Observations sur les reprises et les raccommodages du Saint Suaire

Observations sur les reprises et les raccommodages du Saint Suaire

Enzo Delorenzi

Observations sur les reprises et les raccommodages du Saint Suaire

Enzo Delorenzi

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Schéma indiquant la position et la numérotation des différents rapiéçages et ravaudages de la Sindone décrits dans le texte.

Ayant eu l’occasion d’assister aux récentes reconnaissances et ostensions de la S. Sindone, j’ai pensé qu’il pourrait être utile d’en donner une description objective de l’état actuel de la Relique, en rapport notamment avec la position et les caractéristiques des divers rapiéçages et ravaudages qui y ont été effectués au cours des siècles pour réparer les dommages causés par l’incendie et les usures successives.

La Relique n’étant pas habituellement observable, il subsiste toujours quelques incertitudes sur certains détails, même si les récentes photographies ont permis d’en documenter beaucoup. Il existe toutefois des particularités qui n’apparaissent pas sur les photographies et que seul peut relever celui qui a pu observer récemment la S. Sindone, ou qui s’en souvient après en avoir pris note. C’est précisément ce que je me suis proposé de faire dans cette relation.

Elle pourra peut-être servir pour quelque enquête historique visant à préciser l’époque de certains ravaudages ; elle pourrait aussi être utile pour la préparation d’un éventuel programme d’interventions sur la Relique. Par exemple, diverses sources ont proposé le détachement de la toile postérieure afin d’examiner la face arrière du Linceul ; si l’on devait procéder ainsi (et je précise d’emblée que, à mon avis, il s’agirait d’une opération extrêmement délicate, avec risque de dommages), on ne se trouverait pas devant des surprises au moment de la reconnaissance, mais on pourrait en discuter préalablement, à la lumière des présents relevés, et décider en connaissance de cause, en prédisposant les personnes et les moyens techniques adéquats.

Mes observations ont été effectuées en juin 1969 et vérifiées en novembre 1973. La première fois, ne disposant pas de beaucoup de temps, j’ai dicté les détails de la description sur un magnétophone ; la seconde fois, j’ai pu en vérifier la rédaction que j’avais faite.

Pour la localisation des différents points, j’ai préparé un schéma (fig. 1), en me référant surtout à la Carte officielle de la S. Sindone qui a été établie.

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Schéma indiquant la position et la numérotation des différents rapiéçages et ravaudages de la Sindone décrits dans le texte.

Dans la description, je considère le devant de la Relique disposé avec le grand côté horizontal et avec l’empreinte dorsale du corps à gauche et l’empreinte faciale à droite ; c’est donc par rapport à cette position que sont employés les termes droite, gauche, etc., que j’utilise pour alléger la description, avec des fractions décimales des coordonnées de la carte.

Les descriptions que je présente peuvent laisser à désirer du point de vue technique, étant donné ma faible compétence dans le domaine des rapiéçages et des coutures ; je n’ai pas eu la possibilité de me faire assister par une personne compétente. Je me suis donc limité à faire une description aussi objective que possible de ce que je voyais et que d’autres auraient peut-être pu dénommer de façon plus appropriée.

Bande de toile ajoutée sur toute la longueur

Sur la carte occupent toutes les cases numérotées à une hauteur correspondant aux cases C, B et environ 5/D. (Désormais, je ferai précéder la description des rapiéçages et ravaudages de leur localisation sur la carte, indiquée entre parenthèses).

Il s’agit d’une bande de toile, avec les caractéristiques de la grande toile de la Sindone, d’une hauteur d’environ 8 cm, avec des variations entre 7,8 et 8,4 cm.

L’union des deux toiles a été obtenue par cette couture dite « à rabat », qui a servi à unir deux toiles sans ourlet, provenant à l’origine d’une couture à cordonnet ; dans ce cas, la hauteur est de 4–5 mm. À l’extrémité droite (111 A), la toile apparaît déchirée au niveau de la jonction et il ne reste que le cordonnet de rabattage sur environ 2 cm.

Rapiéçages

Je décris dans ce chapitre les réparations effectuées par l’adjonction de pièces de toile, dans le but de combler des pertes de matière importantes et essentiellement en correspondance avec les dommages majeurs consécutifs à l’incendie.

On a utilisé trois types différents de toile, d’aspect bien distinct de celui de la toile originale, qui est à chevrons, alors que celles-ci sont à armure simple, avec fils orthogonaux.

Le premier type (A) est de couleur blanche, à tissage lisse et fin ;
le second (B) est également à tissage fin et serré,
mais d’une couleur nettement plus foncée, plus qu’ambrée, presque brune, plus sombre que la toile de la Sindone ;
un troisième type (C) n’existe que dans un seul rapiéçage et présente une armure un peu plus grossière, d’une teinte intermédiaire entre les deux précédentes.

Rapiéçage n° 1 — (CB et 15 de A, 1–9).
Il est de toile de type A et constitue une bande de 7,3 cm, à gauche, dans les cases 1 et 8 ; 0 cm, à droite, dans les cases 9 ; longue de 34,5 cm dans les cases C, 36 dans les A. Il est fixé le long du cordonnet de rabattage de jonction avec la grande toile, à la bande susmentionnée. Il est cousu avec un fil blanc, fin, à points perpendiculaires au bord du rapiéçage, irrégulièrement espacés (de 2 à 3 mm), le long du bord supérieur ; plus régulièrement espacés (2 mm) le long des bords droit et inférieur. À ces points s’en ajoutent d’autres, qui paraissent d’une main différente : le long du bord supérieur on observe des points perpendiculaires, mais en fil brun très fin, irrégulièrement espacés (2 à 5 mm), et non toujours parallèles ; le long du bord inférieur on voit des points à direction longitudinale qui commencent à 7,5 cm, s’élèvent en s’écartant du bord jusqu’à 2 mm, puis se rapprochent du bord ; ce sont des points en fil blanc, longs de 1 mm, et espacés de façon variable (de 0 à 6 mm).

Rapiéçage n° 2 — (C, B et 15 de A, 10–110).
Il est en toile de type A, long de 12,6 cm sur le bord inférieur, 14,9 sur le supérieur, et haut de 8,0 cm à gauche (dans 107), 6,6 à droite (dans 110). Il est cousu avec des points perpendiculaires réguliers, en fil blanc, fin.

Cette description originale doit cependant être modifiée, car peu après la réunion du 24/XI/1973, un prélèvement a été effectué pour analyse. Précisément (selon le procès-verbal dressé à cette occasion), un « fragment situé le long de la colonne 110, à cheval sur deux cases 110 AB, de forme triangulaire, à triangle rectangle avec base d’environ 40 mm dans la case 110 A, et côté mineur le long de la ligne de séparation entre les cases 110 et 109 (longueur min. 13 cm), l’hypoténuse dans la case 110 B longue de 42 cm. Les mesures, puisque les contours sont un peu curvilignes, ont été effectuées le long de la corde de l’arc. Les Sœurs ont procédé à un rapiéçage au point de coupe ave 53 points parallèles. Étant donné l’importance de ce prélèvement, pour ce qui concerne l’original, on a procédé à une documentation photographique précise.

Rapiéçages n° 3, 4, 5, 6 — (respectivement dans les cases 1 f ; 1–2 i ; 1–2 t ; 1–2 w–x).
Ils sont en toile de type A et présentent respectivement les dimensions suivantes : 3,3 × 2,1 cm ; 6,2 × 3,2 cm ; 5,7 × 3,9 cm ; 6,0 × 3,8 cm.

Ils sont cousus avec des points perpendiculaires en fil blanc fin, espacés de 1 à 3 mm. Ces rapiéçages sont entourés d’un halo brun de la toile, dû à la combustion ; il faut en déduire que les pièces ont été retaillées aux dimensions juste suffisantes pour recouvrir exactement les parties brûlées, avec le maximum de respect pour la toile de la Sindone.

Dans les rapiéçages 5 et 6, on observe que, avec le temps, quelques petits fragments brûlés sont tombés sous le rapiéçage, sans qu’il y ait perte de matière, mais il existe un trou à travers lequel apparaît la toile de renfort postérieure. Cela s’est vérifié en correspondance du point 5 sur un segment long de 1,2 cm, et sur un autre petit segment, triangulaire, dans la partie inférieure gauche, de 0,9 × 0,3 cm. En correspondance du point 6, on observe un segment analogue sur le côté gauche du contour brûlé, de 0,8 × 0,2 cm.

Il peut arriver, dans ces cas, que les rapiéçages aient été cousus non seulement à la toile de la Sindone, mais aussi à la toile de renfort postérieure, là où la toile brûlée s’est rompue, laissant des points qui semblent n’intéresser que la toile postérieure.

Rapiéçage n° 7 — (15–18, e–g).
Il est en toile de type A. Il est triangulaire, d’une hauteur de 12,9 cm et d’une base de 9,1 cm. Il laisse découvert deux segments : l’un, correspondant au sommet, de forme triangulaire, avec hauteur de 1,6 cm et base de 1,3 cm ; l’autre dans la partie inférieure droite, long de 3,8 cm et haut de 0,3 à 0,4 cm.

En correspondance de ces segments, la toile de la Sindone est fixée à la toile postérieure par des points d’un fil plus fin que celui utilisé pour fixer le rapiéçage ; dans le second segment, on note un point particulier : le contour rompu de la toile de la Sindone a été renforcé par quelques fils épais, d’environ 1 mm, disposés longitudinalement et maintenus par d’autres points perpendiculaires d’un fil plus fin, formant ainsi une sorte de bordure.

Rapiéçage n° 8 — (15–19, h–j).
Il est en toile de type A. Il est également triangulaire, d’une hauteur de 12,5 cm et d’une base de 9,3 cm. Il laisse découvert trois segments marginaux : un au sommet, triangulaire, avec deux côtés de longueurs différentes (le supérieur de 2,9 cm, l’inférieur de 1,2 cm) ; une petite bande sur le bord inférieur, de 1,2 × 0,3 cm ; la troisième sur la base, encore plus petite, longue de 1,7 cm. Le rapiéçage a été cousu avec un fil plus fin que celui utilisé pour le n° 7.

Rapiéçage n° 9 — (16–19, s–u).
Il est en toile de type A. Triangulaire, d’une hauteur de 12,3 cm et d’une base de 9,2 cm. Il laisse découverts deux segments : l’un le long du bord supérieur, près du sommet, de 1,8 × 0,3 cm ; l’autre le long de la base, long de 4,0 cm et haut de 0,2 à 0,4 cm. Dans ce dernier, on observe une reprise analogue au point susdécrit pour le n° 7, formant une sorte de petite bordure, mais beaucoup plus fine.

Rapiéçage n° 10 — (15–19, v–x).
Il est en toile de type C, comme déjà indiqué, le seul de ce type. Il est également triangulaire, avec hauteur de 16,5 cm et base de 11 cm. Il diffère nettement des précédents rapiéçages, non seulement par le type de toile employé, mais aussi par la technique d’application. On n’a pas cherché à couvrir le moins possible la toile originale de la Sindone ; au contraire, la pièce a été largement découpée afin de se superposer à la toile intacte, et l’on n’observe aucun bord brûlé ou fragment qui apparaisse à l’extérieur. Il est cousu non avec un fil blanc comme les autres, mais avec un fil d’une teinte ambrée. Les points ne sont pas appliqués perpendiculairement et espacés de quelques millimètres ; ils sont longitudinaux, très fins, très courts, serrés, presque invisibles le long du contour inférieur et de la base, à peine visibles le long du contour supérieur. La toile du rapiéçage présente de nombreuses petites plis disposées obliquement de haut en bas et de gauche à droite.

Rapiéçage n° 11 — (36–40, e–j).
C’est le rapiéçage le plus grand et il a une forme grossièrement horizontale. Il est en toile de type A. La branche supérieure (e–g) mesure 17,6 cm ; l’inférieure (g–j) 15,9 ; la largeur, à la base, est de 19,8 cm, tandis que le bras supérieur décroît de 8,8 à 3,5 cm et celui inférieur de 8,4 à 3,2. Le rapiéçage est fixé avec un fil non très fin. Dans la partie inférieure (37), on découvre un court segment de la toile de renfort, long de 0,5 cm et large de 0,4 à 0,1 cm. Les deux toiles, celle de la Sindone et celle de renfort, ont été fixées par deux points longitudinaux en fil très fin, beaucoup plus fin que celui avec lequel a été cousu le rapiéçage, par des points continus, l’autre par des points espacés disposés radialement, qui passent au-dessus des précédents.

Rapiéçage n° 12 — (36–40, s–x).
Il est symétrique du précédent et présente la même forme, mais avec des bras légèrement inégaux. Il est également en toile de type A. La longueur du bras supérieur est de 12,9 cm et celle de l’inférieur de 15,9 ; la largeur, à la base, est de 22 cm, tandis que le bras supérieur décroît de 9,7 à 6,5 et l’inférieur de 8,0 à 3,4 cm. Ici aussi, sur le bord inférieur, on note une rupture de la toile sur un segment très fin ; la réparation a été effectuée avec une technique différente du précédent rapiéçage, c’est-à-dire avec un fil longitudinal plus épais qui renforce le contour de la toile de la Sindone ; sur celui-ci ont été exécutés des points disposés radialement en fil brun fin.

Rapiéçages n° 13, 14, 15 et 16 — (respectivement 40–43, f–g ; 40–43, i ; 40–44, t–u ; 40–43, w–x).
Ils sont situés dans le prolongement des rapiéçages 11 et 12, mais sont en toile différente, c’est-à-dire de type B. La technique avec laquelle ils ont été appliqués est nettement différente, puisqu’ils ont été découpés avec une certaine marge puis fixés sur la toile de la Sindone intacte (et en effet on ne voit aucun point où des ruptures ultérieures de contour se seraient produites). Les points par lesquels ils sont fixés sont également d’un type tout à fait différent : non pas des points radiaux, mais un fil brun très fin longitudinal, avec une couture qui reste cachée parce qu’elle est exécutée sur un bord rabattu. C’est une technique très semblable à celle employée pour le rapiéçage n° 10, mais réalisée avec une toile différente.

Les dimensions des quatre rapiéçages sont les suivantes :
13) longueur de 3,3 à 4,4 cm ;
14) respectivement 12 et 4,3 cm ;
15) longueur 16,9 cm et largeur de 5,8 à 6,2 cm ;
16) respectivement 12,2 cm et de 3,6 à 4,4 cm.

Il convient enfin de signaler un détail qui ne s’apprécie que de l’envers, c’est-à-dire de la partie de renfort. En correspondance des grands rapiéçages, à savoir ceux du groupe 7 à 10 et 11 à 16 (le même discours vaudra pour ceux qui leur sont symétriques, décrits aux n° 20 à 23 et 24 à 27), on relève une série de très longs points, qui ressemblent à des points de bâti, longs d’un demi-centimètre et plus, espacés d’autant, et qui entourent un groupe de rapiéçages comme les 7 et 8, les 9 et 10, et… ainsi de suite. Ils passent au-dessus et au-dessous des rapiéçages, à quelques centimètres de distance ; sur le côté médian (c’est-à-dire celui tourné vers l’empreinte de la tête), tandis que sur le côté latéral (celui tourné vers l’empreinte des pieds), deux points arrivent jusqu’à une vingtaine de centimètres des rapiéçages, en se rejoignant avec celui qui vient d’en haut et celui qui vient d’en bas.

De ces points, on ne voit aucune trace sur la toile de la Sindone ; il semblerait donc qu’il s’agisse réellement d’un bâti exécuté sur l’envers pour maintenir adhérentes les deux toiles avant l’application des rapiéçages, et qu’il n’ait concerné que la partie profonde de la toile de la Sindone, sans apparaître sur la face.

Rapiéçages n° 17, 18 et 19 — (respectivement 49–51, v ; 59–62, v ; 66–70, u–v).
Ils sont situés le long du segment des brûlures marginales (inférieures, selon le sens dans lequel la Sindone est examinée) ; ils sont en toile de type B et exécutés selon la même technique que les précédents n° 13 à 16, donc appliqués sur la toile intacte sans qu’il se produise de rupture marginale. Leurs dimensions sont respectivement de 9,7 × 2,5 cm ; 12 × 3,2 cm ; et 16,9 × 4,7 cm.

Rapiéçage n° 20 — (70–74, e–h).
C’est l’un des habituels rapiéçages triangulaires en toile blanche, de type A. Ses dimensions sont de 19,8 cm de hauteur et 9,9 cm à la base, tandis que l’apex, arrondi, est large de 3,1 cm ; la hauteur a été mesurée sur la bissectrice et les deux côtés varient en longueur, puisque la ligne de base n’est pas coupée perpendiculairement à la bissectrice, mais un peu obliquement.

En correspondance de l’angle inférieur (74, h), on observe deux petites zones où la toile de la Sindone est rompue sur un segment d’un peu plus d’un centimètre, et a été fixée à la toile de support par des points fins, radiaux.

Rapiéçage n° 21 — (70–75, i–k).
Il présente les mêmes caractéristiques que le précédent et ses dimensions sont de 14,8 cm de hauteur et 9,7 cm à la base, large de 2,6 cm. Il diffère cependant par certains détails : il a été cousu avec un fil différent, plus gros, d’épaisseur variable selon les segments. En correspondance de l’apex (69, i), la toile de la Sindone est rompue sur un segment de plus de deux centimètres ; comme dans cette zone il existe une brûlure étendue, on a cherché à imiter la teinte par un rapiéçage exécuté avec un fil de broderie épais, de couleur brun très brillante.

Le long de la base de ce rapiéçage, on observe un autre segment où la toile s’est rompue sur une longueur de 5,7 cm et une largeur de 0,2 à 0,3 cm ; sur ce bord a été réalisé un renfort selon la technique déjà employée pour le rapiéçage n° 7, appelée « à petite bordure » : ici aussi on voit trois fils longitudinaux fixés par des points perpendiculaires ; le fil employé est toutefois plus fin que celui des n° 7 et 9.

Une autre rupture est visible le long du contour inférieur, près de l’apex, sur une longueur de 4,4 cm et une largeur de 0,2 à 0,3 cm ; à cet endroit, le bord du rapiéçage a été fixé à la toile de la Sindone et à celle de support par des points radiaux en fil brun fin.

Rapiéçage n° 22 — (71–75, s–u).
Analogue aux précédents, il a les dimensions suivantes : hauteur 18,0 cm, base 11,4 cm, apex large de 3,5 cm. Il est très bien conservé et ne présente pas de ruptures de la toile le long des marges.

Rapiéçage n° 23 — (70–75, v–y).
Également de forme triangulaire et présentant les mêmes caractéristiques, il a une hauteur de 17,8 cm, une base de 10,8 cm et un apex large de 2,2 cm. En correspondance de l’apex, la toile de la Sindone apparaît rompue ; en réalité, la rupture s’est produite en deux temps : d’abord elle avait été fixée par un point « à boutonnière » en fil de plus forte épaisseur ; mais à cet endroit une nouvelle rupture s’est produite, qui subsiste ; l’ensemble s’étend sur une longueur d’environ 1 cm, dont les trois quarts sont occupés par la première rupture et le reste par la rupture ultérieure.

Rapiéçage n° 24 — (92–96, e–g).
Il appartient, comme les quatre précédents et les suivants, à la série des rapiéçages triangulaires à apex arrondi exécutés en toile de type A. Il a une hauteur de 14,2 cm, une base de 9,2 cm et un apex large de 3,1 cm. Il est cousu avec des points radiaux en fil fin. En quatre points, des ruptures de la toile de la Sindone se sont produites le long des bords du rapiéçage ; elles ont été fixées par des points radiaux et par quelques points longitudinaux en fil plus fin que celui utilisé pour fixer le rapiéçage.

Les quatre ruptures sont les suivantes : l’une le long de la base, de 1,6 × 0,3 cm ; une seconde près de l’angle inférieur, de 1,4 × 0,4 cm ; une troisième le long du contour inférieur de 3,0 × 0,3 cm ; et une quatrième à l’apex, de forme triangulaire arrondie, avec base et hauteur de 1,0 cm.

Rapiéçage n° 25 — (92–96, i–k).
Analogue au précédent, il a une hauteur de 15,2 cm, une base de 10,3 cm et un apex large de 3,4 cm. Il est cousu selon la même technique. Il ne présente pas de ruptures sur les bords.

Rapiéçage n° 26 — (92–97, s–u).
Il a une hauteur de 17,9 cm, une base de 11,0 cm et un apex large de 2,9 cm. Il ne présente pas de ruptures marginales de la toile de la Sindone.

Rapiéçage n° 27 — (92–96, v–y).
Il a une hauteur de 15,0 cm, une base de 11,1 cm et un apex large de 2,8 cm. Il présente une rupture marginale de la toile de la Sindone au niveau de l’apex, de 1,2 × 0,3 cm.

Rapiéçages n° 28, 29, 30 et 31 — (respectivement 110–111, e–f ; 111, i–j ; 111, t ; 110–111, x–y).
Ils sont situés au bord extrême droit du linceul et sont symétriques des rapiéçages 3, 4, 5 et 6. Les deux premiers ont une forme rectangulaire à bords arrondis et les dimensions respectives sont de 5,8 × 3,2 et 3,9 × 3,2 cm. Les deux autres sont triangulaires le long de la base du linceul et présentent respectivement une hauteur de 3,7 cm et une base de 3,5 cm ; l’un de 4,2 et l’autre.

En correspondance du rapiéçage n° 31, on observe deux ruptures marginales de la toile de la Sindone : l’une à l’apex, arrondie, de diamètre 0,8 cm, cousue avec des points radiaux, mais qui s’est ultérieurement élargie à une largeur de 1,0 cm et à une hauteur de 0,2 cm, toujours cousue ; l’autre rupture est plus arrondie, de diamètre 0,4 cm, située vers l’extrémité supérieure de la base, et elle est encore cousue sans signes de réparation ultérieure.

Ravaudages 1

La S. Sindone a été endommagée en de nombreux autres points qui, cependant, étant de dimensions modestes, n’ont pas nécessité l’application de pièces, mais seulement une opération de ravaudage. Ces points sont nombreux et il n’est pas opportun d’en faire une description individuelle, mais plutôt par groupes.

Je procéderai donc à la description des différentes techniques de ravaudage, afin qu’il soit possible, par la suite, d’y faire simplement référence par la dénomination correspondante, en évitant des répétitions excessives. Naturellement on reviendra sur les ravaudages déjà mentionnés, c’est-à-dire ceux où l’on a cherché à réparer des déchirures survenues aux marges des rapiéçages.

On peut cependant distinguer les diverses techniques de ravaudage qui ont été observées :

a) zones où l’incendie a provoqué des brûlures limitées, qui se présentent plutôt comme carbonisées, mais où la toile conserve encore une certaine consistance et n’est pas perforée ;

b) zones semblables aux précédentes, mais où la toile est perforée plus ou moins largement et n’a pas encore été ravaudée ;

c) segments, généralement de forme arrondie et de dimensions variables, où une rupture s’est produite et où les deux toiles ont été fixées le long des bords de la déchirure par des points radiaux ;

d) segments analogues aux précédents, mais qui ont été fixés par des points longitudinaux, parfois à des époques différentes, avec quelques points radiaux ;

e) segments où a été exécuté ce point déjà décrit et appelé « à petite bordure », c’est-à-dire avec quelques fils longitudinaux assez épais, fixés par une série de points radiaux ;

f) segments où l’on observe certainement deux ravaudages successifs : d’abord une rupture a été réparée par des points ; puis il s’est produit un nouveau décollement sur l’un des bords, et un second ravaudage a été exécuté, qui semble d’une autre main ou avec un fil différent, lui aussi à points radiaux. On voit alors deux séries de points : l’une plus petite, qui n’intéresse plus que partiellement ou pas du tout la toile de la Sindone et seulement la toile de support, et une série périphérique qui fixe les deux toiles ;

g) segments où la rupture a été ravaudée avec un fil brun épais, cherchant à imiter la teinte de la toile brûlée. J’en ai décrit un exemple à propos du rapiéçage n° 21. En réalité, c’est la seule technique qui mérite véritablement le nom de ravaudage proprement dit, car c’est le seul cas où l’on a cherché à recomposer la trame de la toile ; dans tous les autres cas, vraisemblablement pour ne pas altérer la toile originale, on s’est limité à fixer les bords des déchirures à la toile de support sous-jacente ;

h) segments où ont été exécutées des réparations, de l’un ou de l’autre type précédemment décrit, mais où ultérieurement et où il s’est produit une nouvelle rupture de la toile, qui n’a pas été réparée.

Schéma indiquant la position et la numérotation des différents rapiéçages et ravaudages de la Sindone décrits dans le texte.

Et voici maintenant la description des différents groupes de ravaudages.

Groupe 32. — Constitué de 7 lésions de la toile (26 f, 28 f, 30 f, 30 g, 28 g, 29 g, 31 g). Les deux premières sont de type a) et d’environ 1 cm de diamètre ; la troisième est de type b) et mesure 2,9 × 1,5 cm ; la quatrième, comme les premières, est de type a) ; la cinquième de type f), initialement de 1,2 × 0,7 cm puis portée à 2,3 × 1,2 cm ; la sixième de type f), d’abord de 1,8 × 1,0 cm puis de 1,8 × 1,2 cm ; la dernière enfin de type b), de 1,9 × 1,2 cm.

Groupe 33. — Formé de deux taches brûlées qui se sont rompues, c’est-à-dire de type b), situées en 26–27 o et en 30 o.

Groupe 34. — Constitué de petites taches disposées sur trois rangées : supérieure (28–29 v, 30 v), médiane (28–29 v + x, 30 v), inférieure (25–26 x, 27 x, 30 x). Dans la rangée médiane, en 25–26 x et 27 x, il s’agit de petites taches de type a) et b), tandis que les plus grosses (27 v, 29 v, 30 v, 30 x) sont typiquement de type f), ce dont on a réalisé une documentation photographique (fig. 118 et 120 de l’album officiel). Leurs dimensions sont respectivement de 3,0 × 2,8 cm ; 3,0 × 1,5 cm ; 2,2 × 1,3 cm ; 2,4 × 1,8 cm.

Groupe 35. — Il s’agit de deux très petites ruptures de la toile (44 h, 45 h), fixées à la toile de renfort par des points radiaux, très espacés, qui ont peu résisté, si bien qu’en 45 h subsiste encore une ouverture à l’angle supérieur droit, tandis que les deux toiles sont désormais presque complètement détachées (type h).

Groupe 36. — Quatre zones de rupture disposées en ligne sur la bordure inférieure droite. La première (41 v) mesure 1,4 × 0,3 cm ; la seconde (42–43 v) 2,1 × 0,3 cm. Dans les deux cas, les bords de la rupture ont été fixés à la toile de renfort par quelques points radiaux, mais surtout par un point longitudinal de fil fin continu (type d). La troisième (44–45 v) mesure 2,4 × 0,9 cm ; la quatrième (46 v) 1,8 × 1,0 cm. Toutes deux ont été réparées en fixant les bords de la rupture à la toile de renfort par un point de type e), avec des cordonnets longitudinaux qui semblent de soie, au nombre de deux à trois, fixés par des points radiaux.

Groupe 37, 38, 39, 40. — Il s’agit de quatre ruptures. La première (55 f) mesure 1,0 × 1,9 cm, ravaudée par un point de type e. La seconde (55–56 j) est triangulaire, avec une hauteur de 2,7 cm et une base de 2,0 cm, et a été ravaudée par des points radiaux de type c, fins, espacés de 2–3 mm. La troisième (56 f) est triangulaire, avec une hauteur de 3,1 cm et une base de 2,1 cm, ravaudée par un point de type e. La quatrième (55–56 x) est de forme ovale, de 1,9 × 0,9 cm, mais présente à gauche une nouvelle rupture cousue de 1,0 × 0,3 cm, ainsi qu’une autre beaucoup plus petite sur le bord droit, de 0,5 cm ; elle a été ravaudée, dans sa partie principale, par un point de type e.

Groupe 41, 42, 43. — Il s’agit de ruptures situées le long de la ligne de brûlure supérieure, près des rapiéçages 20 et 21.

La 41 est constituée de deux segments de toile déchirée (60 h, 61 h). Dans le premier a été exécuté un ravaudage de type g avec un fil brun, épais, mais non luisant comme celui utilisé pour un ravaudage analogue au rapiéçage 21, plus opaque. Ce ravaudage a été exécuté sur une longueur de 3,5 × 1,0 cm, en forme de losange ; au bord gauche s’est produite une nouvelle rupture de la toile réparée par un point de type e. Dans le second segment, il s’agit d’une rupture de 1,5 cm de longueur, réparée par un ravaudage de type e, mais utilisant des fils longitudinaux très fins ; à gauche, la toile s’est de nouveau rompue sur 1,0 cm et reste entièrement détachée sans aucun signe de réparation.

La 42 est constituée de trois ruptures linéaires (66 h, 68 h, 69–70 h). La première a un diamètre de 0,4 cm et n’a pas été réparée. La seconde comprend une première portion longue de 1,9 cm et large de 0,6 cm, dont les bords ont été fixés par quelques points radiaux fins ; la partie suivante, de 1,2 × 0,2 cm, brûlée et probablement totalement détachée, est également fixée par quelques points radiaux. Plus à droite se trouve une très petite rupture de 0,2 cm, fixée par des points radiaux de type c. Enfin, la troisième rupture (69–70 h) est une zone où a été exécuté, comme en 41, un ravaudage avec le même fil brun, épais et opaque, constituant un losange de 3,2 × 1,0 cm ; les points sont obliques du bas vers le haut et de droite vers la gauche. Autour de la toile on observe également des points radiaux de type c.

La 43 (68 f–g) est triangulaire, avec une hauteur de 1,8 cm et une base de 0,9 cm, l’apex étant tourné vers la droite ; un ravaudage de type e y a été exécuté et renforcé le long de la base par sept points réalisés de manière assez grossière.

Ravaudage n° 44 (68–69 v). — Il est constitué d’une rupture de la toile aux contours curvilignes et aux extrémités pointues, longue de 4,2 cm et large de 0,8 cm. Le ravaudage est un bel exemple de type e ; il s’est légèrement défait dans la partie inférieure, où ont ensuite été appliqués quelques points radiaux de type c, irréguliers, exécutés avec un fil fin.

Ravaudage n° 45 (74 v). — De forme circulaire, d’un diamètre de 0,9 cm, cousu avec des points radiaux de type c ; le long des bords se sont produites deux petites ruptures de 0,3 cm qui sont encore ouvertes.

Groupe 46. — Il est constitué de trois ruptures le long de la ligne de brûlure supérieure, presque toutes de mêmes dimensions (1,3–1,4 × 0,8 cm), situées respectivement en 81 h, 83 h–i, 85 i. La toile de la Sindone apparaît détachée de la toile de renfort sous-jacente ; seul, sur la tache centrale, un ravaudage de type c a été exécuté sur un segment de 0,7 × 0,5 cm, mais il n’a pas résisté, si bien qu’aujourd’hui les points n’intéressent plus que la toile de renfort.

Groupe 47. — Symétrique au précédent, le long de la ligne de brûlure. Il est constitué de deux taches à gauche (81 v, 83 v) dues à des brûlures de type a), pour lesquelles aucun ravaudage n’a encore été réalisé ; la troisième tache (84 v) présente en revanche une rupture de 1,6 × 1,1 cm, sans aucun signe de réparation, et relève donc du type b).

Ravaudage n° 48 (110–111 v). — La rupture de la toile brûlée s’est produite en deux temps : d’abord sur une zone de 2,0 × 0,6 cm, où a été exécuté un ravaudage avec des points radiaux de type c ; ensuite la toile s’est de nouveau rompue sur une surface de 3,2 × 0,8 cm.

*

J’ai ainsi achevé cette description, peut-être longue, des rapiéçages et ravaudages existant sur la toile de la Sindone, description que j’ai voulu maintenir dans un caractère aussi objectif que possible, presque sous la forme d’un procès-verbal.

Je pense qu’elle peut compléter les photographies et permettre de mieux comprendre la situation des deux toiles, celle de la Sindone et celle de renfort appliquée par les Sœurs de Chambéry, ainsi que les éventuelles interventions réalisées sur elles pour des raisons historiques lors des différentes opérations de réparation des ruptures.

À titre tout à fait personnel, il me semble pouvoir ajouter l’impression que j’ai retirée au cours de cet examen : à savoir que plusieurs mains différentes ont exécuté les travaux de ravaudage plus nombreuses que ne le rapportent les données historiques (les quatre Clarisses de Chambéry, le Bienheureux Valfré, la Princesse Clotilde).

Il est indispensable que tout futur, même minime, intervention sur la Relique soit toujours minutieusement documentée par des procès-verbaux appropriés.

Je ressens enfin le devoir de remercier les Organisateurs des dernières reconnaissances, qui ont permis une inspection minutieuse et tranquille, bien que dans le court laps de temps disponible, en tenant distinct le temps réservé aux reconnaissances de celui des ostensions publiques du culte ; on évite ainsi que ne se reproduise ce que l’on lit dans le récit écrit des Clarisses de Chambéry, appelées à effectuer les principales réparations de la Sindone après l’incendie d’avril 1534, et qui se lamentaient d’être pressées par l’afflux d’autres personnes — « on ne pouvait pas beaucoup faire ».

Enzo Delorenzi

— Notes —
  1. Le mot « ravaudage » désigne l’action de réparer un tissu usé ou déchiré en le reprenant avec une aiguille et du fil, par des reprises ou des points destinés à consolider la toile. Par extension, le terme peut aussi désigner les coutures ou reprises elles-mêmes, visibles à la surface du textile après réparation. [↩]

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