l’invention de la photographie au XIXe siècle. Son hypothèse repose sur l’utilisation de produits chimiques disponibles à l’époque, comme le nitrate d’argent, et de dispositifs tels qu’une lentille de quartz pour projeter l’image sur le lin.

Principe de l’image médiévale par photographie :

Allen soutient qu’un cadavre aurait été exposé au soleil dans une camera obscura pendant plusieurs jours, et que la lumière, concentrée par une lentille de quartz, aurait réagi avec le nitrate d’argent pour produire une image négative.

1 ) Corps mort ou moulage en plâtre exposé pendant plusieurs jours : Enfin, Allen envisage qu’un corps mort, ou un moulage en plâtre représentant un corps, aurait été suspendu dans une position verticale et exposé au soleil pendant plusieurs jours. Cette exposition prolongée aurait permis de capturer une image plus précise et détaillée sur le tissu. Une fois l’image frontale formée, le corps ou le moulage aurait été retourné pour capturer l’image dorsale.

2 ) Tissu enduit de sels d’argent photosensibles : Allen propose que le Suaire aurait été recouvert d’une couche de sels d’argent sensibles à la lumière, permettant d’imprimer une image en utilisant une technique de « photographie » primitive. Dans cette hypothèse, la toile, comparable à un film photographique, aurait capturé l’image du corps. Après l’exposition de la face avant, le tissu devait être replacé pour capturer le dos du corps, donnant ainsi une image double, frontale et dorsale.

3 ) Lentille de quartz dans la caméra obscura : Allen suggère qu’une lentille de quartz, insérée dans une ouverture hermétique de la « caméra obscura », projetterait l’image du corps sur le tissu enduit de sels d’argent. Cette lentille, en quartz et non en verre, serait capable de laisser passer les rayons ultraviolets nécessaires pour activer les sels d’argent. Selon Allen, une telle technique aurait permis de créer une image détaillée du corps en utilisant uniquement la lumière naturelle.

4 ) Fixation à l’aide d’un seau d’urine/ammoniaque : Dans cette méthode, Allen imagine que l’image serait « fixée » avec une solution d’urine ou d’ammoniaque, une substance connue depuis l’Antiquité pour ses propriétés chimiques. Ce fixatif aurait stabilisé les sels d’argent et empêché l’image de se décomposer après l’exposition.

Résultats photographiques de Nicholas Allen :

Comparaison entre l’image de Nicholas Allen et l’image de Giuseppe Enrie – Stephen Jones – 2019.

critiques principales par Barrie Schwortz ( 2000 ) :

Schwortz, fort de ses 30 ans d’expérience en photographie, reconnait les efforts d’Allen pour recréer une image photographique sur du lin en utilisant des techniques médiévales. Cependant, il avance que les résultats d’Allen, loin de valider sa théorie, illustrent les lacunes de celle-ci. :

Points clés de la critique de Schwortz

  1. Absence de lumière directionnelle sur le Linceul : Schwortz critique l’utilisation par Allen de la lumière directe du soleil pour exposer l’image. Il souligne que l’image du Linceul ne présente aucune directionnalité de la lumière, contrairement aux ombres visibles dans la reconstitution d’Allen. Allen propose une solution complexe pour obtenir une lumière plus frontale aux rayons moins convergents, mais Schwortz estime qu’il est improbable qu’un photographe médiéval ait pu concevoir le dit arrangement sophistiqué du fait que les théories pré-modernes de l’optique datent de la Renaissance voire du XVII ° siècle..
  2. Absence de précédents historiques : Schwortz note qu’Allen n’a pas pu identifier d’autres exemples de ce procédé de « proto-photographie » dans l’histoire. Cela remet en question l’idée qu’une telle technique ait existé au Moyen Âge sans avoir été davantage documentée ou reproduite. Les recherches ultérieures d’Allen ont répondu à cette critique (voir plus bas)
  3. Propriétés dimensionnelles de l’image : Une caractéristique unique du Linceul est la présence d’informations tri-dimensionnelles, révélées notamment par l’analyse VP-8 qui montre une représentation en relief de la forme humaine. Schwortz argumente que cette qualité ne peut pas être obtenue par la photographie, car celle-ci n’offre pas une propriété particulière à savoir que l’intensité de l’image du Linceul dépend de la distance entre le corps et le tissu, phénomène inexpliqué par la théorie d’Allen.
  4. Contours flous de l’image : L’image sur le Linceul n’a pas de contours nets, contrastant avec les bords distincts obtenus dans la reconstitution d’Allen. Schwortz explique que les contours du Linceul sont en fait dus à un dégradé de densité d’image selon la distance entre le tissu et le corps, ce qu’une photographie traditionnelle ne pourrait reproduire. Au contraire, l’approche d’Allen produit des contours bien nets.
  5. Traitement des taches de sang : Allen ne parvient pas à expliquer l’agencement des taches de sang présentes sur le Linceul, lesquelles sont indépendantes de l’image corporelle et semblent avoir précédé sa formation. Schwortz souligne que cela contredit la théorie photographique, car les taches de sang ont inhibé la formation de l’image sous-jacente. Il faudrait un traitement secondaire de l’impression photographique médiévale imaginée par Allen en imprégnant superficiellement de sang avec une grande connaissance anatomique, en avance sur les connaissances médiévales.
  6. La complexité excessive du processus : Allen suggère que le Linceul aurait été réalisé en trois expositions différentes, dont une spécifique pour le visage. Schwortz soutient qu’une telle réalisation dépasse les compétences qu’on pourrait attribuer à un artiste médiéval, même doté de connaissances exceptionnelles.
  7. Limitations pratiques et technologiques : Schwortz remet en question la faisabilité des procédés chimiques proposés par Allen, soulignant que leur existence ne garantit pas leur utilisation. Schwortz compare cela à la simple existence de matériaux pour des technologies modernes (téléphones portables, micro-ondes), sans pour autant que ces technologies puissent exister avant une avancée suffisante des connaissances.


Critiques principales par Stephen E. Jones : ( 2019 )

Nous détaillons ici les apports que Stephen Jones ajoute à Barrie Schwortz dans son article qui est pourtant une des références très documentées et très accessibles sur le sujet à ce jour :

  1. Problèmes de faisabilité technologique : Jones souligne qu’Allen a employé une lentille en quartz synthétique pour ses essais, une technologie inexistante au XIVe siècle. Il critique également l’idée qu’un corps pourrait rester suspendu plusieurs jours sans se décomposer. ( il est possible que ce soit une statue dont la précision anatomique devrait être très forte ! )
  2. Complexité des caractéristiques du Suaire : Allen omet la complexité des marques de sang et des blessures visibles sur le Suaire, que l’équipe STURP avait interprétées comme étant authentiques et antérieures à l’image. Jones ajoute que la précision médicale des marques de sang va au-delà des connaissances anatomiques supposées au Moyen Âge.

Turin Shroud: Testament to a Lost Technology, ( 2017 )

Dans la version mise à jour de son livre intitulé Turin Shroud: Testament to a Lost Technology, le professeur Nicholas Allen prétend avoir résolu certaines des limites de sa théorie initialement présentée en 1998. Allen y soutient que le linceul de Turin est en fait la plus ancienne photographie au monde, créée entre 1260 et 1350, et non le linceul funéraire du Christ.

Dans cette nouvelle édition, il explique comment les avancées de sa recherche confirment la faisabilité de son hypothèse de 1998, selon laquelle le linceul aurait été fabriqué avec des techniques primitives de photographie. Allen détaille l’utilisation d’une camera obscura, de lentilles, et de produits chimiques sensibles à la lumière tels que le sulfate d’argent. Il propose que cette création serait le fruit d’une expérimentation isolée du Moyen Âge, dont le savoir aurait été perdu, expliquant ainsi le décalage historique jusqu’aux photographies du XVIIIe siècle. Il défend également l’idée que ce savoir photographique aurait été perdu en raison de la nature isolée des expérimentations médiévales.

Pour étoffer sa théorie, Allen a personnellement examiné le linceul en Italie et explore les motivations potentielles, notamment religieuses et financières, qui auraient pu justifier une telle création au Moyen Âge.

Malgré la cohérence de l’argumentation complémentaire d’Allen, a-t-il répondu aux remarques sur les caractéristiques techniques et artistiques improbables pour les techniques et connaissances médiévales ?

Autres Contributions de Nicholas Allen :


Dans son article de 1995, How Leonardo Did Not Fake the Shroud of Turin, Nicholas P. L. Allen réfute la théorie proposée par Lynn Picknett et Clive Prince selon laquelle Léonard de Vinci aurait créé le Suaire de Turin en 1492 en utilisant une technique de photographie primitive. Allen critique cette hypothèse en soulignant l’absence de preuves solides quant à l’échange du suaire original de Lirey avec un autre artefact au XVe siècle. En confrontant les méthodes expérimentales utilisées par Picknett et Prince à ses propres recherches, Allen met en doute la faisabilité de leur approche et rejette leur interprétation comme spéculative et infondée. Il défend l’idée que le Suaire a été produit au moyen d’une technologie photographique médiévale bien avant la naissance de Léonard.


Références :

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