Relevés critiques sur la nouvelle photographie du Suaire
publié dans L’Ostensione della Santa Sindone Torino – 1931
pp 46-48
Transcription :
RELEVES CRITIQUES DU DR PAUL VIGNON
SUR LA NOUVELLE PHOTOGRAPHIE DE LA S. SINDONE
Mr. Paul Vignon, Docteur ès sciences, lauréat de l’Institut de France Académie des Sciences, et actuellement Professeur à l’Université Catholique de Paris, aussi noté pour d’importants ouvrages d’étymologie et biologie, est aussi l’auteur d’une publication scientifique : Le Linceul du Christ (v. Bibliographie, t. 49, pag. 92), dans laquelle, s’étendant sur l’Ostension de 1898 et des premières révélations de la nouvelle photographie du Chanoine Pia, expose les recherches de compétence commencées par des savants de divers pays au sujet du Saint Suaire, selon la situation présentée par le Prof. Yves Delage, membre de l’Institut de France, dans une célèbre réunion à Paris, en avril 1902.
Il nous a donné dans ce bref écrit critique l’attention sur certains faits nouveaux que révèle l’image de 1931. Enrichi d’observations minutieuses, fait en collaboration avec des scientifiques italiens et français, ce compte rendu conserve toute la lucidité et la conclusion rigoureuse d’un examen scientifique.
RELEVES CRITIQUES DU DR PAUL VIGNON
SUR LA NOUVELLE PHOTOGRAPHIE DE LA S. SINDONE
Le fait nouveau tout à fait capital, après la nouvelle photographie du St Suaire, c’est la constatation que l’on peut faire, à l’occiput, d’une action post-mortem.
Déjà, sur les épreuves dues en 1898 au Chev. Pia, j’avais vu que les taches faites à l’occiput par la couronne d’épines, étaient mouchetées de points pâles, je n’expliquais pas pourquoi. Sur la grande photographie de 1931, on constate que ces mouchetures pâles sont dues à une dissolution partielle du sang — ce sang vraisemblablement plus ou moins caillé avant la mort, et sorti d’une trentaine d’épines, entre-temps à température chaude.
Une fois déversé, sur cette calotte sanguine par côté, des gouttelettes ont coulé sur la nuque, jusqu’au coussin, se répartissant sur les cheveux, en s’étendant un peu vers le cou. Le sang s’accumulait davantage vers l’axe, en traversant les cheveux pour en laisser filtrer.
Le Suaire a donc bien enfermé un cadavre.
Voir les coups du flagrum, sur la même grande photographie du dos. Ils sont en forme d’haltère, et très diversifiés. Entre les extrémités terminaux la tige se devine mieux, ou, toujours de la sérosité tache l’étoffe. Une fois je crois avoir vu la pièce de métal n’a fait que rayer la peau en l’écorchant. Ailleurs ce sont des contusions avec arrachement de la peau sans sang. Ou bien ce sont seulement des contusions, non des vraies plaies.
Les lanières, ou les pièces de métal devaient coiffer, pincer, n’arrachant jamais ici parce que la pièce en haltère, plus lourde, précéda la lanière qui, tout de suite, se relevait.
Sur l’image-face, les pieds ne sont pas dessinés.
Il est difficile de dire avec précision jusqu’à quel point l’étoffe inférieure, en enveloppant le bas des pieds, empêchait la supériorité de les toucher, mais il y aura eu quelque chose comme cela. Bien signaler la dissymétrie des images dans la région des jambes — le sang, qui de la plaie faite par le clou sous le pied droit du Christ, aura coulé jusqu’au talon, puis sur l’étoffe — les taches de sang sous le pied gauche, qui ne visent à dessiner aucun stigmate et qui même semblent dépasser le pied extérieurement.
Insister, d’après l’agrandissement direct, sur la minutie de la plaie du poignet.
Déjà, sur l’image-face du Suaire entier, on discerne (vers le milieu et un peu sur la droite de la tache) la blessure même, à peu près ronde : avec un peu d’attention on la voit aussi sur l’agrandissement. Le sang aura dû couler vers la main. Le Christ dressé sur la croix, le sang aura coulé le long du bras en laissant une trace étroite et nette de son passage, à partir de la plaie. Une tache étroite, longitudinale contribue à former la ligne oblique diagonale à la paume, traversant le monticule du pouce. Une tache plus épaisse et plus étendue de l’extrémité, est faite par le sang qui s’est échappé, en dernier, de la plaie.
(Pour contestation d’ordre iconographique, sur la ligne verticale, le Christ une fois dressé avec la croix, placer quelque chose comme un crayon sur le dos de son propre poignet, et dessiner le contour du bras, on ne réussira pas à ouvrir le bras en le relevant un peu comme pour lui faire rejoindre la branche horizontale de la croix). De la séréosité a taché encore l’étoffe.
Voir, sur l’agrandissement, les contours estompés de ce que l’on discerne du dos de la main supérieure, des doigts de la main inférieure, sans oublier la ligne pâle qui sépare les deux mains.
Sur l’image-face du St Suaire, deviner la cage thoracique : le sternum a marqué.
Sur le front, les taches de sang sont d’autant plus « naturelles » que les photographies les montrent en vraie grandeur. Ne pas oublier, en haut et à gauche, la petite tache faite, au centre, de sang, et, sur le pourtour, d’une sérosité sertie.
Aucune des photographies connues de moi jusqu’ici ne montre bien le coup de lance.
Je l’ai examiné sur l’étoffe. La lèvre supérieure de la plaie est très nette. La lèvre inférieure est en partie masquée par l’écoulement sanguin : très détaillé et nuancé.
Il y a un problème de la bouche : si « dessinée » (trop nettement délimitée, marquée en teinte trop plate, pour la lèvre supérieure ?).
Mais examinons les choses sur l’image du St Suaire, pour juger de ce qu’il aurait fallu que peignît un faussaire.
Nous croyons alors voir une lèvre supérieure foncée, une lèvre inférieure pâle, une ombre étroite, sous la lèvre inférieure : c’est cela que le faussaire aurait peint.
Or, l’examen du négatif du Suaire montre que nous nous trompons radicalement : ce que nous croyons représenter la lèvre supérieure est la moustache ; ce que nous prenons pour la lèvre inférieure est la supérieure ; ce que nous prenons pour ce qui suit la lèvre inférieure est cette lèvre même.
Bref, le faussaire aurait peint (trop près du nez) une fausse bouche ; mais capable de devenir la vraie bouche, une fois les valeurs renversées par la négativation photographique : chose impossible.
La bouche trop délimitée ne trahit donc pourtant pas l’intervention d’un peintre.
Mettons toujours, en parallèle avec les images du St Suaire, les copies, ridicules et souvent volontairement faussées, qu’on en a faites.
Ne pouvant ou ne voulant pas même copier le Suaire, comment l’aurait-on réalisé picturalement ?
PAUL VIGNON.