
William « Bill » Mottern (1924-2015)
Le radiographe du STURP
Parmi les visages souvent oubliés de l’enquête scientifique de 1978 sur le Suaire de Turin, celui de William « Bill » Mottern (1924-2015) occupe une place à part.
Spécialiste de la radiographie industrielle et des méthodes de contrôle non destructif, il fut l’un des artisans principaux des examens radiographiques du Suaire au sein du Shroud of Turin Research Project (STURP) 1.
Un spécialiste du contrôle non destructif
Formé comme chimiste, Mottern travaille d’abord à Oak Ridge pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre du projet Manhattan, avant de poursuivre une longue carrière aux Sandia National Laboratories, où il se spécialise dans la radiographie (y compris la neutron-radiographie) appliquée aux matériaux et aux systèmes militaires sensibles 2.
Cette expertise en imagerie pénétrante – savoir « voir à l’intérieur » d’objets complexes sans les endommager – va faire de lui un candidat idéal lorsque se pose la question d’examiner un tissu aussi fragile et unique que le Suaire de Turin.
Aux origines du STURP
En 1976, Mottern travaille avec le physicien John P. Jackson et le thermodynamicien Eric J. Jumper sur l’analyse des photographies du Suaire à l’aide de technologies issues de l’exploration spatiale, en particulier le fameux analyseur d’images VP-8 1. Ces travaux préliminaires, réalisés aux États-Unis, permettent de produire des rendus tridimensionnels du visage et du corps de l’homme du Suaire et jouent un rôle important dans la constitution du STURP l’année suivante 3.
Au sein de l’équipe, Mottern est officiellement affilié à Sandia Laboratories et responsable de l’imagerie et de la radiographie X, en lien étroit avec Ronald London et Roger Morris 4.
Radiographier le Suaire : objectifs et méthode
Lors de la campagne de tests d’octobre 1978, le STURP dispose de 120 heures d’accès continu au Suaire. Parmi les grandes familles d’examens non destructifs prévus figure la radiographie X : il s’agit d’évaluer l’épaisseur du lin, la structure du tissage, la présence éventuelle de coutures, reprises ou éléments étrangers (clous, particules denses, etc.), ainsi que de rechercher d’éventuelles différences internes entre les zones d’image, de sang et les parties « neutres » du tissu 3.
Mottern coordonne un dispositif de radiographie à basse énergie, avec une source X placée à environ un mètre du linge et des films industriels disposés derrière le tissu, sur des panneaux amovibles de la grande table d’examen. L’objectif est d’obtenir une cartographie radiographique de larges bandes du Suaire, tout en minimisant la dose reçue par le tissu 5.
Un rapport préliminaire, signé par Mottern, London et Morris, est publié en 1980 dans la revue Materials Evaluation : il décrit en détail les paramètres de prise de vue, les films utilisés, les délimitations des bandes radiographiées et présente plusieurs clichés annotés 6.
Résultats : un tissu sans « squelette caché »
Les résultats de la radiographie ne révèlent aucune structure « cachée » spectaculaire :
– pas de trace de renforts métalliques,
– pas de « sous-image » ni de dessin sous-jacent,
– aucune anomalie manifeste dans la densité du tissage entre zones imagées et non imagées 7.
En d’autres termes, la radiographie confirme que le Suaire est bien un tissu de lin relativement homogène, avec ses zones brûlées, raccommodées et doublées connues par ailleurs, mais ne fournit aucun indice direct sur le mécanisme de formation de l’image. Cette conclusion négative est importante : elle élimine certaines hypothèses grossières (armature, peinture métallique, etc.), tout en laissant intact le mystère principal.
Mottern, co-auteur de la synthèse de 1980
La même année, Eric Jumper et William Mottern publient dans Applied Optics un article de synthèse intitulé « Scientific Investigation of the Shroud of Turin ». Ce texte présente l’ensemble du programme STURP et introduit plusieurs articles techniques détaillant les résultats en spectroscopie optique et infrarouge 1.
Le rôle de Mottern y est double :
- Il signe, en tant que co-auteur, la mise en perspective globale des tests, ce qui montre qu’il n’était pas seulement un exécutant technique mais participait pleinement à la réflexion d’ensemble du groupe.
- Son propre domaine – la radiographie – y est décrit comme l’un des piliers de l’approche « non destructive » du STURP, aux côtés de la spectroscopie, de la photographie et des analyses chimiques 8.
Bibliographie
- Jumper, E. J. (1979). Nondestructive testing of the Shroud of Turin: Project STURP [rapport interne]. Shroud of Turin Research Project.
- Jumper, E. J., & Mottern, R. W. (1980). Scientific investigation of the Shroud of Turin. Applied Optics, 19(12), 1909-1912. https://doi.org/10.1364/AO.19.001909
- McCammon Ammons Click Funeral Home. (2015). Robert William “Bill” Mottern obituary. McCammon Ammons Click Funeral Home. https://www.mccammonammonsclick.com/obituaries
- Mottern, R. W., London, R. J., & Morris, R. A. (1980). Radiographic examination of the Shroud of Turin: A preliminary report. Materials Evaluation, 38(12), 28-35. (Texte consultable via Shroud.com / Shroud University : https://www.shroud.com et https://www.shrouduniversity.com)
- STURP Test Plan Committee. (1978). The Shroud of Turin Research Project 1978 scientific examination (Test Plan). Shroud of Turin Research Project.