Les photographies de Giuseppe Enrie comme outil scientifique
Les photographies réalisées par Giuseppe Enrie en 1931 occupent une place centrale dans les recherches des décennies suivantes. La possibilité de travailler sur des positifs, des négatifs et des agrandissements de certaines parties du corps permet aux chercheurs d’observer des détails difficilement visibles lors d’une ostension.
Pendant plusieurs décennies, ces photographies deviennent ainsi une sorte de substitut documentaire au Saint Suaire lui-même. Elles sont reproduites dans les ouvrages, étudiées par les médecins et utilisées pour construire ou discuter différentes interprétations anatomiques et médico-légales.
| Recherche | Utilisation des photographies | Question étudiée |
|---|---|---|
| Anatomie | Agrandissements du corps et des membres | Reconstituer la position du corps — orientation des membres, position des mains, des jambes et des pieds. |
| Médecine légale | Détails des plaies et des zones sanguines | Interpréter les blessures — localisation des plaies, trajectoire des écoulements et conséquences possibles de la crucifixion. |
| Anthropométrie | Mesures réalisées sur les photographies | Reconstituer les proportions corporelles — taille, longueurs relatives et proportions anatomiques. |
| Formation de l’image | Négatifs, positifs et variations d’intensité | Comprendre la nature de l’empreinte — rechercher comment une image aussi particulière a pu apparaître sur le tissu. |
| Expérimentation | Comparaison avec des empreintes expérimentales | Reproduire certaines propriétés de l’image — comparer le Suaire avec des empreintes obtenues expérimentalement. |
Le congrès de Turin et la structuration des recherches modernes
Le congrès organisé à Turin en 1939 constitue un moment important dans la structuration des recherches modernes sur le Saint Suaire. Les travaux réalisés depuis les photographies de Secondo Pia puis de Giuseppe Enrie peuvent désormais être confrontés dans un cadre collectif.
Le programme montre la diversité des approches déjà développées : médecine, anatomie, anthropométrie, histoire, photographie et expériences consacrées à la formation des empreintes. Des chercheurs comme Giuseppe Caselli ou Ruggero Romanese participent notamment à cette tentative de confrontation entre observation médicale et expérimentation.
| Domaine | Recherches | Présentation |
|---|---|---|
| Médecine | Observations anatomiques et pathologiques | Lire les empreintes comme des traces corporelles — étude des blessures et de leurs conséquences anatomiques. |
| Formation de l’image | Ruggero Romanese · expérimentations | Tester différents mécanismes — réalisation et comparaison d’empreintes expérimentales. |
| Photographie | Photographies de Giuseppe Enrie | Observer des détails invisibles à distance — négatifs et agrandissements deviennent des documents de recherche. |
| Histoire et iconographie | Sources anciennes et représentations du Christ | Comparer l’image du Suaire aux documents historiques — développement des recherches sur sa transmission et son influence iconographique. |
mettre le Saint Suaire à l’abri : 1939–1946
La guerre interrompt la dynamique du congrès de 1939 et impose une nouvelle priorité : mettre le Saint Suaire à l’abri. En septembre 1939, il quitte secrètement Turin, passe par le palais du Quirinal à Rome, puis rejoint l’abbaye de Montevergine, où il demeure jusqu’en 1946.
| Date | Lieu / événement | Présentation |
|---|---|---|
| 7 septembre 1939 | Turin | Mettre le Saint Suaire à l’abri — le reliquaire est retiré de son emplacement habituel et préparé pour son transfert. |
| 8 septembre 1939 | Rome — Palais du Quirinal | Une première mise à l’abri — le Saint Suaire est déposé provisoirement dans la chapelle dite de Guido Reni du palais royal. |
| 25 septembre 1939 | Abbaye de Montevergine | Un refuge tenu secret — le Saint Suaire est transféré au sanctuaire bénédictin de Montevergine et confié à l’abbé Giuseppe Ramiro Marcone. |
| 1939–1946 | Montevergine | Sept années à l’abri — le reliquaire demeure caché dans le monastère pendant la guerre, tandis que les recherches reposent principalement sur la documentation déjà disponible, notamment les photographies d’Enrie. |
| 28 octobre 1946 | Montevergine | Dernière présentation avant le départ — le Saint Suaire est exceptionnellement présenté aux religieux qui l’ont conservé pendant la guerre. |
| 28–29 octobre 1946 | Retour à Turin | Fin de l’exil — après sept années passées à Montevergine, le Saint Suaire retrouve Turin. |
Le congrès international de Rome et Turin – 1950
Après la guerre, les recherches reprennent progressivement. Le congrès international organisé en 1950 à Rome et Turin constitue une étape importante : les travaux sindonologiques prennent une dimension de plus en plus internationale et différentes disciplines confrontent leurs résultats.
| Question | Approche | Présentation |
|---|---|---|
| Anatomie de la crucifixion | Médecins · anatomistes | Reconstituer les blessures et la position corporelle à partir des empreintes photographiques. |
| Écoulements sanguins | Médecine légale | Interpréter les traces visibles et tenter de reconstituer les circonstances dans lesquelles elles auraient été produites. |
| Formation de l’image | Expérimentations | Comparer différentes hypothèses susceptibles d’expliquer les caractéristiques de l’empreinte. |
| Histoire du Suaire | Historiens · chercheurs | Reconstituer le parcours documentaire et discuter les sources relatives à l’objet. |
| Nouvelles interprétations | Hans Naber et autres chercheurs | Faire apparaître de nouvelles controverses — certaines interprétations des photographies vont progressivement remettre en question des conclusions jusque-là largement admises. |
Le développement des recherches médico-légales
La médecine et l’anatomie occupent une place croissante dans les recherches. Les photographies sont utilisées comme un document susceptible de conserver la trace d’un véritable corps humain et de ses blessures.
| Chercheur | Domaine | Principales recherches |
|---|---|---|
| Pierre Barbet | Chirurgie · anatomie | Crucifixion et anatomie — recherches expérimentales sur la fixation des mains, les plaies et les mécanismes anatomiques associés à la crucifixion. Théorisation des causes du décès de Jésus. |
| Dr. William Burns Primrose | Chirurgie . | Examen de la crucifixion et de la résurrection de Jésus à travers une perspective médicale. Théorie de l’effondrement circulatoire. |
| Giuseppe Caselli | Médecine | Lecture médicale des empreintes — étude anatomique des blessures et des traces visibles sur les photographies. |
| Ruggero Romanese | Médecine · expérimentation | Formation des empreintes — expériences destinées à comparer différents mécanismes susceptibles de produire une image corporelle. |
| Giovanni Judica Cordiglia | Médecine · photographie | Analyse médicale et photographique — développement d’une approche associant observations anatomiques et exploitation de la documentation photographique. |
Le développement des recherches sur les Empreintes.
| Ruggero Romanese | Médecine · expérimentation | Formation des empreintes — expériences destinées à comparer différents mécanismes susceptibles de produire une image corporelle. |
| Giovanni Judica Cordiglia | Médecine · photographie | Analyse médicale et photographique — développement d’une approche associant observations anatomiques et exploitation de la documentation photographique. |
1950–1969 — Le cas Hans Naber
La période est également marquée par une controverse singulière autour de Hans Naber, qui publie également sous les noms de Kurt Berna et John Reban. À partir de son interprétation des images et notamment des traces attribuées au sang, il développe progressivement l’hypothèse selon laquelle l’homme enveloppé dans le Saint Suaire n’aurait pas été mort au moment de sa mise dans le linge.
Cette interprétation provoque une importante controverse. Le cas Naber est particulièrement intéressant pour l’histoire des recherches : il pose directement la question des limites de ce que l’on peut conclure à partir d’une photographie, lorsque l’objet original demeure inaccessible à l’examen direct.
| Date | Document / étape | Présentation |
|---|---|---|
| 1950 | Hans Naber · congrès international | Entrer dans le débat sindonologique — Naber soumet une contribution dans le contexte du congrès international de Rome et Turin. |
| 1957 | Das Linnen | Construire une interprétation alternative — Naber développe son analyse du Saint Suaire dans un ouvrage abondamment illustré. |
| 1959 | Demande d’examens matériels | Passer de la photographie au tissu — Naber cherche à obtenir des matériaux du Saint Suaire afin de réaliser des examens physiques, chimiques et microscopiques. |
| années 1960 | Hans Naber · Kurt Berna · John Reban | Développer la thèse de la survie à la crucifixion — la même interprétation est diffusée sous plusieurs noms et dans plusieurs publications. |
| 1967 | John Reban — Christ Did Not Perish on the Cross | Internationaliser la controverse — diffusion anglophone de la thèse selon laquelle Jésus n’aurait pas péri sur la croix. |
| 1969 | David Willis — Did He Die on the Cross? | Répondre à Naber — Willis publie une réfutation détaillée de l’interprétation développée sous le nom de John Reban. |
1959 — Institutionnaliser les recherches
Le 23 décembre 1959, la création du Centre International de Sindonologie à Turin marque une nouvelle étape dans l’organisation des recherches. Le Centre poursuit et structure les activités développées auparavant autour des Cultores Sanctae Sindonis.
Sous la direction de Giovanni Judica Cordiglia, le Centre rassemble documentation, chercheurs et publications. La revue Sindon devient progressivement un lieu important de diffusion des travaux consacrés au Saint Suaire.
1960–1968 — Les limites de l’étude photographique
Au cours des années 1960, l’accumulation des recherches fait apparaître une difficulté de plus en plus évidente : les photographies permettent d’observer et de mesurer, mais elles ne permettent pas d’analyser directement le matériau du Saint Suaire.
La couleur réelle des différentes traces, la nature chimique de l’image, la composition des zones attribuées au sang, les fibres du lin, les poussières et les autres matériaux présents sur le tissu nécessitent des observations ou des analyses qui dépassent les possibilités offertes par les clichés d’Enrie.
| Question | Photographie | Examen direct nécessaire |
|---|---|---|
| Morphologie de l’image | Oui | Complémentaire |
| Mesures anatomiques | Oui | Vérification souhaitable |
| Couleur réelle des traces | Limitée | Oui |
| Nature chimique de l’image | Non | Oui |
| Nature des zones sanguines | Non | Oui |
| Fibres et particules | Non | Oui |
1969 — Le retour au Saint Suaire
En 1969, sous l’autorité du cardinal Michele Pellegrino, une commission d’experts peut de nouveau examiner directement le Saint Suaire. Cette étape marque une rupture importante avec les décennies précédentes.
De nouvelles observations et photographies sont réalisées, notamment en noir et blanc et en couleur. Giovanni Battista Judica Cordiglia, alors directeur du Centre International de Sindonologie, participe aux travaux de la commission.
Pour la première fois depuis plusieurs décennies, les chercheurs disposent ainsi de nouvelles observations directement réalisées sur le tissu. L’expérience de 1969 ouvre la voie aux examens plus importants organisés en 1973 puis à la publication du rapport de la Commission Pellegrino en 1976.