Paul Vignon et les études sindonologiques

La Stampa ( 1943) Paul Vignon e gli studi sindonologici [ Paul Vignon et les études sindonologiques ] – Venerdì 31 Dicembre 1943, p2

/Paul Vignon et les études sindonologiques
La Stampa, vendredi 31 décembre 1943-XXII

Ces jours-ci, à Herbeys, dans l’Isère, est mort le professeur Paul Vignon, savant de renommée mondiale dans l’étude du Suaire. C’est en grande partie à Vignon que l’on doit l’essor considérable pris par les études sindonologiques ; il avait commencé son œuvre dès l’ostension du Suaire de 1898.

En mai de cette année-là, le Suaire fut en effet photographié pour la première fois par l’avocat Secondo Pia, alors président d’une association de photographes amateurs turinois. Cette première photographie fut une révélation soudaine : on y découvrit que les empreintes du Suaire étaient des images négatives ; on expliqua ainsi l’étrangeté du dessin, dont il fut démontré de manière irréfutable qu’il ne pouvait être une œuvre peinte. De plus, reproduite en négatif, la photographie donnait un positif montrant les traits d’un homme harmonieux, dont les lignes du visage et les marques de blessures correspondent parfaitement à la figure du divin Crucifié.

Jamais photographie ne remporta un succès aussi retentissant et aussi large ; elle suscita immédiatement l’intérêt des scientifiques et des érudits, parmi lesquels Vignon.

Il est intéressant de relever la démonstration qu’il donna concernant la formation des empreintes de la relique. Partant de l’examen de la photographie, et considérant que le clair-obscur déterminant les empreintes du Suaire variait d’intensité en raison inverse de l’écart entre le tissu et les points du corps qu’il reproduisait, il pensa que ce clair-obscur s’était imprimé sur le linceul à cause d’une émanation provenant du corps lui-même et recueillie par la toile, parce que celle-ci était couverte d’aromates particulièrement sensibles à une telle émanation.

En suivant les Évangiles et la tradition, le savant approfondit ses recherches dans cette direction et, avec le physicien bien connu Colson, découvrit que l’aloès, en présence de substances alcalines, se modifie et se transforme en une matière brune capable de pénétrer le tissu et d’y adhérer de manière indélébile. Le corps martyrisé du Christ devait avoir dégagé une sueur abondante qui, en séchant, laissa à la surface de la peau un dépôt de minuscules cristaux riches en urée ; ceux-ci, en se décomposant, auraient produit une émanation de vapeurs ammoniacales, favorisée par l’humidité et l’immobilité de l’air dans le milieu clos du sépulcre. (Cette « hypothèse » reçut ensuite l’adhésion de notre illustre professeur Luigi Fornaca, qui fut, après l’ostension de 1931, l’un des chercheurs les plus passionnés par le Suaire.)

Cette émanation, se produisant selon une projection orthogonale, aurait atteint la surface du Suaire, provoquant une réaction avec l’aloès et la coloration plus intense qui en résulte au niveau des parties les plus saillantes, donc les plus proches du tissu, et plus faible au niveau des parties plus creusées, donc plus éloignées de celui-ci.

Vignon ne se limita pas à une hypothèse théorique : il réalisa des expériences qui, selon lui, la confirmèrent. Convaincu de la démonstration scientifique de l’authenticité du Suaire, le savant suscita l’intérêt des érudits autour de cette insigne relique, en favorisant ce vaste mouvement connu sous le nom de « Cultores de la Sindone », désormais étendu à tous les continents.

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