Raymond N. Rogers

1927-2005

Raymond N. Rogers est né le 25 décembre 1927. Il est décédé le 8 mars 2005 des suites d’un cancer.

Parcours :

Raymond N. Rogers était chimiste émérite du Laboratoire national de Los Alamos et membre de l’équipe STURP, a joué un rôle essentiel dans l’étude scientifique du Suaire de Turin, notamment pour l’étude chimique et biochimique. Il était considéré comme un expert de premier plan en 
analyse thermique  ( branche de la science des matériaux qui étudie les propriétés des matériaux qui évoluent avec la température )

Au travers de publications rares mais décisives, Rogers a développé une importante contribution pour la réflexion sur la théorie de l’empreinte et pour la polémique sur la datation au carbone 14 de 1988. Il a également été très critique dans la polémique sur la restauration du Saint Suaire en 2002.

En 2004, il a proposé une série de réponses aux questions fréquemment posées qui peut servir de synthèse très détaillé autant de l’étude matérielle du Saint Suaire que de ses apports spécifiques dans le domaine ( en version anglaise, ici ) (shroud.com)

Parcours scientifique :

Sa carrière au Los Alamos National Laboratory commence en 1952, où il devient rapidement chef du groupe de recherche sur les explosifs. En 1981, il est nommé Fellow du laboratoire, un titre décerné à ceux qui démontrent une excellence scientifique exceptionnelle. En 1984, il reçoit un prix de performance distinguée et, de 1987 à 1991, il siège au Conseil consultatif scientifique de l’Air Force.

Contributions sur le Saint Suaire :

Dans ses recherches, Rogers a exploré divers aspects de la chimie et de la physique liés au Suaire. Il a toujours considéré que l’explication de la formation de l’empreinte du corps sur le Saint Suaire demeurait un problème ouvert dans le domaine de la théorie de l’empreinte.

Prélèvements d’échantillons – STURP – 1978 :

En 1978, Raymond Rogers en collaboration avec Robert H. Dinegar a prélevé des échantillons microscopiques sur le Suaire à l’aide de bandes adhésives ou bandes collantes (sticky tapes) fabriquées en Mylar.

Raymond Rogers et Robert Dinegar positionnent une bande collante en Mylar sur le Saint Suaire ( 1978 ) Barrie Schwortz.
Raymond Rodgers récupère une bande collante en Mylar sur le Saint Suaire ( 1978 – Barrie Schwortz )

Appliquées avec précaution, afin d’éviter tout dommage au tissu, cette méthode a permis de collecter des particules provenant de diverses zones, incluant les brûlures et les taches de sang, fournissant ainsi du matériel crucial pour les analyses chimiques et microscopiques menées par l’équipe STURP, tout en garantissant l’intégrité de la relique.

Malheureusement, les échantillons de bandes adhésives ont été renvoyés par inadvertance à Turin et ont été perdus pour l’observation scientifique. ( Rogers, R. N. 2002 c ).

Polémique de la datation au carbone 14 de 1988

En 1988, dans une lettre adressée à Giovanni Fazio, Rogers a souligné que la lignine 1 , un composant du lin, change progressivement sa composition chimique avec le temps, ce qui aurait des implications significatives pour la datation et l’authenticité des échantillons de lin (Rogers, 1988). Il va réaliser un patient travail de théorisation et d’analyse de la dégradation de lignine en vaniline jusqu’à la publication de son ultime travail en 2005

« Studies on the Radiocarbon Sample from the Shroud of Turin« . – 2005

Un de ses travaux les plus influents a été publié en janvier 2005, intitulé « Studies on the Radiocarbon Sample from the Shroud of Turin« . Dans cet article, Rogers a démontré que des effets de radiation et le vieillissement des fibres pouvaient avoir influencé les résultats de datation, suggérant que le Suaire pourrait être beaucoup plus ancien que ce que les tests avaient initialement indiqué (Rogers, 2005).

En 2005, Ray Rogers a publié un article dans la revue scientifique Thermochimica Acta, intitulé « Studies on the Radiocarbon Sample from the Shroud of Turin ».

taux de disparition de la vanilline contenue dans le lignine du tissu

Dans cet écrit, il propose une méthode d’estimation de l’âge du lin basée sur le taux de disparition de la vanilline contenue dans le lignine du tissu.

Selon ses calculs, si le Suaire avait été conservé à une température constante de 25 °C depuis sa création, il aurait fallu environ 1 320 ans pour que 95 % de la vanilline s’évapore. À des températures plus basses, ce processus aurait été encore plus lent. Rogers souligne que si le Suaire datait réellement de la période comprise entre 1260 et 1390, comme l’indiquaient les analyses au radiocarbone, il aurait dû contenir environ 37 % de vanilline en 1978.

Rogers a procédé à une série de tests simples pour détecter la présence de vanilline dans divers échantillons de tissus.

  • Les fils provenant de l’échantillon transmis en 1973 à Gilbert Raes, mais aussi du tissu hollandais médiéval cousu au Suaire, ainsi que d’autres tissus en lin médiévaux, ont tous révélé des traces de vanilline dans les zones où la lignine était visible sur les nœuds de croissance.
  • Cependant, un échantillon prélevé sur la partie principale du Suaire, ainsi que des tissus provenant des manuscrits de la mer Morte, n’ont montré aucun signe de vanilline.
  • Sur cette base, Rogers a estimé que le Suaire devait être bien plus ancien qu’indiqué par les analyses au radiocarbone, situant son âge entre 1 300 et 3 000 ans.

Présence de gomme arabique.


Dans son étude, Rogers rapporte également avoir analysé des fils issus de l’échantillon Raes ainsi que des fils provenant de l’échantillon de datation au radiocarbone, transmis par le Professeur Luigi Gonella. Il a découvert qu’un revêtement spécifique, composé d’une gomme, d’un colorant et d’un mordant, était présent sur ces fils ( prélèvement Riggi), mais totalement absent du reste du tissu du Suaire. Une analyse chimique a révélé que ce revêtement contenait un pentosane, très probablement sous forme de gomme arabique, un matériau couramment utilisé dans les peintures à tempera.

[ interprétation de Rodgers ] Selon Rogers, cette observation indique que l’échantillon radiocarbone aurait été teint de manière intentionnelle pour harmoniser sa couleur avec celle du lin ancien, en utilisant un tissu de remplacement en bon état. La gomme arabique étant soluble dans l’eau, elle aurait disparu lors des étapes de nettoyage appliquées aux échantillons datés. [ procédure de datation par carbone 14 ]

Rogers conclut en affirmant que « l’échantillon utilisé pour la datation au radiocarbone… ne provient pas du tissu original et ne peut donc pas être utilisé pour déterminer l’âge du Suaire ». Sa publication a suscité un vif intérêt médiatique. Le 27 janvier 2005, la BBC News a relayé ses travaux dans un article intitulé « Turin Shroud ‘older than thought’ » (Le Suaire de Turin « plus ancien qu’on ne le pensait »), où Rogers est cité en disant : « L’échantillon utilisé pour la datation radiocarbone possède des propriétés chimiques radicalement différentes de celles du reste de la relique. »

Théorie de l’empreinte :

En 2001, dans son article « An Alternate Hypothesis for the Image Color », il a proposé des hypothèses innovantes sur la formation des images sur le Suaire, s’appuyant sur des mécanismes chimiques spécifiques (Rogers, 2001).

Rogers a également proposé des hypothèses innovantes sur la formation des images sur le Suaire. En 2004, avec Dr Anna Arnoldi, de l’university of Milan, département de la chimie des aliments, Rodgers a examiné des réactions chimiques spécifiques, comme la réaction aminocarbonyle ( ou réactions de Maillard), qui pourrait expliquer la coloration des images.

Dans le même esprit, il a publié en octobre 2002 un article sur « The Chemistry of Autocatalytic Processes in the Context of the Shroud of Turin », approfondissant les réactions chimiques pertinentes pour la compréhension du Suaire (Rogers, 2002). Dans « Pyrolysis/Mass Spectrometry Applied to the Shroud of Turin », il a appliqué des techniques analytiques avancées pour mieux comprendre les matériaux du Suaire (Rogers, 2004).

En 2004, son article « Testing the Jackson Theory of Image Formation » livre une analyse critique des théories existantes dans le domaine de la théorie de l’empreinte, utilisant des méthodes scientifiques rigoureuses pour évaluer leur validité. Par ailleurs, John Jackson avait proposé que l’image sur le Suaire se serait formée en raison d’un flux de photons ultraviolets qui aurait marqué le tissu mais Raymond N. Rogers a interrogé cette approche du fait que les radiations auraient du produire des effets observables sur les fibres du tissu. Ce qui n’est pas le cas pour Rodgers.

Théorie de la conservation :

Dès 2002, Rogers et Arnoldi ont critiqué les procédures suivies par l’équipe de Metchild Flury-Lemburg dans le travail de restauration du Saint Suaire. Selon lui, la restauration de 2002 aurait un impact négatif sur les futures datations au carbone, du fait de possibles contaminations des fibres. En 2002, il a coécrit avec Anna Arnoldi un article intitulé « Scientific Method Applied to the Shroud of Turin: A Review« , où il a examiné les méthodes scientifiques appliquées à l’étude du Suaire, abordant les effets de la restauration de 2002 et les préoccupations liées aux choix techniques.

Il avait d’ailleurs mis en lumière que sur la base des faits chimiques et des conditions actuelles de conservation, le Suaire de Turin ne courait alors aucun risque de décomposition autocatalytique. (cf. Rogers, R. N. (2002 b ) Et il résume ses préoccupations majeures dans son article Comments on the June-July 2002 Restoration of the Shroud of Turin: (Rogers, R. N. 2002 c ).

Pour plus de détail, voir notre article sur la polémique de la restauration de 2002

Rogers a également abordé les aspects liés à la conservation et à la chimie des matériaux, notamment dans son étude sur le Suaire d’Oviedo, où il a examiné les structures de fibres.

Références

De nombreux liens proviennent de la précieuse liste du site shroud.com

— Notes —
  1. La lignine du latin lignum qui signifie bois est une biomolécule, plus précisément une famille de macromolécules polyphénoliques, qui est un des principaux composants du bois avec la cellulose et les hémicelluloses.[↩]

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