Notes iconographiques sur le Saint-Suaire de Besançon

Notes iconographiques sur le Saint-Suaire de Besançon

Jules Gauthier

1884

Gauthier, J. (1884). Notes iconographiques sur le Saint-Suaire de Besançon. Besançon, France : Imprimerie Dodivers et Cie. (Ouvrage numérisé par Google).

l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon. 1883

PIÈCE JUSTIFICATIVE

Enquête faite par le Chapitre métropolitain de Besançon sur les reproductions du Saint-Suaire peintes, grandeur de l’original, par Pierre et Charles d’Argent, peintres bisontins.

(Finalement ces artistes sont condamnés et consentent à détruire toutes les copies de ce genre restées entre leurs mains et s’engagent à ne produire désormais aucune reproduction du Saint-Suaire.)

(28 mai – 20 août 1608)

Dans Archives du Doubs. Délibérations du grand chapitre métropolitain de Besançon . Reg. U. fol. 280 vº, 281 rº, 282 rº et v°, 288 et 289 vº . 1


I — Mercredi 28 mai 1608

Des copies du très saint Suaire par Pierre d’Argent doivent être détruites

Les seigneurs Regnaud et Martin convoqueront Pierre d’Argent et son frère, citoyens de Besançon, et les avertiront, de la part du chapitre, qu’ils doivent cesser de peindre des images du très saint Suaire, et restituer les copies déjà peintes et dispersées en divers lieux ; et il sera présenté une requête supplique à Monseigneur l’archevêque illustrissime et révérendissime, ou à son révérend vicaire général, afin de contraindre le seigneur comte de Saint-Amour 2 à faire revenir la copie dudit très saint Suaire qu’il possède en son château de Saint-Loup 3, avec défense à faire enjoindre au curé ou chapelain dudit lieu de ne plus oser désormais exposer publiquement ledit exemplaire.

Auxdits Pierre et Charles d’Argent seront payées les copies se trouvant entre les mains de maître Antoine Brime, afin qu’elles ne produisent aucun scandale dans la foi catholique.


II — Mercredi 4 juin 1608

Sur le lavage des copies du très saint Suaire

Le vénérable sieur Portier, vicaire général, rapporta avoir présenté au conseil archiépiscopal la résolution du chapitre concernant les copies du très saint Suaire, lequel conseil a décidé qu’il fallait écrire à Monseigneur l’archevêque en considération de la gravité de l’affaire ; celui-ci a répondu qu’il fallait retirer toutes les copies sous peine d’excommunication pour les contrevenants.

Il est en outre ordonné à Pierre et Charles d’Argent, peintres, de ne plus désormais peindre de tels exemplaires pour quelque personne que ce soit, même constituée en dignité ; ce dont ayant été avertis, lesdits seigneurs Regnaud et Martin sont de nouveau députés pour interdire auxdits d’Argent, sous peine d’excommunication de la part dudit archevêque, de continuer à faire de telles copies.

Lesdits seigneurs retireront de leurs mains toutes les copies faites par eux avec le modèle, même celle faite pour dame de Domprel, laquelle sera lavée en sa présence et lui sera restituée ; et les frais leur en seront remboursés sur la caisse du chapitre.


III — Jeudi 12 juin 1608

Rapport sur la restitution des exemplaires des copies du très saint Suaire par Pierre d’Argent.

Le sieur Portier, vicaire général, rapporta avoir, avec le procureur général de l’archevêché, sommé maître Pierre d’Argent, peintre, de remettre, sous peine d’excommunication, le modèle et les copies du saint Suaire qu’il avait faites ; lequel d’Argent restitua audit seigneur le modèle sur papier, et promit de ne plus vouloir faire aucune copie ; et déclara avoir auparavant fait trois copies : l’une pour le roi d’Espagne, une autre pour la duchesse de Parme 4 , et la troisième pour feu le noble seigneur de Champagney 5 ; et avoir maintenant fait sept copies, à savoir : trois pour les Jésuites, une quatrième pour maître Chifflet prêtre, une cinquième pour le noble sieur Ferdinand Bereur 6, une sixième et une septième pour dame de Domprel 7), lesquelles deux dernières ont été présentées par le sieur Regnaud au chapitre.

Et quant aux trois données aux Jésuites, ledit sieur Portier rapporta que le père recteur des Jésuites lui avait promis que le père Jacques Prévost les avait emportées avec lui, et qu’il s’emploierait à les faire restituer ; pour les autres, ledit sieur ordonnera leur restitution.

De toutes ces choses ainsi faites, ledit procureur dressera un acte dont copie sera insérée dans les registres capitulaires pour mémoire perpétuelle.

Et la charge est laissée aux sieurs Bourdenet, Regnaud et Portier de déchirer ledit modèle et de laver les deux dernières copies en présence de personnes nobles, comme ils jugeront bon, et aussi de payer ledit d’Argent.


IV — Mercredi 18 juin 1608

24 francs donnés à Pierre d’Argent

Après avoir entendu le sieur Regnaud, la charge lui est laissée d’excuser le chapitre auprès de dame de Domprel, de ce qu’il ne peut lui remettre les copies du saint Suaire faites par Pierre d’Argent à sa demande, en raison du décret de Monseigneur l’archevêque intervenu ; et il est accordé audit d’Argent la somme de vingt-quatre francs pour ses travaux, somme qui sera payée par les trésoriers du chapitre et leur sera portée en compte.


V — Mercredi 13 août 1608

Les copies du saint Suaire par Pierre d’Argent doivent être lavées

Les sieurs Portier et Regnaud rapportèrent qu’il fallait au plus tôt détruire les exemplaires du saint Suaire qui se trouvaient entre les mains dudit sieur Regnaud, et les laver, ainsi que celui que possède le sieur Chifflet, s’ils peuvent l’obtenir, de telle sorte qu’il ne subsiste aucun vestige, conformément à ce qui avait été précédemment résolu ; et ils remettront copie du procès-verbal du sieur Chevroton, procureur fiscal, concernant ces exemplaires, afin qu’il soit inscrit dans les registres capitulaires.


VI — Mercredi 20 août 1608

Rapport sur le lavage des copies du saint Suaire de Besançon par Pierre d’Argent.

Le sieur Portier, avec les sieurs Regnaud et de Bosco, rapporta qu’hier, dans la maison du sieur Chevroton, procureur fiscal de l’officialité, ils ont lavé trois copies du saint Suaire peintes par Pierre d’Argent, de telle sorte qu’il n’y est resté aucun vestige ; et qu’ils les ont ensuite mises en plusieurs pièces afin d’écarter tout doute, en présence des sieurs Jean Morelot et Claude Antoine Buzon 8, avocats fiscaux, comme il est plus amplement contenu dans le procès-verbal dressé par ledit procureur, dont la teneur suit mot à mot.

TEXTE ORIGINAL :

MERCURII 20 AUGUSTI 1608.
Relatio lavationis copiarum sanctæ Syndonis.

D. Portier cum dominis Regnauld et de Bosco retulit, heri, in domo D. Chevroton procuratoris fiscalis officialitatis, lavasse tres copias Sancti Sudarii a Petro d’Argent depictas, ita ut in illis nihil vestigii remansit; item dimisisse illas in plures partes ut omne dubium tollatur, in presentia dominorum Joannis Morelot et Claudii Antonii Buson advocatorum fiscalium prout fusius continetur in processu verbali per dictum D. procuratorem conscripto cujus tenor sequitur de verbo ad verbum.

« Je Pierre Chevroton 9, prestre prieur commendataire de Syrod, procureur fiscal et général de l’Archevêché de Besançon, suyvant l’ordonnance à moy faicte par messieurs du Conseil archiepiscopal d’Illustrissime et révérendissime seigneur messire Ferdinande de Longvy dit de Rye, archevesque dudit Besançon, prince du St Empire, mesmes en suyte des rescriptions dudit illustrissime et révérendissime seigneur addressées auxd. seigneurs de son conseil veues et leutes en icelluy ce jourdhuy jour de feste monseigneur St Claude, sixiesme du moys de jun de l’an courant mil six cents et huict, concernant les advertissements que ledit Illustrissime et Révérendissime seigneur auroit eu que rière son diocèse et lieu circonvoysin, dez peu d’années ença, l’on faisoit ostension et veoir en chappelles et maisons particulières certains exemplaires retirez et peintz sur le vray original du très précieux et sacré suayre de Nostre Sauveur et rédempteur Jésus Christ, duquel l’église métropolitaine monseigneur St Estienne de ladite cité est honorée et décorée, de mesme longueur forme et largeur et sur linges approchans à celuy dudit précieux et sacré suayre et que l’on disoit estre dépeintz et extraictz par maître Pierre d’Argent, citoyen dudit Besançon, peintre. Me suis à tel effet exprès transporté au logis et maison où réside ledit Pierre d’Argent rière ladite cité et proche la ruelle de la maison de ville, lequel illec ayant appréhendy ay cité d’office et requis de par serment me déclarer quelz et combien d’exemplaires il avoit retiré et dépeint dud. très précieux St Suayre, et ou telz exemplaires seroient distribuez pourquoy et de quelle auctorité, afin cy après pourveoir et remédier aux abus et erreurs qui se commettoient à ce regard. Lequel Pierre d’Argent, après le serment sur ce par luy presté corporellement sur et aux saintz évangiles de Dieu estantz en mes mains, m’a dit et déclaré fort librement en présence de révérend et vénérable de messire Philibert Portier, prestre chantre en ladite église métropolitaine dudit Besançon, seigneur prébendier de Dampierre et vicaire général dudit Illustrissime et révérendissime seigneur et de vénérable messire Hugues Portier aussi prestre docteur en sainte théologie et doyen en l’église collégiale monseigneur St Michiel de Salins, estre eagé d’environ soixante et treize ans, souvenant de cinquante de bonne souvenance et qu’il estoit bien mémoratif d’avoir faict et dépeint dix exemplaires tant sur le vray original dudit très précieux St Suayre, que sur un portraict par luy retiré en papier où, commodément et à loysir, de la longueur forme et largeur d’iceluy et le plus approchant ledit vray original dudit très précieux St Suayre qu’il avoit peu, et lequel portraict en papier il a déclaré avoir encor rière luy; mais que toutesfoys pour recognoistre que ce n’estoient qu’exemplaires et retraictz prins sur le vray original, il avoit mis et despeint à un desd. exemplaires telz mots : EX PROTHOTYPO Bisuntinensi, [ tiré du modèle original de Besançon] et sur ce plan, diligemment et exactement par moy interrogué, de spécifier et déclarer en quel temps il auroit faict lesdits exemplaires, et où et à qui il les auroit distribué, m’a dit, respondu et déclaré ce que s’ensuyt.

Scavoir que le premier des susdits exemplaires fut par luy ledit Pierre d’Argent retiré, environ l’an mil cinq centz septante deux ( 1572) , par permission de messieurs les révérend et vénérables lors doyen et chanoines de l’insigne chapitre dudit Besançon, et du temps que fut monsieur Lullus estoit vicaire général, à la réquisition de fut et de bonne mémoire Philippe par la grâce de Dieu Roy d’Espagne duc et conte de Bourgongne, qui de ce par lettres en avoit prié lesdits révérend et vénérables seigneurs ; et fut extraict tel premier exemplaire en présence de furent messieurs Symard et de Santans lors chanoines de ladite église métropolitaine à ce commis. Et fut prins tel premier exemplaire en la chappelle dite de Carondelet, construite en ladite église monsieur St Estienne, sur ledit vray original dudit précieux St Suayre, porté en ladite chappelle à tel effect par lesdits sieurs commis ; et lequel premier exemplaire il laissa ès mains desdits révérend et vénérables seigneurs qui l’envoyarent à sadite Majesté en Espagne, n’estant iceluy d’Argent souvenant de ce qu’il receut pour ses peines ny par qui il fut salarié.

Le second exemplaire fut par luy ledit d’Argent extraict sur le vray original en lad. chappelle dicte de Carondelet 10 et en présence des susd. commis Symard et de Santans, en l’an mil cinq cens septante huict, (1578 ) par permission aussi desd. Rd et vénérables s doyen et chanoines dud. insigne chapitre. Et fut ce à la réquisition et prière de fut Illustre seigneur messire Claude de la Baume, lors cardinal et archevesque dud. Besançon, lequel seigneur archevesque en feit don et présent à feue ma dame la duchesse de Parme passant par ceste cité allant pour gouvernante aux Pays-Bas ; et de quoy iceluy d’Argent eut et receut pour ses peines dud. Illusme Cardinal la somme de douze escuz d’or soleil.

Le tier fut par luy led. d’Argent extraict et despeint en l’an mil cinq centz huictante huict (1588), en la sacristie de lad. Eglise mons St Estienne, par permission dud. Rd et vénérables seigneurs doyen et chanoines et en présence de fut vénérable messire Léonard le Clerc chanoine et co-prébendier de Bonnay, avec un autre s chanoine dont il n’est bonnement souvenant; estoit ce à la réquisition de fut lors vivant mons de Champagney frère du fut s Illusme et Révérme Cardinal de Granvelle, lequel tier exemplaire fut envoyé comme il croit par lesd. Rd et vénérable doyen et chanoines aud. st de Champagney en Flandres où pour lors il résidoit. Et receut ledit d’Argent du s Odard, agent et facteur dud. s de Champagné, la somme de douze escuz d’or au soleil pour ses peines.

Et lors et au mesme temps que luy led. Pierre d’Argent feit led. tier exemplaire, comme il eut fort belle commodité de veoir et remarquer led. vray original dud. très précieux St Suayre, il feit par mesme contexte le portraict en papier dont cy dessus est faicte mention, et duquel et sur lequel iceluy d’Argent a depuis faict sept autres exemplaires dud. très précieux Suayre, cinq desquelz sont estez par luy distribuez, scavoir l’un, sont environ douze ans [ vers 1596 ], au R. Père Jacques Prévost premier recteur du collège des R. Pères Jésuistes de ceste cité, qui seulement luy fornit le linge et auquel il céda sa peine gratuitement ; encor deux autres exemplaires sont environ neuf ans [ vers 1599] au révérend père Cossard lors second recteur dud. collége, qui de mesme fornit le linge et auquel il quitta ses peines et peintures gratis ; ne scachant, sur ce interrogué, où lesd. R. Pères Prévost et Cossard ont envoyé mis ou transporté lesd. trois exemples, ny qu’ilz en ont faict.

Le quatriesme, icelluy d’Argent le vendit pour la somme de six escuz a vénérable personne messire Philippe Chifflet, prestre citoyen dud. Besançon, qu’il croit l’avoir encor dans sa maison.

Le cinquième pareillement fut vendu par led. d’Argent aud. S Chifflet, pour mesme pris de six escuz, outre quoy il avoit fourny les linges ; lequel s Chifflet luy dit que cestoit pour mons Bereur de Dole auquel il croit iceluy Chifflet l’a envoyé.

Et quant aux autres deux exemplaires par luy led. d’Argent dépeints et extraictz sont environ six sepmaines, ce sont les deux qu’il pleut à messieurs lesd. rd et vénérables dudit insigne chapitre se retenir dernièrement au jour du dymanche après la feste Ascension Nre Seigneur, dix-huictième de may dud. présent an mil six centz et huict, qu’il les avoit présenté pour faire toucher aud. très précieux et sacré Suayre lors que tel jour ainsi que de coustume l’on le monstroit au peuple, affermant de plus par reiterez sermentz n’en avoir faict des peint ou distribué que les dix cy dessus dénombrez et spécifiez et dont il estoit très bien souvenant. Et a dit de plus led. d’Argent que s’il eust pensé faire mal ou causer quelques abus ou erreurs, il n’eust faict lesd. susd. exemplaires pour respect, proufit ou chose que soit, m’ayants à la première réquisition promptement rendu led. exemplaire et portraict en papier luy restant, à fin de s’abstenir à l’advenir d’en faire d’avantage et pour lever tous soupçons à ce regard.

Lequel exemplaire je led. Chevroton ay mis à la mesme heure et instant ès mains dud. R. s Portier vicaire général, pour le rompre lors que l’on effaceroit et laveroit lesd, deux exemplaires retenuz par lesd. révérend et vénérables seigneurs dud. insigne chapitre, et qu’il estoit statué par messieurs dud. conseil archiépiscopal par ordonnance dud. Illusme et Révérme seigneur archevesque.

En signe de vérité de quoy, j’ay escrit et soubscrit le présent verbal et déposition de ma main et faict soubsigner par led. Pierre d’Argent, en lad. cité led. sixième jun an susdit six centz et huict. Signé : P. Chevroton, P. d’Argent.

Et depuis en lad. cité Impériale de Besançon, le dix neufième aost du susd. 1608, en suyte de la volonté de mond. seig Illusme et Révérme archevesque et délibérations de messieurs de sond. conseil archiépiscopal et desd. R. et vénérables dud. Insigne Chapitre, se sont assemblez, en la maison de je procureur fiscal et général susd. size en la rue du Cloz dud. Besançon, lesdits Rd s messire Philibert Portier prestre chanoine prébendier de Dampierre et vicaire général en lad. archevesché, vénérables s messires Estienne Regnauld aussi prestre chanoine et prébendier de St Hilayre, Jean Camu de Bosco aussi prestre chanoine et prébendier de Villeneufve, procureur dud. insigne chapitre, et messire Jean Rolet prestre co-secrétaire commis de la part dud. chapitre, comme aussi nobles et sages messire Jean Morelot docteur ès drois premier advocat fiscal en lad. archevesché et régale dud. Illusme et Révérme Seigneur en lad. cité, Claude Antoine Buzon aussi docteur ès drois advocat fiscal en lad. archevesché et co-gouverneur en lad. cité, Bon Monnier notaire commis du secrétaire de la Chambre archiépiscopale et secrétaire aud. Conseil de mond. Illusme et révérme seigneur, commis de sa part. Lesquelz ainsi assemblez, en présence de messires Charles du Chasne prestre chappellain et famillier en l’église parochiale St Jean Baptiste, Claude du Molin de Vuillaffans soubs diacre et led. Pierre d’Argent et autres, ont faict rompre et mettre en pièce led. exemplaire en papier. Et quant aux deux exemplaires sur linges cy dessus ramanteuz, ils sont estez avec eau chaude et savon plusieurs foys lavez et les effigies dud. précieux suayre effacez. Et bien qu’il y restoit bien peu d’apparence de peinture, si est ce que l’on a mis encor en pièce lesd. linges afin d’en effacer entièrement la mémoire et en lever tout soupçon. Encor estantz lesd. s ainsi assemblez ont faict appeller auprès d’eux led. vénérable messire Philippe Chifflet, lequel ensuyte de la déposition dud. Pierre d’Argent ils auroient sceu avoir en main un desd. exemplaires sur linge, qu’iceluy s Chifflet a promptement apporté et déclaré l’avoir heu dud. Pierre d’Argent, pour le pris de six escuz d’or qu’il demandoit luy estre restituez ; moyennant quoy il se contentoit il fut pareillement effacé et rompu. Aquoy quant au regard de lad. restitution desd. six escuz lesd. sieurs ont respondu l’on auroit esgard et ont à l’instant faict mettre en pièce, laver et effacer la peinture, et tellement qu’il n’y a resté auxd. trois exemplaires sur linges rien d’entier ny apparence de figure dud. précieux St Suayre, comme de mesme a esté faict sur celuy en papier.

En signe et vérité de quoy lesd. s et susd. tesmoins ont soubscrit le présent verbal et acte en lad. cité de Besançon et maison susd., le dix neufième d’aost mil six centz et huict heure de quatre après midy dud. jour.

Ainsi signé sur ledit verbal

P. Portier vic. gén.,

E. Regnauld,

J. de Bosco,

P. Chevroton,

J. Morelot,

C. Ant. Buzon,

J. Rolet,

P. Chifflet,

C. du Chasne,

C. du Molin,

P. d’Argent et

B. Monnier.


(Archives du Doubs. Délibérations du grand chapitre métropolitain de Besançon. Reg. Z. fos 280 v°, 281 r°, 282 r° et v°, 288 et 289 v°.) »


— Notes —
  1. la référence est donnée page 42 [↩]
  2. Il s’agit vraisemblablement de Emmanuel-Philibert de La Baume (1577–1622), chevalier, 2e marquis de Saint-Genix et de Yenne, 2e comte de Saint-Amour, baron de Montmirail, de La Bazoche et d’Authon, appartient à une importante lignée nobiliaire liée aux réseaux politiques et diplomatiques de la Savoie. Fils de Louis de La Baume, ambassadeur du duc de Savoie auprès de plusieurs cours européennes, et de Catherine de Bruges, dite princesse de Steenhuyse, il s’inscrit dans un milieu aristocratique de premier plan. Son mariage, le 6 juillet 1599, avec Hélène Perrenot de Granvelle (1579–1627), est particulièrement significatif : Hélène Perrenot de Granvelle est fille de Frédéric Perrenot de Granvelle, lui-même frère du cardinal de Granvell, protecteur de Pierre d’Argent lui-même. Ce mariage l’unit directement à la puissante famille des Perrenot de Granvelle, au cœur des réseaux politiques, religieux et culturels de la Franche-Comté et de l’Europe habsbourgeoise. [↩]
  3. commune française située dans le département du Jura[↩]
  4. Il s’agit de Marguerite de Parme (1522–1586), fille naturelle légitimée de Charles Quint, est la demi-sœur de Philippe II d’Espagne, dont elle fut l’une des principales collaboratrices politiques. Duchesse de Parme et de Plaisance ( Plasencia ) ce qui éclaire sans doute l’histoire de la copie du Suaire de Turin conservée à la cathédrale de Plasencia [↩]
  5. Il s’agit clairement de Frédéric Perrenot de Granvelle (1536–1602), dernier fils de Nicolas Perrenot de Granvelle et frère notamment du cardinal Antoine Perrenot de Granvelle, est une figure importante des réseaux politiques comtois au service de la monarchie espagnole. Nommé gouverneur d’Anvers par Philippe II d’Espagne en 1570, son parcours est marqué par des tensions politiques, notamment lorsqu’il accuse le duc de Parme de mauvaise gestion, ce qui entraîne son éloignement des Pays-Bas. Il est également le père d’Hélène Perrenot de Granvelle, dont le mariage en 1599 avec le précédemment cité Emmanuel-Philibert de La Baume-Saint-Amour illustre la stratégie d’alliances entre grandes familles comtoises et élites proches du pouvoir habsbourgeois.[↩]
  6. Ferdinand Bereur de Dole est explicitement mentionné dans le registre des délibérations de la cité de Besançon, à propos d’un traité conclu le 21 mars pour l’installation des Carmélites dans la ville. Cette mention figure au folio 138 verso d’un registre tenu par Jean Mussot entre 1618 et 1631, document administratif majeur retraçant les décisions politiques, financières et religieuses de la cité impériale. Ce témoignage atteste le rôle actif de Bereur dans les affaires locales et les initiatives religieuses de Besançon au début du XVIIe siècle (Archives municipales de Besançon, 1618–1631).

    Archives municipales de Besançon. (1618–1631). Journal des principales délibérations et résolutions prinses en l’hostel consistorial de la cité impériale de Besançon touchant l’estat, police, finances et actes de justice de ladite cité (registre in-folio, fol. 138 v°) https://memoirevive.besancon.fr/media/977cd08a-25d6-4658-99b4-43096748467a.pdf .[↩]

  7. La commune de Domprel, située dans le département du Doubs, se trouve à environ 34 kilomètres de Besançon (distance à vol d’oiseau[↩]
  8. il s’agirait ici de Claude Antoine Buzon de Champdivers (1568–1638), juriste et magistrat bisontin, est une figure importante de l’élite politique de la cité impériale de Besançon sous domination espagnole. Fils d’un maître des monnaies, il accède à la noblesse confirmée par les empereurs Rodolphe II (1599) et Matthias Ier (1612). Il exerce de hautes fonctions municipales, étant élu à trente-deux reprises cogouverneur de Besançon entre 1595 et 1627, et représente la ville à plusieurs missions diplomatiques auprès des autorités habsbourgeoises, notamment à Bruxelles auprès de l’infante Isabelle. Nommé conseiller au Parlement de Dole par Philippe IV d’Espagne, puis grand gruyer du comté de Bourgogne en 1635, il cumule responsabilités judiciaires, politiques et administratives. Seigneur de Fontain, d’Auxon et de Champdivers, il incarne l’ascension d’une bourgeoisie urbaine vers la noblesse de service dans la Franche-Comté des Habsbourg. Il meurt à Besançon le 4 septembre 1638 après une carrière marquée par l’engagement au service des institutions locales et du pouvoir espagnol.[↩]
  9. Pierre Chevroton serait représenté sur l’un des deux panneaux sur bois provenant d’un tableau votif aux armes de la famille Chevroton, attribué au peintre bisontin Sille de Loisy (1595–1657). Il y apparaît avec le titre de capitaine d’Ornans, indiquant son appartenance aux élites militaires locales de la Franche-Comté au XVIIe siècle. Ce panneau, conservé dans la Cathédrale Saint-Jean Saint-Étienne, forme pendant avec celui représentant Renobert Chevroton († 1638), abbé de Montbenoit.[↩]
  10. La chapelle dite de Carondelet, située dans la chapelle latérale gauche du chœur oriental de la cathédrale, doit son nom au tombeau de Ferry Carondelet (1473-1528), grand archidiacre de Besançon et abbé commandataire de Montbenoît.[↩]

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