Quelques particularités à partir d’observations directes.

Quelques particularités
à partir d’observations directes.

Antoine Legrand

Observations sur les expertises officielles 1969-1976

1977

Numérisation Monique Cuer

[ Centre International des Etudes de Sindonologie, Turin ]

L’auteur nous a envoyé, alors que notre travail était déjà en cours, une longue série d’observations que nous jugeons très importantes, mais qui ne sont pas toutes liées à ces « observations sur les expertises officielles ». Certaines se rapportent à ce qu’il a pu directement observer sur le Suaire lors de l’ostension télévisée, en particulier concernant la couleur et les empreintes. 1 Avec son autorisation, nous publions seulement une partie de ce qu’il nous a transmis, en renvoyant le reste à Sindon, qui le présentera dans un prochain numéro. (Note de la rédaction)

(Note biographique) Antoine Legrand, issu de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, s’est illustré dans son activité artistique multiforme, exposant notamment au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts. Il a réalisé deux œuvres très appréciées sur le thème du Suaire : « La Passion selon le Saint Suaire » et « Le Saint Suaire témoigne comment est mort le Christ ». Conférencier talentueux, bien documenté et suivi, il a également produit, en collaboration avec le Dr Galimard, un film sur le Suaire, qui a eu un large écho et a été primé lors d’un concours à Leiria, au Portugal.

Sang

Une autre observation de la plus haute importance que j’ai pu faire en examinant le sang à l’aide d’une loupe à fort grossissement est qu’il ne semble pas y avoir de sang sur le Linceul, mais plutôt dans celui-ci. Les reliefs des grains du tissu sont moins colorés que les espaces entre les fils. Le Dr Galimard a également constaté catégoriquement qu’il n’y a pas de sang sur le tissu et qu’il n’existe pas de coloration superficielle. Nous n’avons pas été le jouet de notre imagination, car c’est le contraire de ce que nous attendions et avons enregistré.
Je m’attendais à trouver du sang sur les reliefs du tissu, mais il n’y en avait pas, alors que je ne pensais pas en trouver dans les interstices (si je puis ainsi m’exprimer), et c’est là que j’ai vu la coloration rosée.

Mon ami , le Docteur Galimard se pose la question suivante : si du sang se trouvait sur le Suaire, a-t-il disparu au cours des siècles à cause de lavages successifs ? Ou, comme je le suggère, le sang qui adhérait à la fois au tissu et au corps dans le tombeau s’est-il sublimé au moment de la Résurrection avec les autres éléments physiques du corps ? Le Linceul n’aurait alors conservé entre ses fibres que ce qui avait émané antérieurement du corps divin pendant son séjour au sépulcre. Ce seraient uniquement ces éléments absorbés par le tissu, au plus intime de ses fibres, que nous pouvons contempler aujourd’hui.

À cette réflexion, le Dr Galimard me prie d’ajouter :

  1. Il est à noter que nous n’avons vu aucune trace de corde au niveau des aisselles.
  2. Les gouttes de sang, loin du coude droit, tendraient à prouver que le tissu a été plissé autour du corps (ces plis étaient-ils maintenus par une bandelette placée sur le Suaire ?).
  3. Les observations que nous avons faites l’ont été à l’aide de loupes suffisamment puissantes.
  4. Des prélèvements superficiels réalisés de manière classique ne permettraient pas de détecter la présence de sang, celui-ci n’étant décelable qu’à l’intérieur de l’étoffe.

Plis

J’ai constaté avec joie le succès de ma démarche auprès de S. Em. le Cardinal Fossati, la veille de la clôture de l’ostension de 1933.

Afin d’effacer autant que possible les plis qui formaient des lignes au-dessus de la tête, sous la barbe et sous le cou, j’avais demandé et obtenu qu’au lieu d’enrouler le Linceul comme auparavant — ce qui tendait la doublure rouge placée à l’extérieur mais plissait inévitablement le Saint Suaire —, on procède à l’inverse : que la doublure soit roulée à l’intérieur et le Saint Suaire à l’extérieur, ce qui permettrait une meilleure tension.

Grâce à cette méthode de roulage adoptée en 1933 (et qui, malheureusement, ne semble pas avoir été reprise après le séjour à Montevergine ) Le pli sous le cou ainsi que celui du sommet de la tête sont effacés, seul celui sous la barbe s’est reformé. Mais ce qui est très grave, c’est qu’un nouveau pli s’est formé au côté gauche de la Sainte Face. Il barre déjà la chevelure et menace d’attaquer tout le visage si l’on ne revient pas très rapidement à l’enroulement adopté en 1933, avant que l’irréparable ne se produise.


Remarques – Suggestions


Il aurait fallu, avant d’essayer de réaliser des analyses, procéder à un examen à la loupe du tissu, comme celui que le Dr. Galimard et moi-même avons pu effectuer dans la matinée du 24-11-73.

Un tel examen permet de se rendre compte que des prélèvements superficiels, comme ils sont réalisés d’une manière courante, ne permettent pas de recueillir les éléments nécessaires à la détection du sang, qui, comme je le dis plus haut, est non sur le tissu mais entre ses fils.

Faute d’avoir fait cet examen préalable et tiré les conclusions qu’il impose, les résultats ne peuvent être que négatifs. Sur ce point, le Dr. Galimard m’autorise à déclarer qu’il est aussi formel et catégorique que moi. Nous pensons que des prélèvements qui ne seraient pas précédés d’un examen microscopique et effectués sous contrôle microscopique seraient dénués de toute valeur scientifique et ne pourraient être que négatifs.

Si l’on doit exécuter des prélèvements sur le Linceul, il faudra que les experts qui les exécuteront connaissent parfaitement le Saint Suaire, qu’ils l’aient examiné préalablement à la loupe et qu’ils aient étudié à l’avance dans quelles conditions le sang peut se reporter sur une étoffe de lin pour y laisser les contours aussi précis que ceux que montre le Saint Suaire.

[ Déshydratation du corps après la mort]

Cette étude préalable devra comporter celle de la déshydratation du corps après la mort. Déshydratation qui est bien connue de tous les médecins comme se continuant bien au-delà de trois heures après la mort et pendant un laps de temps assez long.

Mes expériences de 1932 et 1933 ont démontré que de la sueur humaine (ayant donc la même composition chimique que ce qui est émané par le cadavre) peut produire sur un tissu de lin non préparé chimiquement un brunissement semblable à celui de l’empreinte corporelle du Christ dans son linceul.

Il est à noter que, pendant de longs mois, le linge ainsi imprégné ne laisse voir aucune trace de sueur et ce n’est généralement qu’au bout de trois ans que le brunissement est perceptible (jamais avant deux ans).

D’autre part, ce brunissement, n’étant pas seulement superficiel mais imprégnant toute l’épaisseur du tissu, est beaucoup plus intense visuellement lorsque l’on regarde l’étoffe en transparence (comme je le montre dans une séquence du film « Le Linceul du Christ »). C’est pour cette raison que, le matin du 24-11-73, j’ai demandé que des projecteurs, que Giovanni Battista Judica Cordiglia avait apportés, soient braqués sur le Saint-Suaire. Grâce à cela, son père, le Dr. Galimard, et moi-même avons pu constater, malgré la doublure rouge, que dans la région de la nuque (la seule qu’il m’a été possible d’examiner), l’empreinte et les coulées sanglantes paraissaient très renforcées.

Cette expérience devrait être étendue à toute la surface du Saint-Suaire, mais en plaçant la source lumineuse derrière celui-ci. Des photos devraient être prises pour confirmer l’examen visuel, indispensable, par des spécialistes du Linceul. (Si la doublure rouge pouvait au moins partiellement être soulevée, les résultats seraient bien supérieurs. Il faudrait qu’au moins sur une partie, comme celle de l’empreinte postérieure des pieds, la doublure soit soulevée).

Références

— Notes —
  1. Note Eureka Sindone : Legrand était présent lors des ostensions de 1933, 1933 mais aussi le 24 Novembre 1973 [↩]

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