Polémique Mc Crone – STURP

La polémique entre le STURP (Shroud of Turin Research Project) et Walter McCrone, chimiste et expert en microscopie, porte principalement sur l’analyse des observations de Mc Crone et la différence d’interprétation sur la méthode d’analyse des matériaux prélevés.

John Heller et Alan Adler sont les chimistes qui ont le plus réagi et oeuvré pour invalider les affirmations de Walter McCrone. Les analyses spectrométrie de Sam Pellicori sont également importantes à prendre en compte.

On peut affirmer que certaines allégations de Mc Crone étaient infondées, notamment celles sur l’usage de pigment et de gélatine. Malgré les membres du STURP ont reconnu la réalité d’une présence de quantité infimes d’oxyde de fer (III) sur le Saint Suaire.

Points de Vue Contradictoires sur l’Origine des Images

  1. Analyse du STURP : Les chercheurs, dont John Jackson et Alan Adler, ont utilisé une variété de techniques d’imagerie et d’analyse pour examiner la composition des images et des taches de sang. Le STURP a conclu que les images corporelles n’avaient pas été peintes ou créées par une application de pigments comme le soutenait Mc Crone. Leur analyse a révélé que les images semblaient être formées par une dégradation superficielle de la cellulose du tissu, suggérant une origine naturelle encore inexpliquée.
  2. Conclusions de McCrone : Walter McCrone, qui a participé à l’analyse de certains échantillons en 1979, a rapidement divergé des conclusions du STURP. Il a affirmé avoir trouvé de l’oxyde de fer (hématite ou oxyde de fer(III)) voire du cinabre (vermilion ou sulfure de mercure II ) 1 sur le Suaire, ce qui, selon lui, prouvait que l’image avait été peinte avec des pigments artistiques. Il a conclu que le Suaire était un artefact médiéval créé pour des raisons de dévotion.

Conflit et Conséquences

  • Méthodologie : Le STURP a critiqué McCrone pour sa méthodologie, estimant qu’il avait mal interprété les résultats en extrapolant de manière excessive les traces d’oxyde de fer, qui, selon eux, étaient infimes et provenaient probablement des processus de production du tissu ou de la contamination.
  • Réactions : McCrone a quitté l’équipe et a publiquement critiqué le STURP, l’accusant de biais et d’un manque de rigueur scientifique. Cette divergence a suscité des débats passionnés dans la communauté scientifique et parmi les chercheurs du Suaire, chaque camp maintenant ses positions.

Analyse critique Détaillée des thèses de Mc Crone :

Nous utilisons ici l’analyse très détaillée qu’on trouve dans la version anglaise de John Heller « Report on the Shroud of Turin  » (1983), un ouvrage accessible au grand public et ayant connu un fort tirage, des traductions en diverses langues. Nous n’avons pas connecté encore certaines déclarations aux articles publiés pour étayer de façon documentée certaines déclarations de Heller sur les publications connexes.

A). Analyse critique sur l’oxyde de fer :

1 . Les Thèses de McCrone sur l’oxyde de fer

  1. Pigment de l’image : McCrone affirme que les images du Saint-Suaire sont composées de pigments de terre rouge contenant de l’oxyde de fer, qu’il a identifiés sur les fibres du Suaire (John Heller p. 139).
  2. Application manuelle : Il soutient que l’oxyde de fer aurait été appliqué à la main pour créer l’image, avec une technique de peinture au doigt (p. 140).
  3. Présence de gélatine : McCrone propose que la peinture contenant de l’oxyde de fer a été mélangée à une solution de gélatine d’origine animale pour donner un aspect plus visible à l’image (p. 154).
  4. Identification de vermillon : Plus tard (ref manquante ), McCrone publie un article affirmant que la présence de vermillon (sulfure de mercure) prouve que le Suaire est une contrefaçon peinte (p. 194).
  5. Birefringence : Il observe que les particules rouges sur le Suaire présentent une birefringence, qu’il attribue aux propriétés cristallines de l’oxyde de fer (p. 141).

2. Controverses et Réfutations des Autres Chercheurs

  1. Inadéquation spectrométrique : Sam Pellicori, spécialiste en spectrométrie, remarque que le spectre de l’oxyde de fer ne correspond pas à celui des images du Suaire (p. 140). Le 24-25 mars 1979, dès le « Premier Atelier d’Analyse de Données » sur le Suaire, à Santa Barbara, ( Brooks Institute), en Californie, confronté aux résultats de la spectrométrie avancés par Sam Pellicori, Walter Mc Crone se contente de répondre avec désinvolture que Sam Pellicori, se trompe (p140-141)
  2. Absence d’oxyde de fer dans les radiographies : Les images radiographiques ne montrent pas de densité d’oxyde de fer suffisante pour que des pigments d’oxyde de fer puissent produire des images du Suaire visibles à l’œil nu, contrairement aux affirmations de McCrone (p. 150).
  3. Expériences contradictoires sur l’oxyde de fer : Les chercheurs, incluant Sam Pellicori et Eric Jumper, reproduisent la concentration d’oxyde de fer proposée par McCrone sur des fibres et constatent qu’elle n’engendre pas la couleur observée sur le Suaire (p. 155).
  4. Test de protéine plus sensible : Un test de protéine (Biuret-Lowry) mené par Alan Adler et John Heller pour détecter la présence de gélatine s’avère négatif, remettant en cause l’hypothèse de McCrone sur un médium de gélatine (p. 159).
  5. Birefringence induite par le Mylar : Heller et d’autres chercheurs constatent que la birefringence observée par McCrone était due à l’utilisation des bandes de Mylar pour récolter les échantillons. Or, le Mylar, utilisé par la société 3 M, est optiquement actif en termes de bi-réfringence. Mc Crone aurait donc observé une propriété optique due non aux propriétés intrinsèques des particules mais au support utilisé pour la récolte des échantillons du Saint Suaire (p. 177).
  6. Absence de publication dans des revues reconnues : Après des critiques des pairs, McCrone publie ses résultats dans son propre journal, The Microscope, au lieu de répondre aux standards rigoureux des autres revues (p. 184).

Conclusion

Les recherches et tests réalisés par d’autres scientifiques ont systématiquement remis en question les thèses de McCrone, notamment par des analyses spectrométriques, des tests de radiographie et des tests chimiques plus sensibles qui ne confirment pas la présence significative d’oxyde de fer ou de gélatine. Ces résultats soulignent des interprétations divergentes qui montrent les limites des observations de McCrone et remettent en question la fiabilité de sa conclusion sur une peinture à l’oxyde de fer.

B). Analyse critique sur la gélatine :

1. Les Thèses de McCrone sur la Gélatine

  1. Pigment en suspension dans de la gélatine : McCrone affirme que les pigments de l’image sur le Suaire sont maintenus sur le tissu grâce à une solution de gélatine d’origine animale (p. 154).
  2. Amido Black pour la détection de la gélatine : McCrone utilise le réactif Amido Black pour prouver la présence de gélatine dans les fibres de l’image du Suaire (p. 158).
  3. Rouge de joailler et gélatine : McCrone avance l’hypothèse que les particules de fer et d’oxyde de fer sont dispersées dans une solution de gélatine, qu’il assimile à une peinture (p. 175).
  4. Datation des retouches avec de la gélatine : McCrone propose que le Suaire aurait pu être retouché après 1800 avec de la peinture à base de gélatine et d’oxyde de fer pour renforcer les images (p. 148).

2. Controverses et Réfutations des Autres Chercheurs

  1. Absence de gélatine détectée avec le test Biuret-Lowry : Les chercheurs, dont Adler, ont utilisé le test Biuret-Lowry, bien plus sensible que l’Amido Black, et n’ont trouvé aucune trace de protéine (gélatine) dans les fibres de l’image (p. 159).
  2. Absence de fluorescence de la gélatine : Vern Miller a constaté que les images du Suaire n’étaient pas fluorescentes, une caractéristique qui devrait être présente si elles contenaient de la gélatine, éliminant ainsi cette hypothèse (p. 161).
  3. Enzymes protéolytiques : Pour confirmer l’absence de protéines, les chercheurs ont appliqué des enzymes protéolytiques aux fibres de l’image, qui auraient détruit toute trace de protéine si elle avait été présente. Les fibres ont conservé leur couleur jaune paille, prouvant l’absence de gélatine ou d’autres protéines (p. 183).
  4. Tests supplémentaires avec de la fluorescamine : Le test à la fluorescamine, capable de détecter des protéines au niveau d’un nanogramme, a également donné un résultat négatif, confirmant l’absence de gélatine ou de toute autre protéine dans les fibres de l’image (p. 182).
  5. Observation des particules de sang : Contrairement à McCrone, l’équipe a identifié la présence de sang sur le Suaire par diverses méthodes, invalidant la thèse d’une imitation à base de pigments de fer et de gélatine (p. 193).

Bibliographie Walter McCrone :

  • McCrone, W. C. (1980). The Shroud of Turin: Blood or Artist’s Pigment? The Microscope, 28(3), 115-128.
  • McCrone, W. C. (1981). Microscopical Study of the Shroud of Turin. The Microscope, 29(1), 19-38.
  • McCrone, W. C. (1990). Judgment Day for the Shroud of Turin. Chicago: McCrone Research Institute.

Bibliographie STURP :

  • Heller, J. H., & Adler, A. D. (1980). Blood on the Shroud of Turin. Applied Optics, 19(16), 2742-2744.
  • Jumper, E. J., & Mottern, R. W. (1980). Scientific Investigation of the Shroud of Turin. Applied Optics, 19(12), 1909-1912.
  • Jackson, J. P., Jumper, E. J., & Ercoline, W. R. (1982). Three Dimensional Characteristics of the Shroud Image. IEEE Proceedings of the International Conference on Cybernetics and Society, 559-575.
  • Adler, A. D. (1982). The Shroud Fabric and Its Image: Chemical Research into the Nature and Cause of the Image. In: Shroud Spectrum International, 3(9), 4-14.
  • Schwalbe, L. A., & Rogers, R. N. (1982). Physics and Chemistry of the Shroud of Turin, A Summary of the 1978 Investigation. Analytica Chimica Acta, 135, 3-49.
  • Heller, J. H. (1983). Report on the Shroud of Turin. Boston: Houghton Mifflin.
— Notes —
  1. Le cinabre est un pigment de teinte rouge vermillon obtenu par broyage et lévigation (lavage) de l’espèce minérale de sulfure de mercure(II).À la suite des Gréco-égyptiens, des Chinois et des Arabes, les alchimistes européensn ont commencé, à synthétiser du sulfure de mercure, à partir de soufre et de mercure. Ce cinabre de synthèse, appelé aussi vermillon, d’un rouge intense, sera employé pour enluminer les manuscrits à partir du XIe siècle. Le cinabre naturel a été employé dès l’époque Néolithique en peinture murale à Çatal Höyük en Anatolie au VIIIe-VIIe millénaire av. J.-C. puis dans de nombreuses régions d’Eurasie et d’Amérique jusqu’à l’époque moderne – Wikipedia [↩]

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