
1865 1943
Paul Vignon, biologiste et philosophe français né le 11 novembre 1865 à Lyon, est principalement reconnu pour ses recherches sur le Suaire de Turin, Son intérêt pour cette pièce a été éveillé par la première photographie prise par Secondo Pia en 1898, qui a mis en lumière des détails imperceptibles à l’œil nu, suscitant ainsi sa curiosité scientifique.
De 1901 à 1943, date à laquelle la mort interrompt ses travaux, de nombreux articles et communications sont publiés par Paul Vignon dans des revues dédiées à la nature, à la science, à la philosophie et à l’apologétique.
Parcours :
Par ailleurs, entre 1900 et 1924, Vignon a été assistant en zoologie à la Sorbonne auprès du Pr Yves Delage et dès 1924, il a enseigné à l’Institut catholique de Paris avec une chaire de « Philosophie de la zoologie et Introduction à la philosophie de la biologie » . Son œuvre principale en philosophie de la biologie, Introduction à la biologie expérimentale ; Organismes vivants, Activités, Instincts, Structures, parue en 1930, illustrée de 24 planches et de 890 figures, témoigne de sa réflexion comme homme de sciences.
Il s’intéressait également à la philosophie de la biologie comme en témoigne son œuvre posthume, Au Souffle de l’Esprit Créateur, Science et métaphysique thomistes de la vie introduite par une belle préface de Paul Claudel et publiée en 1943. Parmi ses correspondants figurent le roi d’Italie Umberto II, le cardinal Tisserand, le philosophe Henri Bergson, ainsi que des écrivains comme François Mauriac et Paul Claudel.
Présence ou non à Turin en 1898 lors de l’ostension du Saint Suaire ?
Il y a deux références à cette éventualité :
Tout d’abord, les déclarations de Secondo Pia lui-même : « Quelques jours avant de tirer les photographies, poursuit notre interlocuteur [ Secondo Pia], j’ai exposé dans cette même pièce les deux plaques originales. J’ai eu l’honneur, en cette occasion, d’y recevoir la duchesse Isabelle avec le petit prince Adalbert, S. E. l’archevêque Richelmy, des prélats, des chanoines, et un grand groupe d’artistes, peintres, sculpteurs, médecins, une foule de personnes de l’aristocratie turinoise et Paul Vignon lui-même. Ces visites ont duré plus d’une semaine, et, durant ces jours-là, devant les “plaques photographiques”, se sont déroulées d’intéressantes discussions » ( Comment la Sindone apparut à son gardien et à son photographe – La Stampa 05 Mars 1931 ))
Ensuite, le rapport au sujet de la conférence de Vignon à Turin le 2 Mai 1931, juste avant l’ostension.
« L’illustre homme de science, qui déjà il y a trente ans était venu parmi nous et avait eu l’occasion d’examiner attentivement la précieuse relique, a accepté de donner, chez le comte Carlo Parea, devant une société choisie, une conférence. » ( Une conférence du professeur Vignon.(1931) La Stampa (1931, 2 mai). p 3. )
Ces deux déclarations ne cadrent pas avec les déclarations de Vignon qui prétend n’avoir jamais vu directement le Saint Suaire lui-même à plusieurs reprises, dès 1902.
l’hypothèse du vapographie ammoniacale
Paul Vignon explique qu’il découvre les photographies de Secondo Pia autour de 1900, à la suite de l’ouvrage d’Arthur Loth ( 1900 ) qui est le premier en langue française. ( Vignon, 1902)
Une forte amitié s’est développée entre Paul Vignon et Yves Delage, et René Colson dont les échanges ont conduit Vignon à formuler l’hypothèse du vapographie ammoniacale expliquant la formation de l’image sur le Suaire.
Ensemble, ils avaient avancé que l’image sur le tissu résulterait de réactions chimiques entre le textile et les vapeurs ammoniacales émises tant par les onguents à base d’Aloé Vera et de Myrrhe que par la sueur du corps qu’il couvrait. Il détaille cette thèse parmi d’autres dans « Le Linceul du Christ » en 1902.
« Le Linceul du Christ » en 1902.
C’est Yves Delage qui, le 21 avril 1902, a surpris l’Académie des sciences avec un rapport désormais célèbre sur le Suaire qui fit polémique; suscitant l’opposition de Marcellin Berthelot, chimiste athée et franc maçon, alors Secrétaire perpétuel de l’ Académie des sciences
Après avoir répondu par plusieurs articles aux critiques émises contre sa théorie du Saint Suaire, notamment à Donnadieu, Paul Vignon se tient ensuite à l’écart du sujet pendant près de trente ans, alors même que Noël Noguier de Malijay demeure très actif et que Vignon le désignait comme le « Chevalier du Saint Suaire » en 1938.
l’exposition du Suaire en 1931
Le 2 mai 1931, en marge de l’ostension du Saint-Suaire à Turin, le professeur Paul Vignon donne une conférence privée dans la maison du comte Carlo Parea, devant un cercle choisi de notables et de visiteurs. Adoptant une approche strictement scientifique, il soutient qu’un faussaire n’aurait pu produire une image aussi complexe, notamment en raison des propriétés révélées par les photographies de Secondo Pia. Fait marquant, Vignon affirme s’être lui-même soumis à une expérience en se faisant imprégner de sang puis envelopper dans un linceul, mais n’avoir obtenu que des traces confuses, sans commune mesure avec la cohérence des empreintes du Suaire.

Lors de l’exposition du Suaire en 1931, Vignon est l’un des rares scientifiques autorisés à examiner minutieusement le Saint Suaire durant une nuit.
Il publie alors une courte synthèse de ses observations suite à son observation directe et à partir des photographies d’Enrie en juin 1931 : Note au sujet des nouvelles photographies de G. Enrie . Ce texte de 3 pages sera publié dans L’Ostensione della Santa Sindone Torino à savoir le Catalogue Officiel de l’ostension de 1931 et de l’exposition d’Art Sacré au Palazzo Madama.
Organisation des Etudes du Saint Suaire :
En 1932, Vignon devient membre correspondant de l’Académie pontificale des sciences et organise la même année la Commission internationale du Saint-Suaire, dont il est le secrétaire général. Par la suite, il est nommé président de cette commission par le prince de Piémont Umberto II.
À ce titre, il entretient une longue correspondance avec le cardinal Pacelli, de 1931 à 1939 ; des télégrammes échangés entre eux lors de l’accession de ce dernier au trône papal sous le nom de Pie XII – Eugenio Pacelli.
Dans les années 1930, l’influence de Paul Vignon ne se limite plus à l’Europe : ses travaux et ses prises de position franchissent l’Atlantique, contribuant à faire connaître le Saint-Suaire aux États-Unis. Cette diffusion s’inscrit dans un contexte de voyages, de conférences et de relais intellectuels qui assurent la circulation de ses idées dans le monde anglophone. Elle trouve une expression significative dans l’article co-signé avec le Révérend Edward Wuenschel (C.SS.R.), The Problem of the Holy Shroud, publié en 1937 dans la revue Scientific American.
Le Saint-Suaire de Turin : 1938.
Approfondissant alors ses recherches, il publie ensuite un autre ouvrage majeur en 1938, Le Saint-Suaire de Turin : Science, Archéologie, Histoire, Iconographie, Logique.
Dans cette seconde œuvre, il cherche à compléter l’argument en faveur de l’authenticité du Suaire avec des données archéologiques et établit un lien entre le Suaire et les plus anciennes représentations de Christ.
Maladie et fin de vie.
En 1939, il est souffrant et ne peut se rendre au Premier Congrès National sur le Saint Suaire de Turin, organisé notamment par Maurilio Fossati, peu après le décès d’ Achille Rati – Pie XI.
Il est alors « Secrétaire général de la Commission Italienne et Française du Saint Suaire. » et se prononce contre les examens scientifiques contre la relique, notamment l’utilisation de lumière ultraviolette 1
Le 17 octobre 1943, au château familial d’Herbeys en Isère, la mort a délicatement emporté Paul Vignon. Il avait presque 78 ans.
Bibliographie :
( non exhaustive )
- Vignon, P. (1901, 21 septembre). À propos du Saint Suaire de Turin. Revue religieuse de Cahors et de Roc-Amadour, 12ᵉ année(1), 13–14.(Lettre apportant des éclaircissements à propos d’un article publié dans le même périodique, n° 52 du 7 septembre 1901, sur la Sainte-Suaire.)
- Colson, R. – Vignon, P. (1902). Chimie sur la formation d’images négatives par l’action de certaines vapeurs [Note présentée par Yves Delage]. In Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences (Tome 134, pp. 902-904). Paris : Gauthier-Villars.
- Vitoux, G. (1902, avril). Le Suaire de Turin : Delage et Vignon à l’Académie des sciences. La Calotte : Revue anticléricale, pp 2–3.
- Vignon, P. ( 1902 ) Le Linceul du Christ, Ed. Masson, 1902 (1 er Mai 1902)
- Meurville, L. de. (1902). « Le Saint Suaire de Turin » L’Initiation : Revue philosophique des hautes études, 56 (10), pp 4–31. (Dir. Papus).
- Vignon, P. ( 1902 ) À propos du Saint-Suaire de Turin : Réponse à M. Donnadieu. Lyon : Emmanuel Vitte.
- Vignon, P. ( 1930 ) Introduction à la Biologie Expérimentale, Ed. Lechevalier, 1930
- La Stampa. (1931, 5 mars). Comment la Sindone apparut à son gardien et à son photographe
Come è apparsa la Sindone al suo custode e al suo fotografo. La Stampa, p. [page 6], Torino. - Une conférence du professeur Vignon. (1931) La Stampa (1931, 2 mai). p 3.
- Caricature de Paul Vignon – La Stampa (1931, 4 mai). p 4.
- Vignon, P. ( 1933 ) Lettre de Paul Vignon à Giuseppe Enrie sur les pieds de l’homme du Saint Suaire
- Vignon, P. ( 1936 ) Le Problème du Saint-Suaire : Faits établis, Données nouvelles, Revue de Paris,
- Vignon, P et le Rév. Edward Wuenschel, C.SS.R. (1937 ) : The Problem of the Holy Shroud, Scientific American, 1937
- Vignon, P ( 1938) Le Saint-Suaire de Turin devant la Science, l’Archéologie, l’Histoire, l’Iconographie, la Logique, Ed. Masson, 1938. Traduit en latin, allemand, anglais, espagnol, italien
- Vignon, P ( 1938) Le Saint-Suaire de Turin et la Science, Bulletin de l’Association Médicale Internationale de Notre-Dame de Lourdes, 1938
- Vignon, P ( 1939) Deuxième édition de ce qui précède, 1939 (épuisé)
- Vignon, P ( 1939 ) Réponse à M. David – Objections contre les examens scientifiques – ( Le Mercure de France – 1 Août 1939 ) p 762-765
- Vignon, P ( 1940 ) La Santa Sindone logicamente autentica, Osservatore Romano, 1940
- Vignon, P (1943) Au Souffle de l’Esprit Créateur, Science et métaphysique thomistes de la vie ; Ed. Beauchesne.
- La Stampa ( 1943) Paul Vignon e gli studi sindonologici [ Paul Vignon et les études sindonologiques ] – Venerdì 31 Dicembre 1943, p2
- cf. « les rayons, ultra-violets surtout, risqueraient, pense-t-on, d’altérer plus tard les empreintes. Cela, pour nous apprendre quoi, puisque voici le sang, le sérum, les suintements, les flux, les gouttes ?… » Vignon, P ( 1939 ) Réponse à M. David – Objections contre les examens scientifiques – ( Le Mercure de France – 1 Août 1939 ) p 764 ) [↩]