Nicolas Mésaritès

( travail à reprendre )

Nicolas Mésaritès (Νικόλαος Μεσαρίτης), né à Constantinople vers 1163/1164 et encore vivant après 1216, fut l’un des ecclésiastiques les plus cultivés et influents du tournant des XIIe–XIIIe siècles. Son importance, pour l’histoire du Saint Suaire, tient à un fait capital : il fut gardien du trésor ou skeuophylax (σκευοφύλαξ) de l’église palatine Sainte-Marie-du-Phare, au Grand Palais de Constantinople, où étaient conservées les reliques impériales parmi lesquelles le Saint Suaire du Christ si on suit l’identification avec le Mandylion. ( NB : le Mandylion est reçu aux Blachernes en 944, puis transféré ensuite au Phare ) 1

Avec Nicétas Choniatès, il fut témoin oculaire de la chute de Constantinople dont il devait donner une description particulièrement détaillée lors de l’oraison funèbre prononcée lors du décès de son frère ainé, Jean

Le témoignage de Nicolas Mésaritès constitue ainsi une source byzantine interne, antérieure au sac de 1204, attestant la présence à Constantinople d’un linge identifié au suaire du Christ, mais probablement après 1207 également ( voir plus bas )


Le contexte : Sainte-Marie-du-Phare et le trésor impérial

L’église palatine de Sainte-Marie-du-Phare, située dans l’enceinte du Grand Palais, abritait les reliques majeures de la Passion. En tant que skeuophylax, Mésaritès était responsable de leur conservation matérielle et liturgique.

Il apparaît pour la première fois dans les sources en 1201, lors de la tentative de coup d’État de Jean Comnène « le Gros ». Nicolas Mésaritès défendit le trésor impérial au péril de sa vie et fut grièvement blessé. Ce détail souligne qu’il ne parle pas comme chroniqueur éloigné, mais comme acteur direct et témoin oculaire. Comme il nous le rapporte dans ce récit, les linges funéraires et le suaire (sudarium) de Jésus étaient conservés dans le trésor.
En 1207, il quitta Byzance pour vivre à Nicée, où il fut nommé auxiliaire du métropolite, Michel Autoeianos.

 » Avant de quitter Constantinople en 1207, il dressa un inventaire des objets encore conservés dans le trésor et, parmi eux, il mentionna de nouveau les linges sépulcraux et le suaire : οθοναι και τα σουδαρια. Ce fait est ignoré par certains auteurs modernes qui, méconnaissant le passage de Robert de Clari, répètent que le Suaire « disparut » lors du sac de la ville en 1204, conjecturant qu’un des croisés s’en serait emparé. La mention du Suaire par Mésaritès en 1207 est confirmée par une liste établie la même année par Nicolas d’Otrante (Nicholas Idruntino).  » ( Dorothy Crispino, 1985 )

Vers 1212, il fut élu archevêque d’Éphèse.


2️⃣ Le témoignage sur le linge du Christ et l’odeur de myrrhe

Dans ses écrits – notamment dans les descriptions des reliques conservées au Phare – Mésaritès évoque le linge funéraire du Christ avec des accents à la fois théologiques et sensoriels.

Il précise que ce linge exhalait une odeur de myrrhe.

page 30 § 4 – dans le livre de Heisenberg 1907 en latin voici la citation de Mesarites sur l’odeur de myrrhe

Ἐντάφιοι σινδόνες Χριστοῦ· αὗται δ’ εἰσὶν ἀπὸ λίνου, ὕλης εὐώνου κατὰ τὸ πρόχειρον, ἔτι πνέουσαι μύρα, ὑπερτεροῦσαι φθορᾶς, ὅτι τὸν ἀπερίληπτον νεκρὸν γυμνὸν ἐσμυρνημένον μετὰ τὸ πάθος συνέστειλαν

Traduction

Les linges [ σινδόνες] funéraires du Christ: ceux-ci sont de lin, matière bon marché et facilement disponible à l’usage courant ; ils exhalent encore la myrrhe, ils l’emportent sur la corruption, parce qu’ils ont enveloppé, après la Passion, le mort incompréhensible, nu, oint de myrrhe.

Cette mention de Nicolas Mésaritès est capitale :

  • La myrrhe renvoie explicitement au verset Jean 19,39, notamment. dont elle inscrit la relique dans la continuité évangélique
  • elle permet de confirmer le témoignage bien plus tardif sur l’odeur de myrrhe du Saint Suaire dans les Commentaires Critico-Archéologiques du père Lazzaro Giuseppe Piano Piano de l’Ordre des Minimes ( 1833 )

3️⃣ Les sources manuscrites de son œuvre

Notre connaissance de Mésaritès repose presque exclusivement sur deux manuscrits conservés à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan :

  • Cod. Ambrosianus F 96 sup.
  • Cod. Ambrosianus F 93 sup.

La transcription de la pagination des codex et des précisions importantes sont disponibles dans l’étude fondamentale de

Heisenberg, A. (1907). Nikolaos Mesarites: Die Palastrevolution des Johannes Komnenos [Nikolaos Mésaritès : La révolution de palais de Jean Comnène]. Würzburg : Königl. Universitätsdruckerei von H. Stürtz.

August Heisenberg (1869–1930) a démontré que ces deux codices formaient originellement un seul manuscrit, probablement issu d’un fonds ancien acquis à Corfou. Il s’agit d’une tradition manuscrite unique, proche chronologiquement de l’auteur (XIIIe siècle), bien que non autographe.

Cette situation renforce l’importance du corpus : nous ne dépendons pas d’une tradition tardive légendaire, mais d’un dossier ancien, proche du témoin lui-même.

Datation des textes (1201 et 1206)

D’après les données internes des œuvres et le contexte historique :

  • Récit de la Révolution de palais de Jean Comnène (« le Gros »)
    → Rédaction immédiatement postérieure aux événements de 1200/1201.
    Il s’agit d’un témoignage contemporain, probablement rédigé dans les mois ou années suivant la tentative de coup.
  • Relations des négociations d’Union avec les Latins
    → Textes relatifs aux sessions d’août–octobre 1206, rédigés peu après les débats.
    On peut estimer une composition vers 1206–1207 pour la première série, puis 1214–1215 pour les relations ultérieures.

Ces datations sont fondées sur :

  • les repères chronologiques internes,
  • la position institutionnelle de Mésaritès,
  • et la cohérence avec les événements attestés (Morosini, Henri de Flandre, Nicée).

2️⃣ Datation des manuscrits conservés (Ambrosianus F 93 sup. et F 96 sup.)

La paléographie et les études codicologiques les situent vers la première moitié du XIIIe siècle (vers 1220–1250).L’écart entre rédaction (1201–1215) et copie conservée est donc d’environ une génération.

Cela signifie une copie relativement proche de la mort de l’auteur (après 1216) et donc un témoignage issu d’une tradition manuscrite ancienne. Il n’existe pas de transmission byzantine tardive intermédiaire connue de ce texte.

Références :

  • Milan. Biblioteca Ambrosiana, MS F 96 sup. (n. d.). Données du manuscrit, portail Biblissima. https://portail.biblissima.fr/fr/ark:/43093/mdatae45ef07c9740255ba3a4a8d4f22024ea0ecbd8ce
  • Mésaritès, Nicolas. Die Palastrevolution des Johannes Komnenos [La Révolution de palais de Jean Comnène]. 1201.
  • Mésaritès, Nicolas. Les Négociations d’Union avec l’Église romaine. 1206–1207.
  • Mésaritès, Nicolas. Épitaphios pour Jean Mésaritès. 1207.
  • Mésaritès, Nicolas. Ekphrasis de l’église des Saints-Apôtres de Constantinople. v. 1198–1203.
  • Mésaritès, Nicolas. Relation des événements politiques et ecclésiastiques de 1214–1215. 1214–1215.
  • Heisenberg, A. (1907). Nikolaos Mesarites: Die Palastrevolution des Johannes Komnenos [Nikolaos Mésaritès : La révolution de palais de Jean Comnène]. Würzburg : Königl. Universitätsdruckerei von H. Stürtz.
  • Heisenberg, A.(éd.), Der Epitaphios des Nikolaos Mesarites auf seinen Bruder Johannes, in Neue Quellen zur Geschichte des lateinischen Kaisertums und der Kirchenunion I, Sitzungsberichte der bayerischen Akademie der Wissenschaften, Munich, 1922.
  • Heisenberg, A.(éd.), Die Unionsverhandlungen von 30. August 1206. Patriarchenwahl und Kaiserkrönung in Nikaia 1208 (textes de Nicolas Mésaritès), in Neue Quellen… II, Munich, 1923.
  • Heisenberg, A. (éd.), Der Bericht des Nikolaos Mesarites über die politischen und kirchlichen Ereignisse des Jahres 1214, in Neue Quellen… III, Munich, 1923.
  • Crispino, D. (1985, December). Excerpts from « The Palace Revolution of John Comnenus » [Extraits de « La Révolution de palais de Jean Comnène »]. Shroud Spectrum International, No. 17 (Part 4), p. 23.
— Notes —
  1. cf Janin, Raymond (1953). La Géographie ecclésiastique de l’Empire byzantin. 1. Partie : Le Siège de Constantinople et le Patriarcat Oecuménique. 3e Vol. : Les Églises et les Monastères (en français). Paris : Institut Français d’Etudes Byzantines. p. 172. et voir Wikipedia [↩]

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