
Le dit « Saint-Suaire de Cadouin » est conservé aujourd’hui à Cadouin même, dans la commune du Buisson-de-Cadouin (Dordogne), au sein du site de l’ancienne abbaye cistercienne.

Vénéré pendant des siècles comme un linge sépulcral de la tête du Christ, le « Saint Suaire » de Cadouin possède une histoire complexe mêlant dévotion, constructions mémorielles et enjeux pèlerins.
Etudiée d’abord par le Vicomte de Gourgues en 1868, puis par Noguier de Malijay dès 1928, ce grand tissu pourrait néanmoins être une copie textile médiévale du Saint Suaire dont le parcours historique interroge et demeure à étudier. L’objectif de cette étude est donc de distinguer clairement les faits matériels, les documents contemporains, les traditions postérieures et les hypothèses de transmission, afin de déterminer ce que l’on peut réellement affirmer — et ce qui reste encore à rechercher. Nous empruntons aux travaux de chercheurs tels que Joseph Francez (1935), Gaston Wiet (1936), Jean Maubourguet (1936), Patrice Bourgeix (1997), Georgette Cornu (1999), Maximilien Durand (2002) et Pierre Dor (2009-2010), tout en réexaminant leurs conclusions à la lumière des sources anciennes et de la documentation matérielle disponible.
Les défis du Suaire de Cadouin :
Le Saint Suaire de Cadouin occupe une place singulière dans l’histoire des reliques chrétiennes et plusieurs défis existent notamment l’origine et la date de son arrivée en France.
Le Suaire est conservé dans l’abbatiale de Cadouin, fondée en 1119, lorsque l’abbé de Pontigny y envoya douze moines. Devenue la onzième abbaye rattachée à l’ordre cistercien, elle suivait une observance rigoureuse de la règle de saint Benoît. Les travaux, commencés dès la fondation, s’achevèrent en 1154 avec la consécration de l’abbatiale. Or, durant toute cette période fondatrice, aucun des documents connus — chartes, confirmations de biens ou actes officiels — ne mentionne l’existence d’un suaire à Cadouin.
Mais, selon les religieux de Cadouin en 1644, qui affirment s’appuyer sur les documents conservés dans leurs archives, le Saint Suaire aurait été « transporté de l’Orient au monastère de Cadouin […] environ l’an 1117 ». 1
Cette date de 1117 s’appuie sur des documents qui n’ont pas été identifiées ou non conservés mais pourrait correspondre à une date antérieure à la fondation de l’abbaye en 1119.
La première documentation certaine date de 1214 : le Suaire est alors déjà conservé avec honneur et fait l’objet d’ostensions. Son arrivée est donc antérieure, sans qu’on puisse actuellement la dater précisément.
Pendant des siècles, le textile fut vénéré comme un linge funéraire du Christ. En 1934, l’identification de ses inscriptions arabes bouleverse cette tradition. Mgr Georges-Auguste Louis, évêque de Périgueux, suspend l’ostension prévue en septembre, conduisant à l’abandon du pèlerinage.
Les recherches identifient en effet un textile fatimide d’Égypte, portant des inscriptions liées au calife al-Mustaʿlī (1094–1101) et à son vizir al-Afḍal. Le tissu conservé ne peut donc être le linceul matériel de Jésus au Ier siècle.
Mais une autre question apparaît : comment un grand textile de prestige portant des inscriptions caractéristiques de l’Égypte fatimide — probablement un ṭirāz lié au pouvoir — est-il devenu, avant 1214, un « Suaire du Christ » dans une abbaye du Périgord ?
La chronologie est troublante. En 1098, le gouvernement d’al-Afḍal entretient des relations diplomatiques directes avec les Francs devant Antioche, alors aux mains des Seldjoukides sunnites, dans un contexte où sont également rapportés des échanges de présents. La place importante de Jésus (ʿĪsā) dans l’islam permet d’envisager la circulation d’un objet qui aurait pu lui être associé, sans toutefois démontrer que le textile de Cadouin ait jamais été considéré comme une relique par des musulmans.
Or la tradition médiévale conduit précisément à Antioche. Écrivant entre 1232 et 1241, Albéric de Trois-Fontaines rapporte déjà une tradition reliant le Suaire de Cadouin à Antioche, à Adhémar de Monteil, évêque du Puy et légat pontifical, et à la première croisade.
La convergence des sources existe, sans constituer une preuve historique définitive.
Description du Suaire de Cadouin en 1644
Dans l’ouvrage collectif publié par les religieux de l’abbaye de Cadouin sous le titre Histoire du St Suaire et du Sacré Bandeau de Jésus-Christ notre Rédempteur, transportez de l’Orient dans l’Abbaye de Cadouin de l’Ordre de Cîteaux au diocèse de Sarlat en Périgord, paru à Paris chez Jean Bessin en 1644, on trouve une description matérielle particulièrement intéressante du Suaire de Cadouin.
Au chapitre IV, p. 42 de la pagination ancienne, les auteurs écrivent :
« ce sacré linge étant tel qu’il a quatre grands pieds de largeur & huit de longueur, qui peuvent égaler une hauteur & demie d’un homme de riche taille, qu’il a couvert & envelopé nôtre Créateur & Sauveur, qu’il a été sanctifié par l’attouchement immédiat de son corps sacré, qu’il paroît taché & empourpré en plusieurs endroits de ses onguents, de sa sueur & de son sang […] »
Cette description confirme la stabilité de l’objet étudié dans la documentation à partir de 1644.
En effet, le Suaire de Cadouin est un grand rectangle de lin bordé de bandes décoratives et épigraphiques. Les dimensions publiées varient selon les relevés et les états du textile : les mesures récentes atteignent environ 2,90–2,95 m × 1,33–1,35 m. 2
des inscriptions arabes coufiques sur une relique chrétienne.
Dans l’Histoire du St Suaire et du Sacré Bandeau de Jésus-Christ publiée en 1644 par les religieux réformés de l’abbaye de Cadouin, les auteurs décrivent non seulement les taches du linge, mais aussi des motifs visibles à ses extrémités.
Au chapitre III, p. 27 de la pagination ancienne (p. 48 du PDF), les auteurs qui observent la relique écrivent :
« son étoffe de lin avec les marques de sueur de sang & d’onguent, & d’ailleurs sa notable vieillesse avec les bordures ou ornemens faits à la Judaïque, qui se voient aux extremitez de sa longueur.
Cette formule est particulièrement importante, car elle montre qu’au milieu du XVIIᵉ siècle les moines avaient déjà remarqué sur le tissu un système graphique d’apparence orientale.
En 1934, le jésuite Joseph Francez, qui étudiait les linges funéraires attribués au Christ, remarqua sur des photographies du Suaire de Cadouin que ses bandes ornementales présentaient des caractères susceptibles d’être coufiques, c’est-à-dire une forme ancienne de l’écriture arabe. Il soumit alors ces inscriptions à l’orientaliste Gaston Wiet, directeur du Musée arabe du Caire, qui en assura le déchiffrement. 3
L’inscription comprend une profession de foi musulmane et des formules caractéristiques du chiisme fatimide : « Il n’y a de Dieu qu’Allah […] Muhammad est l’Envoyé de Dieu. ʿAlī est l’Ami de Dieu », accompagnées de bénédictions adressées à la famille du Prophète et aux « imams purs ». Elle livre surtout des éléments permettant de rattacher directement le textile au règne du calife fatimide al-Mustaʿlī billāh (1094-1101) et au gouvernement de son puissant vizir al-Afḍal Shāhānshāh.
Le déchiffrement apportait ainsi un élément de datation incompatible avec l’identification traditionnelle du linge au Suaire funéraire du Christ du Ier siècle.
Le Suaire de Cadouin, d’une certaine façon, cessait d’être présenté au culte comme l’authentique linceul du Christ et devenait avant tout un remarquable témoin de l’art textile fatimide de la fin du XIᵉ siècle. 4
Comment expliquer des écritures en arabe sur une relique chrétienne ?
Comment un prestigieux textile fatimide fabriqué au moment de la première croisade est-il devenu, avant 1214, un Suaire du Christ dans une abbaye du Périgord ?
L’examen conjoint de l’objet, des textes médiévaux et du contexte diplomatique de 1097–1099 permet aujourd’hui de poser cette question beaucoup plus précisément.
Un simple tissu musulman ? Non : un ṭirāz, etoffe officielle.
Les travaux de Georgette Cornu permettent d’aller plus loin : Cadouin appartient à la catégorie des ṭirāz fatimides. 5
Le terme ṭirāz peut désigner l’atelier produisant des étoffes destinées au pouvoir, la bande épigraphique elle-même ou, par extension, ces textiles prestigieux portant titulatures et formules officielles. Cette distinction devient essentielle lorsqu’on cherche comment un tel objet aurait pu quitter l’Égypte.
Il faut donc éviter de présenter Cadouin comme un simple « linge musulman ». S’agit-il d’une copie du Saint Suaire qui aurait été ensuite brodé en devenant la propriété de conservateurs musulmans qui révèrent Jésus de Nazareth comme un prophète de l’Islam, rappelons-le ?
Cadouin et le voile de Sainte-Anne d’Apt
Un parallèle remarquable existe en France : le voile de Sainte-Anne d’Apt.
Comme Cadouin, il s’agit d’un textile fatimide portant les noms d’al-Mustaʿlī et d’al-Afḍal. Les travaux consacrés aux deux étoffes les rapprochent d’une production égyptienne du delta du Nil et du monde des textiles de prestige fatimides. ( Delluc & Delluc, 2001 ) 6

Cela signifie que deux textiles appartenant au même environnement politique fatimide se sont retrouvés dans des trésors religieux du sud de la France.
Ce rapprochement n’explique pas leur voyage. Il montre cependant que Cadouin ne constitue pas un phénomène entièrement isolé.
1097–1098 : Fatimides et Francs ont momentanément un ennemi commun
À partir des années 1070, l’équilibre politique du Proche-Orient est profondément bouleversé par l’expansion des Seldjoukides sunnites. Après leur victoire sur l’Empire byzantin à Manzikert en 1071, les puissances turques s’implantent progressivement en Syrie et en Palestine, aux dépens notamment des possessions des Fatimides d’Égypte. 7
Cette progression turque et l’affaiblissement de l’Empire byzantin constituent l’arrière-plan oriental de l’appel lancé par le pape Urbain II au concile de Clermont, en novembre 1095, qui conduit à la première croisade. 8
Il faut cependant se garder de représenter cette croisade comme l’affrontement immédiat de deux blocs homogènes, « chrétiens » et « musulmans ». Le Proche-Orient est alors profondément fragmenté : les Fatimides chiites d’Égypte sont eux-mêmes en concurrence avec les puissances seldjoukides sunnites implantées en Syrie et en Palestine. Profitant de leurs divisions, les Fatimides reprennent Jérusalem en 1098, peu avant que les croisés ne s’en emparent, le 15 juillet 1099. 9
Cette situation explique que Francs et Fatimides aient pu négocier, leur adversaire commun étant alors constitué par les puissances turques de Syrie. Des contacts diplomatiques sont attestés dès 1097–1098 : une ambassade fatimide rencontre les chefs croisés et des négociations envisagent un partage des territoires pris aux Seldjoukides. La question de Jérusalem, finalement revendiquée par les deux parties, rend cependant cette convergence impossible. 10
L’arrivée des Francs peut donc momentanément servir les intérêts d’al-Afḍal en affaiblissant ses ennemis turcs.
Les négociations entre Francs et Fatimides en 1098.
Les négociations entre les Francs et les Fatimides
Les divisions du Proche-Orient expliquent que des négociations diplomatiques aient pu s’établir entre les croisés et les Fatimides d’Égypte. Ces derniers voyaient alors dans les puissances seldjoukides de Syrie des adversaires directs et pouvaient considérer, au moins momentanément, l’arrivée des Francs comme susceptible de modifier en leur faveur l’équilibre régional.
Ces contacts ne sont pas une reconstruction tardive. Pendant le siège d’Antioche, une ambassade envoyée par le gouvernement fatimide rejoint les croisés. Les Gesta Francorum, récit composé peu après la première croisade, rapportent qu’après la victoire franque du 9 février 1098, une centaine de têtes de combattants turcs furent apportées devant la porte de la ville, à l’endroit où campaient les « legati ammirati Babyloniae », c’est-à-dire les ambassadeurs de l’émir d’Égypte — « Babylone » désignant ici Le Caire. La présence de représentants fatimides auprès des chefs francs pendant le siège d’Antioche constitue donc un fait directement attesté par une source presque contemporaine des événements. 11
Les échanges se poursuivirent. Une délégation franque accompagna les représentants égyptiens jusqu’au Caire, afin de poursuivre les discussions auprès du vizir al-Afḍal Shāhānshāh, véritable maître du gouvernement fatimide sous le calife al-Mustaʿlī. Les sources arabes exploitées par Hadia Dajani-Shakeel rapportent qu’une ambassade franque, conduite par un Génois nommé Jean, fut reçue avec honneur par al-Afḍal. Le vizir aurait offert aux ambassadeurs de précieux présents et donné des instructions aux gouverneurs des villes du littoral afin de faciliter leur passage. 12
Nous disposons ainsi d’un contexte historique documenté de relations diplomatiques entre la cour fatimide et les Francs, dans lequel la circulation de présents précieux est rapportée par la tradition arabe. Il devient dès lors historiquement possible qu’un textile provenant des ateliers ou du milieu de la cour fatimide ait pu circuler par cette voie.
Cette possibilité doit toutefois être clairement distinguée de la preuve. Aucun document actuellement identifié ne permet d’affirmer que l’un des présents remis aux ambassadeurs francs était le textile aujourd’hui conservé à Cadouin. Le passage éventuel du Suaire de Cadouin par ce circuit diplomatique constitue donc une hypothèse de transmission, appuyée sur un mécanisme historique attesté — ambassades, réception à la cour d’al-Afḍal et remise de présents — mais non sur un document identifiant formellement le tissu.
L’hypothèse Delluc : le Suaire de Cadouin aurait-il été un cadeau diplomatique ?
Brigitte et Gilles Delluc ont proposé une explication particulièrement intéressante de l’arrivée en Occident des textiles fatimides de Cadouin et d’Apt : plutôt que d’avoir été pris comme butin, ils auraient pu parvenir aux croisés sous la forme de présents diplomatiques offerts par le gouvernement fatimide.

Les auteurs considèrent en particulier l’ambassade égyptienne envoyée auprès des Francs devant Antioche comme un épisode susceptible d’expliquer la transmission de ces deux étoffes. Ils évoquent ainsi de probables « prestigieux dons » et, pour Cadouin, l’hypothèse d’un « cadeau offert au début de 1098 par la délégation égyptienne aux croisés lors du siège d’Antioche ». 13
Chronologie proposée par le couple Delluc :
La chronologie donne à cette hypothèse une certaine cohérence :
1094–1101 — Fabrication du textile dans le monde fatimide.
Le Suaire de Cadouin porte dans ses inscriptions les noms et titulatures du calife al-Mustaʿlī billāh, qui règne de 1094 à 1101, et de son puissant vizir al-Afḍal Shāhānshāh. Sa réalisation ou, à tout le moins, son décor épigraphique appartient donc précisément à cette période. 14
1096–1097 — Un textile très proche est produit à la même époque.
Le voile de sainte Anne d’Apt, rapproché de Cadouin par les Delluc, porte lui aussi les noms d’al-Mustaʿlī et d’al-Afḍal. Son inscription fournit même une date correspondant à 1096 ou 1097, c’est-à-dire exactement au début de la première croisade. 15
1096–1099 — La première croisade.
Les armées franques traversent l’Anatolie puis atteignent la Syrie. À partir d’octobre 1097, elles assiègent Antioche, alors contrôlée par une puissance turque. Cette situation intéresse directement les Fatimides d’Égypte, eux-mêmes adversaires des puissances turques établies en Syrie.
Début 1098 — Des ambassadeurs fatimides rencontrent les croisés devant Antioche.
Une délégation du gouvernement égyptien est effectivement présente auprès des Francs pendant le siège. Les Gesta Francorum, source presque contemporaine des événements, mentionnent les legati ammirati Babyloniae, les ambassadeurs du souverain d’Égypte. 16
1098 — Les relations diplomatiques se poursuivent en Égypte.
Des représentants francs sont ensuite reçus dans le cadre de négociations avec al-Afḍal. Les traditions arabes étudiées par les historiens rapportent une réception honorable des envoyés et la remise de présents précieux. L’échange de cadeaux correspond par ailleurs aux usages diplomatiques de la cour fatimide. 17
Juin 1098 — Antioche tombe aux mains des croisés.
L’intérêt commun qui avait momentanément rapproché Francs et Fatimides — l’affaiblissement des puissances turques de Syrie — ne suffit cependant pas à établir une alliance durable.
Été 1098 — Les Fatimides reprennent Jérusalem.
Al-Afḍal profite à son tour de l’affaiblissement turc pour reprendre Jérusalem. Lorsque les croisés arrivent devant la ville l’année suivante, ils ne combattent donc plus les Seldjoukides, mais les Fatimides.
15 juillet 1099 — Les croisés s’emparent de Jérusalem.
La convergence momentanée entre Francs et Fatimides a désormais disparu. Dans l’hypothèse des Delluc, la transmission du textile de Cadouin se placerait donc avant cette rupture, lors des relations diplomatiques franco-fatimides de 1098.
Les Delluc résument eux-mêmes prudemment cette proposition dans leur tableau comparatif en indiquant pour la provenance du Suaire de Cadouin : « Première croisade (Antioche, 1097/98 ?) ». 18
Une inscription islamique exclut-elle nécessairement une histoire chrétienne de l’objet ?
L’inscription fatimide démontre que le textile de Cadouin n’est pas le linge funéraire du Christ fabriqué au Ier siècle. Mais elle n’exclut pas qu’un textile islamique ait pu être associé à une relique chrétienne, la protéger ou la transporter.
Une telle association n’aurait rien d’impossible : Jésus — ʿĪsā — et Marie occupent une place importante dans l’islam, tandis que le monde musulman médiéval connaît lui-même reliques et objets sacrés. 19
Surtout, les autorités musulmanes connaissaient la valeur des reliques pour les chrétiens : en 944, l’image d’Édesse fut ainsi transférée à Constantinople à l’issue de négociations avec les autorités musulmanes. 20
Les Sources au sujet du Suaire de Cadouin :

la tradition médiévale qui conduit précisément à Antioche
La première documentation certaine du Suaire à Cadouin date de 1214.
Simon IV de Montfort accorde alors une rente destinée à entretenir un luminaire devant le Suaire. Le document indique que le linge est déjà conservé avec honneur et prévoit un cierge brûlant continuellement et deux lors des jours d’ostension. 21
Ainsi, 1214 n’est pas la date d’arrivée du Suaire. À cette date, son culte existe déjà.
Mais les documents connus du XIIe siècle ne le mentionnent pas. Même l’importante documentation de 1201 reste silencieuse. 22
On peut seulement établir que le textile est entré à Cadouin avant 1214, sans savoir depuis combien de temps.
Albéric de Trois-Fontaines : la première histoire de son arrivée
Entre 1232 et 1241, le chroniqueur cistercien Albéric de Trois-Fontaines rapporte une histoire beaucoup plus ancienne.
Sous l’année 1119, il écrit :
Sudarium Domini, de quo supra tetigimus in historia Antiochena, modo est in Abbatia de Caduinii Petragoricensis dioecesis.
« Le Suaire du Seigneur, dont nous avons parlé plus haut dans l’histoire d’Antioche, se trouve maintenant dans l’abbaye de Cadouin, au diocèse de Périgueux. »
Albéric raconte qu’Adhémar de Monteil, évêque du Puy et légat de la première croisade, aurait possédé à Antioche un petit récipient de plomb contenant le Suaire.
À sa mort, le 1er août 1098, il l’aurait confié à l’un de ses vice-chapelains pour le remettre à l’église du Puy. Les chanoines refusant de croire son récit, le chapelain, originaire du diocèse de Périgueux, serait retourné chez lui avec la relique. Après l’incendie miraculeusement sans conséquence du bâtiment où elle était cachée, il aurait finalement rejoint Cadouin et donné le Suaire à l’abbaye. 24
La tradition est donc beaucoup plus ancienne que les récits modernes de Cadouin.
Mais il faut correctement dater la source :
1098 = événement prétendu ;
1119 = année sous laquelle Albéric place son récit ;
1232–1241 = rédaction réelle de la chronique.
pourtant, Le récit d’Albéric présente une difficulté majeure.
Les sources proches de la première croisade racontent avec beaucoup de détails les événements d’Antioche, notamment la spectaculaire découverte de la Sainte Lance en juin 1098.
Or elles ne signalent pas la découverte simultanée d’un Suaire.
Cette absence est particulièrement remarquable chez Raymond d’Aguilers, membre de l’entourage provençal et témoin privilégié de l’affaire de la Sainte Lance. 25
Il faut donc distinguer deux propositions :
« Un Suaire fut découvert avec la Sainte Lance à Antioche » : tradition tardivement documentée et historiquement très fragile.
« Un textile oriental put passer entre les mains de croisés dans le contexte de 1098 » : possibilité historiquement ouverte.
L’une peut être fausse sans que l’autre le soit.
La légende pourrait-elle conserver un souvenir déformé ?
C’est probablement l’hypothèse la plus intéressante à tester. Supposons qu’un textile de prestige ait réellement été rapporté d’Orient par un participant ou un intermédiaire de la première croisade.
Un siècle plus tard, la mémoire de sa provenance aurait pu se réduire à :
Orient → première croisade → Antioche → Adhémar du Puy → Cadouin.
La découverte de la Sainte Lance, événement extraordinaire associé à Antioche et à l’armée provençale, aurait ensuite pu être intégrée au récit. Dans ce scénario, la légende serait fausse dans son détail mais pourrait conserver un noyau de mémoire concernant la provenance orientale du textile.Nous ne pouvons actuellement ni démontrer ni éliminer cette possibilité.
1214–1292 : la relique devient parfaitement visible dans les documents
À partir de 1214, nous quittons progressivement les hypothèses.
En 1219, Amaury de Montfort confirme la fondation de son père et ajoute une rente. 26
En 1239, le chapitre général de Cîteaux autorise exceptionnellement l’utilisation du vase d’or offert par Amaury de Montfort pour contenir le Suaire. Le récipient ne devra servir à aucun autre usage, être aliéné ou mis en gage. 27
Vers 1290, le sénéchal de Gascogne explique au roi d’Angleterre que Cadouin est très révéré en raison du grand nombre de pèlerins venus honorer le sudarium de Jésus-Christ, qui y serait conservé « de toute antiquité ». 28

Et le 21 avril 1292, l’évêque de Périgueux Raymond d’Auberoche affirme avoir personnellement touché la relique et observé sur elle ce qu’il interprète comme les traces de sueur et d’aromates laissées par le corps du Christ. 30
Cette dernière observation est particulièrement intéressante.
16. Un linge sans image sur lequel on « voyait » les traces du Christ
Le Suaire de Cadouin actuellement conservé ne présente aucune image corporelle et les observations modernes ne retrouvent pas les « stigmates de sueur » décrits en 1292. 31
Vers 1400, l’abbé de Moissac Aymeric de Peyrac rapporte même des doutes : certains estiment que le linge ne peut être le véritable Suaire parce qu’il porte des couleurs près des franges — manifestement ses décorations orientales. Lui non plus ne décrit aucune image corporelle. 32
Nous assistons donc à un phénomène particulièrement intéressant pour l’histoire des reliques :
l’objet matériel demeure, mais son interprétation change.
En 1292, des irrégularités ou marques sont perçues comme sueur et aromates du Christ.
Vers 1400, ses décorations colorées deviennent au contraire un motif de scepticisme.
Au XXe siècle, les inscriptions sont enfin reconnues comme fatimides.
Le même objet a donc été successivement lu à travers plusieurs systèmes d’interprétation.
Ce que l’Etude Moderne de 1931 a démontré — et ce qu’il n’a pas démontré
La découverte de Francez et Wiet a apporté une réponse décisive à une question :
Le textile de Cadouin peut-il être le linge funéraire matériel du Christ datant du Ier siècle ?
Les données épigraphiques et archéologiques conduisent à répondre non : l’objet conservé appartient au monde textile fatimide des environs de 1094–1101. 33
Mais cette découverte ne répond pas automatiquement à une autre question :
Pourquoi ce textile est-il devenu un Suaire du Christ en Occident ?
Et elle ne permet pas davantage d’exclure a priori :
qu’il ait été rapporté lors ou à la suite de la première croisade ;
qu’il ait été un présent diplomatique ;
qu’il ait enveloppé un objet chrétien ;
qu’il ait été associé à une relique antérieure ;
ou même qu’il ait été interprété comme la copie d’un autre linge sacré.
Aucune de ces possibilités n’est actuellement démontrée.
Mais elles doivent être distinguées de la question de l’âge du textile.
Trois scénarios historiques
Hypothèse 1 — Le présent diplomatique de 1098
Un ṭirāz produit sous al-Mustaʿlī et al-Afḍal aurait été offert à un ou plusieurs Francs dans le cadre des relations diplomatiques de 1097–1098.
Le textile aurait ensuite gagné l’Occident et Cadouin.
Pour : chronologie exceptionnelle ; nature prestigieuse du textile ; ambassades attestées ; présents précieux rapportés dans les traditions historiques.
Contre : aucun document n’identifie Cadouin parmi ces présents.
Niveau : hypothèse plausible, non démontrée.
Hypothèse 2 — Un objet chrétien ou une copie transmis dans un contexte fatimide
Le gouvernement fatimide, connaissant la valeur des reliques pour ses interlocuteurs chrétiens, aurait pu transmettre une relique, une copie ou un objet provenant d’un sanctuaire chrétien, éventuellement associé au textile de Cadouin.
Le contrôle fatimide de Jérusalem et les relations anciennes avec les communautés chrétiennes rendent le mécanisme historiquement concevable.
Pour : des transferts diplomatiques de reliques entre pouvoirs musulmans et chrétiens sont historiquement attestés ; Jésus appartient également à la tradition religieuse islamique ; le contexte de rapprochement politique de 1098 est favorable.
Contre : aucune source ne mentionne un Suaire détenu par al-Afḍal, une copie sindonique fatimide ou son transfert aux Francs.
Niveau : hypothèse exploratoire.
Hypothèse 3 — Une acquisition occidentale plus tardive
Le textile aurait circulé pendant le XIIe siècle par le commerce, le butin, un don ou les nombreux réseaux méditerranéens, avant d’arriver à Cadouin seulement vers 1201–1214.
Sa provenance orientale aurait ensuite favorisé son identification comme relique du Christ et la construction de la légende d’Adhémar.
Pour : simplicité ; circulation bien connue des textiles islamiques dans les trésors ecclésiastiques occidentaux ; silence documentaire de Cadouin avant 1214.
Contre : n’explique pas pourquoi la première tradition médiévale connue rattache précisément le linge à Antioche et à la première croisade.
Niveau : hypothèse actuellement la plus économique documentairement.
19. Ce que nous pouvons affirmer
| Élément | Évaluation |
|---|---|
| Textile médiéval lié à la dynastie fatimide ( Egypte ) | Certain |
| Décoration sous al-Mustaʿlī, 1094–1101 Rapport avec le monde de la cour fatimide | Certain – Mais est-ce que cela date le tissu ou bien les inscriptions ? |
| Nom et titulature d’al-Afḍal | Certain |
| ṭirāz / textile de prestige fatimide | Très solide |
| Ambassade fatimide auprès des Francs à Antioche en 1098 | Certain |
| Relations diplomatiques Fatimides–Francs | Certain ( sources européennes et orientlaes ) |
| Présents précieux dans ces relations | Attestés par une tradition arabe transmise par l’historiographie |
| Suaire de Cadouin offert aux Francs par al-Afḍal | Non démontré |
| Suaire de Cadouin rapporté à Cadouin en 1117 ou en 1119 | 1117 : Conforme aux sources étudiées en 1643 par Prieur et religieux réformés de l’abbaye de Cadouin et 119 : affirmation rétrospective d’Albéric qui écrit en 1232 1241 |
| Suaire présent et déjà vénéré à Cadouin en 1214 | Certain. |
| Copie d’une relique chrétienne antérieure et notamment copie du Saint Suaire de Turin. | Hypothèse |
Conclusion — Une énigme différente de celle que l’on croyait avoir résolue
L’expertise de 1934 a probablement répondu correctement à la question que l’on se posait alors : le linge de Cadouin n’est pas le linceul historique du Christ datant du Ier siècle.
Mais elle a peut-être conduit à refermer trop rapidement son dossier historique.
Le véritable problème est désormais différent.
Nous possédons un grand ṭirāz fatimide, décoré entre 1094 et 1101, portant les noms du calife al-Mustaʿlī et du vizir al-Afḍal. Au moment même de sa fabrication, le gouvernement d’al-Afḍal négocie avec les Francs de la première croisade et ses représentants se trouvent devant Antioche en 1098. Des échanges de présents sont attestés dans ce contexte.
Un siècle plus tard environ, le textile apparaît en Périgord comme Suaire du Christ. Et quelques décennies après sa première apparition documentaire certaine, Albéric de Trois-Fontaines rapporte déjà une tradition faisant précisément venir cette relique de l’Antioche de la première croisade.
Il manque pourtant le maillon essentiel :
aucun document actuellement identifié ne permet de suivre le textile entre l’Égypte fatimide et Cadouin.
C’est dans cet intervalle — entre 1094–1101 et 1214 — que se trouve désormais l’énigme du Suaire de Cadouin.
L’hypothèse d’un présent diplomatique fatimide est séduisante parce qu’elle rapproche l’épigraphie de l’objet, sa fonction possible, la géopolitique de 1098 et la tradition médiévale. Mais ces rapprochements ne doivent jamais être confondus avec une chaîne documentaire.
C’est précisément cette distinction entre faits matériels, documents contemporains, traditions postérieures et hypothèses de transmission qui permet aujourd’hui de rouvrir sérieusement le dossier.
Bibliographie chronologique critique
Classement selon la date de rédaction du texte ou du document étudié. Pour les sources anciennes, la date moderne de l’édition critique utilisée est indiquée séparément.
v. 1098–1101 [éd./trad. 1968] — Raymond d’Aguilers.
Raymond d’Aguilers. (v. 1098–1101). Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem (J. H. Hill & L. L. Hill, Eds. & Trans., 1968). Philadelphia, PA: American Philosophical Society.
v. 1100–1101 [éd./trad. 1962] — Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum.
Anonyme. (v. 1100–1101). Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum (R. Hill, Ed. & Trans., 1962). London: Thomas Nelson.
1101–1127 [éd. critique 1913] — Foucher de Chartres.
Fulcherius Carnotensis. (1101–1127). Historia Hierosolymitana (1095–1127) (H. Hagenmeyer, Ed., 1913). Heidelberg: Carl Winter.
début XIIe siècle [éd. critique/trad. 2007] — Albert d’Aix.
Albert d’Aix. (début XIIe siècle). Historia Ierosolimitana: History of the Journey to Jerusalem (S. B. Edgington, Ed. & Trans., 2007). Oxford: Clarendon Press.
v. 1160 [éd. 1908 ; trad. 1932] — Ibn al-Qalānisī.
Ibn al-Qalānisī. (v. 1160). Dhayl Taʾrīkh Dimashq (H. F. Amedroz, Ed., 1908). Leiden: Brill. Traduction partielle : Gibb, H. A. R. (Trans.). (1932). The Damascus Chronicle of the Crusades. London: Luzac.
v. 1180–1195 [éd. 1876] — Ralph de Diceto.
Ralph de Diceto. (v. 1180–1195). Abbreviationes chronicorum (W. Stubbs, Ed., 1876). In The Historical Works of Master Ralph de Diceto, Dean of London (Vol. 1). London: Longman.
1201 — Convention concernant Cadouin.
Document relatif à l’abbaye de Cadouin. 34
1214 — Acte de Simon IV de Montfort.
Simon IV de Montfort. (1214). Donation en faveur de Cadouin pour l’entretien d’un luminaire devant le Suaire. 35
1219 — Confirmation d’Amaury de Montfort.
Amaury de Montfort. (1219). Confirmation de la donation de Simon de Montfort et augmentation de la rente. 36
v. 1230–1233 [trad. 2006] — Ibn al-Athīr.
Ibn al-Athīr. (v. 1230–1233). Al-Kāmil fī l-taʾrīkh (D. S. Richards, Trans., 2006). The Chronicle of Ibn al-Athīr for the Crusading Period from al-Kāmil fī’l-Taʾrīkh. Part 1: The Years 491–541/1097–1146. Aldershot: Ashgate.
1232–1241 [éd. critique MGH 1874] — Albéric de Trois-Fontaines.
Albéric de Trois-Fontaines. (1232–1241). Chronica Albrici monachi Trium Fontium (P. Scheffer-Boichorst, Ed., 1874). In Monumenta Germaniae Historica, Scriptores (Vol. 23, pp. 631–950). Hannover: Hahn.
1239 — Chapitre général de Cîteaux.
Chapitre général de Cîteaux. (1239). Décision concernant le vase d’or offert par Amaury de Montfort pour la conservation du Suaire. 37
v. 1290 — Lettre du sénéchal de Gascogne.
Anonyme [sénéchal de Gascogne]. (v. 1290). Lettre au roi d’Angleterre concernant Cadouin et son sudarium du Christ. 36
21 avril 1292 — Raymond d’Auberoche.
Raymond d’Auberoche. (1292, 21 avril). Acte relatif à l’abbaye de Cadouin. 38
v. 1400 — Aymeric de Peyrac.
Aymeric de Peyrac. (v. 1400). Témoignage concernant le Suaire de Cadouin. 39
(1644). Histoire du St Suaire et du Sacré Bandeau de Jésus-Christ notre Rédempteur, transportez de l’Orient dans l’Abbaye de Cadouin de l’Ordre de Cîteaux au diocèse de Sarlat en Périgord. Prieur et religieux réformés de l’abbaye de Cadouin. Paris : Jean Bessin.
Études modernes
Francez, J. (1935). Un pseudo-linceul du Christ. Paris : Desclée de Brouwer.
Wiet, G. (1936). Un nouveau tissu fatimide. Orientalia, 5.
Maubourguet, J. (1936). Le suaire de Cadouin. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 63, 348–363.
Delluc, B., & Delluc, G. (1983). Le suaire de Cadouin : une toile brodée. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 110, 162–179.
Delluc, B., Lagrange, J., & Secret, J. (1990). Cadouin, une aventure cistercienne en Périgord. Le Bugue : PLB.
Dajani-Shakeel, H. (1993). Diplomatic relations between Muslim and Frankish rulers 1097–1153 A.D. In M. Shatzmiller (Ed.), Crusaders and Muslims in Twelfth-Century Syria (pp. 190–215). Leiden : Brill.
Cornu, G. (1997–1998). Le « Suaire » de Cadouin : un tiraz fatimide. Archéologie islamique, 8–9, 29–36.
Delluc, B., & Delluc, G. (2001). Le Suaire de Cadouin et son frère le voile de Sainte-Anne d’Apt : deux pièces exceptionnelles d’archéologie textile. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 128, 607–626.
Durand, M. (2002). Notice n° 182 : Suaire de Cadouin. In Égypte, la trame de l’Histoire : textiles pharaoniques, coptes et islamiques (p. 219). Paris.
Gareyte, J.-F. (2009). Essai sur la « pré » histoire du « Saint Suaire » de l’abbaye de Cadouin. In Actes des colloques des Amis de Cadouin.
Abu-Munshar, M. Y. (2010). Fāṭimids, Crusaders and the fall of Islamic Jerusalem: Foes or allies? Al-Masāq, 22(1), 45–56.
Fournié, M. (2011). Une municipalité en quête de reliques : le Saint Suaire de Cadouin et son dépôt à Toulouse à la fin du Moyen Âge. Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 71, 127–162.
Sarzeaud, N. (2024). Des objets polymorphes : décrire la matérialité des saints Suaires du Moyen Âge à nos jours. Technè, 57.
Répères historiques.
VIe siècle (tradition)
Antoine de Plaisance aurait entendu parler d’un sudarium capitis situé dans un monastère des bords du Jourdain (récit transmis par la pancarte du XVIIe siècle).
Vers 670 (tradition/texte ancien mobilisé)
L’évêque Arculf aurait vu à Jérusalem un sudarium capitis et l’aurait décrit ; Maubourguet ( 1936) compare ses dimensions (8 pieds romains ≈ 2,365 m) à celles du linge de Cadouin. ( 2,80 m x 1,15 m environ ) ( voir aussi de Locis Santis de Adomnán d’Iona (vers 624–704) )
Vers 1094–1101 : origine matérielle de l’étoffe
L’étoffe vénérée plus tard à Cadouin comme le Saint Suaire de la tête du Christ a été identifiée entre 1933 et 1934 comme un tissu islamique médiéval, tissé en Égypte à l’époque fatimide, sous le califat de al-Mustansir Billah puis de al-Musta‘li (1094–1101). ( Gaston Wiet (1934), relayée et discutée dans l’article de Jean Maubourguet (1936).)( Peu après cette analyse, le pélerinage fut suspendu )
Les analyses épigraphiques dans les années 1930 ont montré la présence d’inscriptions coufiques mentionnant explicitement le calife al-Musta‘li et son vizir al-Afdal, ce qui permet une datation sûre autour de l’an 1100.
1095–1099 : tradition croisée
Une tradition tardive affirme que la relique aurait été rapportée d’Orient lors de la première croisade (1095–1099), à l’occasion de la prise d’Antioche en 1098, par Adhémar de Monteil, évêque du Puy et légat pontifical.
Cette attribution, longtemps répétée, n’est étayée par aucune source contemporaine et n’apparaît que bien plus tard, dans un contexte de valorisation des reliques orientales. Elle relève manifestement d’une construction mémorielle a posteriori, destinée à conférer une origine apostolique à l’objet.
1119–1154 : fondation et développement de l’abbaye
En 1119, l’abbé de Pontigny envoie douze moines fonder l’abbaye cistercienne de Cadouin. Les travaux commencent immédiatement et s’achèvent en 1154, date de la consécration.
Durant toute cette période fondatrice, aucun document (chartes, confirmations de biens, actes officiels) ne mentionne l’existence d’un suaire.
XIIᵉ siècle – 1201 : silence documentaire
Tout au long du XIIᵉ siècle, et encore dans un acte de 1201, les sources diplomatiques de Cadouin ignorent totalement la relique.
Ce silence est d’autant plus significatif que ces documents recensent avec précision les biens, privilèges et objets liturgiques de valeur liés au culte monastique.
1214 : première mention officielle
La première attestation écrite certaine du Saint Suaire de Cadouin apparaît seulement en 1214, dans un acte de Simon IV de Montfort, favorable à l’abbaye.
Cette date marque l’entrée officielle de la relique dans l’histoire écrite et correspond très probablement à sa reconnaissance institutionnelle.
XIIIᵉ siècle : mise en place du culte et traditions associées
À partir du XIIIᵉ siècle, le Saint Suaire devient le centre d’un pèlerinage actif.
Un vitrail de l’abbatiale évoque la venue supposée de saint Louis à Cadouin. Cette tradition repose sur une confusion toponymique : les sources médiévales mentionnent en réalité un passage du roi à Caen (Cadomum) en 1269, et non à Cadouin (Caduinum). Aucun élément historique ne permet donc de confirmer une visite royale à Cadouin.
XIVᵉ–XVe siècles : apogée du pèlerinage et déplacements de la relique
C’est durant la guerre de Cent Ans que le Saint Suaire acquiert une renommée exceptionnelle. Les menaces militaires conduisent les moines à solliciter la protection pontificale au nom de la relique.
Les papes multiplient alors les indulgences :
- Clément VI (1344) accorde un an d’indulgences ;
- Urbain V (1368) octroie cinq années d’indulgences pendant dix ans ;
- Grégoire XI confirme l’ampleur du pèlerinage et fixe le terme à vingt années d’indulgences.
En 1392, pour éviter une capture par les Anglais, le suaire est transporté à Toulouse, où il est exposé solennellement en présence de l’archevêque, de neuf évêques et de dizaines de milliers de fidèles. Plusieurs miracles lui sont alors attribués.
Après de nombreux déplacements (Toulouse, Paris, Obazine), le suaire revient définitivement à Cadouin en 1463, à la suite d’une intervention royale.
Le XVe siècle marque l’apogée de Cadouin :
- reconstruction du cloître ;
- multiplication des sculptures et vitraux exaltant le Suaire ;
- institution de deux offices liturgiques distincts (bénédictin et romain) ;
- ostensions solennelles annuelles, notamment le 8 septembre.
XVIᵉ–XVIIIᵉ siècles : déclin et survie discrète
Les guerres de Religion entraînent un nouveau recul du culte. Le suaire est caché à plusieurs reprises.
Au XVIIIᵉ siècle, son histoire devient marginale. Cette discrétion permet paradoxalement sa préservation pendant la Révolution, où il est soustrait aux destructions et réexposé en 1797. La dernière ostension solennelle a lieu en 1933.
XXᵉ siècle : remise en cause de l’authenticité
Dès 1903, l’authenticité matérielle de l’étoffe est sérieusement mise en doute.
En 1906, lors de l’inventaire des biens de la paroisse, le Suaire n’est pas mentionné. 40
1933 : la dernière ostension publique du Saint Suaire de Cadouin eut lieu en septembre 1933, marquant l’ultime pèlerinage officiel de la relique, largement relayé par la presse catholique de l’époque. L’année suivante, l’ostension prévue fut discrètement annulée sans explication détaillée, signalant la fin silencieuse du culte public du suaire (Bourgeix, 1997 ; Delluc & Delluc, 2013). « la Semaine religieuse de Périgueux et Sarlat du 11 août 1934 informe – en quelques lignes – que l’ostension de la relique, prévue au mois de septembre suivant, n’aura pas lieu. Les fidèles n’en sauront guère plus… » 41
En 1934, le père Francez, étudiant les linges de l’ensevelissement du Christ, identifie sur le suaire des motifs islamiques et des inscriptions arabes coufiques.
En 1934, l’expertise de Gaston Wiet, directeur du Musée arabe du Caire, confirme sans ambiguïté que l’étoffe est fatimide, datable entre 1094 et 1101. Dès lors, le « Saint Suaire » de Cadouin est définitivement reconnu comme un pseudo-linceul, sans lien avec le Christ. Cependant, on peut interroger la relation du Saint Suaire de Cadouin avec une possible présence du Saint Suaire à Jérusalem, dans l’Eglise du Saint Sépulchre.
Chronologie Suaire de Cadouin par Maubourget 1936
1981 : Deux chercheurs, Brigitte et Gilles Delluc font une étude du tissu au microscope et constatent que les ornements et les inscriptions sont non pas tissés mais brodés. (Delluc, B et G., 1983) etc …
Documents antérieurs à 1898 :
Bibliographie chronologique par date du texte
- v. 1100–1101 — Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum. Anonyme. (v. 1100–1101). Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum. Édition utilisée : Hill, R. (Ed. & Trans.). (1962). The Deeds of the Franks and the Other Pilgrims to Jerusalem. London: Thomas Nelson. 42
- v. 1101 — Raymond d’Aguilers, Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem. Raymond d’Aguilers. (v. 1101). Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem. Édition/traduction utilisée : Hill, J. H., & Hill, L. L. (Eds. & Trans.). (1968). Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem. Philadelphia: American Philosophical Society. 43
- 1101–1127 — Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana. Fulcherius Carnotensis. (1101–1127). Historia Hierosolymitana. Édition critique : Hagenmeyer, H. (Ed.). (1913). Fulcheri Carnotensis Historia Hierosolymitana (1095–1127). Heidelberg: Carl Winter. 44
- début du XIIe siècle — Albert d’Aix, Historia Ierosolimitana. Albert d’Aix. (début XIIe siècle). Historia Ierosolimitana. Édition critique et traduction : Edgington, S. B. (Ed. & Trans.). (2007). Albert of Aachen: Historia Ierosolimitana. History of the Journey to Jerusalem. Oxford: Clarendon Press. 45
- v. 1160 — Ibn al-Qalānisī, Dhayl Taʾrīkh Dimashq.
- Ibn al-Qalānisī. (v. 1160). Dhayl Taʾrīkh Dimashq [Continuation de l’histoire de Damas]. Édition arabe : Amedroz, H. F. (Ed.). (1908). Dhail Taʾrikh Dimashq. Leiden: Brill. Traduction utilisée : Gibb, H. A. R. (Trans.). (1932). The Damascus Chronicle of the Crusades. London: Luzac.
- 46
- v. 1180–1195 — Ralph de Diceto, Abbreviationes chronicorum.
- Ralph de Diceto. (v. 1180–1195). Abbreviationes chronicorum. Édition critique : Stubbs, W. (Ed.). (1876). The Historical Works of Master Ralph de Diceto, Dean of London (Vol. 1). London: Longman.
- 47
v. 1230–1233 — Ibn al-Athīr, al-Kāmil fī l-taʾrīkh.
Ibn al-Athīr. (v. 1230–1233). Al-Kāmil fī l-taʾrīkh. Traduction scientifique utilisée : Richards, D. S. (Trans.). (2006). The Chronicle of Ibn al-Athīr for the Crusading Period from al-Kāmil fī’l-Taʾrīkh. Part 1: The Years 491–541/1097–1146: The Coming of the Franks and the Muslim Response. Aldershot: Ashgate.
48
- 1232–1241 — Albéric de Trois-Fontaines, Chronica.
- Albéric de Trois-Fontaines. (1232–1241). Chronica Albrici monachi Trium Fontium. Édition critique : Scheffer-Boichorst, P. (Ed.). (1874). In Monumenta Germaniae Historica, Scriptores (Vol. 23, pp. 631–950). Hannover: Hahn.
- 49
Et ici, nous avons désormais le passage essentiel sous l’année 1119 :
Sudarium Domini, de quo supra tetigimus in historia Antiochena, modo est in Abbatia de Caduinii Petragoricensis dioecesis.
Puis Albéric raconte qu’Adhémar du Puy, mourant à Antioche, confia un petit récipient de plomb contenant le Suaire à un vice-chapelain chargé de le porter au Puy ; rejeté par les chanoines, celui-ci le rapporta dans son diocèse d’origine puis le donna finalement à Cadouin.
C’est donc bien un texte composé vers 1232–1241, racontant un événement qu’il place en 1119 et faisant remonter la chaîne à la mort d’Adhémar en 1098.
- 1644 — Histoire du Saint Suaire et du Sacré Bandeau…
- Anonyme. (1644). Histoire du Saint Suaire et du Sacré Bandeau de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, transporté de l’Orient dans l’abbaye de Cadouin…. Bessin.
- ((Texte dévotionnel beaucoup plus tardif, mais essentiel pour étudier la fixation moderne de la légende. Il figure déjà dans ta bibliographie de recherche.)
Etudes Modernes
- X. (1644). Histoire du Saint Suaire et du Sacré Bandeau de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, transporté de l’Orient dans l’abbaye de Cadouin… mise en lumière par le soin des prieur et religieux de ladite abbaye. Bessin. (Texte approuvé par Mgr de Lingendes en 1643 ; cité par de Gourgues, Maubourguet et Gardelles.)
- Audierne, F.-G. (1840). Notice historique sur l’abbaye de Cadouin, son église et ses cloîtres. Imprimerie Dupont.
- Lingendes, J. de. (1854). Le Saint Suaire de Cadouin. Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin, 2, 209–214. (Réimpression du procès-verbal imprimé vers 1650 de la visite de Mgr de Lingendes.)
- de Gourgues, A. J. D. (1868). Le Saint Suaire, suivi d’un essai sur les pèlerinages à Jérusalem avant les croisades (avec M. Martial Delpit). Chez J. Bounet.
- Noguier de Malijay, N. (1928). Le suaire de Cadouin. Bulletin du Saint-Suaire, 13, 1er trimestre, 1–21.
- Francez, P. (1934). Étude sur le linge dit « Suaire de Cadouin » dans le cadre des recherches sur l’ensevelissement du Christ. [Article ou communication non datée précisément].
- Wiet, G. (1934). Analyse épigraphique du tissu dit « Suaire de Cadouin ». [Rapport d’expertise, Musée arabe du Caire].
- Maubourguet, J. (1936). Le suaire de Cadouin. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 63, 348–363. https://www.guyenne.fr/ArchivesPerigord/SHAP/T63_1936/Suaire_Cadouin.htm
- Delluc, G., & Secret, J. (1965). Cadouin, une aventure cistercienne en Périgord. Imprimerie Fanlac. (Illustrations de J. Lagrange.)
- Delluc, B., & Delluc, G. (1983). Le suaire de Cadouin : Une toile brodée. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 110, 162–179. https://se195e65b5d615c52.jimcontent.com/download/version/1255271893/module/1700709414/name/Le%20Suaire%20de%20Cadouin%20et%20la%201%C3%A8re%20Croisade.pdf
- Crispino, D. (1986). The cloth of Cadouin as related by Natale Noguier de Malijay ∗Le suaire de Cadouin tel que rapporteˊ par Natale Noguier de Malijay. Shroud Spectrum International, (18), 18–19. https://www.shroud.com/pdfs/ssi18part5.pdf
- Delluc, B., & Delluc, G. (1988). Un fragment du suaire de Cadouin à Puylaroque (Tarn-et-Garonne ?). Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 115, 173–175.
- Fournié, M. (2011). Le saint suaire de Cadouin et son dépôt à Toulouse à la fin du Moyen Âge. Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 71, 127–162. https://societearcheologiquedumidi.fr/_samf/memoires/t_71/127-162_Fournie.pdf
- Gareyte, J.-F. (2009). Essai sur la « pré » histoire du « Saint Suaire » de l’abbaye de Cadouin. Dans Croisades, pèlerinages et miracles : XVIe colloque des Amis de Cadouin (22 août 2009) (pp. 4–8). https://abbaye-de-cadouin.com/wp-content/uploads/2017/03/Actes-2009-2010.pdf
- Delluc, B et G., 1983, « Le suaire de Cadouin : une toile brodée (étude au microscope du tissu et de ses insertions de soie décoratives) », Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, 110, p. 162-179.
- Noguier de Malijay, N. (1986). The cloth of Cadouin. Shroud Spectrum International, (18), 12–17. https://www.shroud.com/pdfs/ssi18part5.pdf
- Delluc, B., & Delluc, G. (1992). Visiter l’abbaye de Cadouin. Éditions Sud-Ouest.
- Bourgeix, Patrice. (1997). Le pèlerinage du Saint Suaire de Cadouin (1866–1934) (Mémoire de maîtrise en histoire contemporaine, Université Bordeaux III, sous la direction de M. Agostino). Université Bordeaux III. – Coupure de journal p. 155 – Dernière ostension de septembre. Article du 30 septembre 1933 de La Vie catholique
- Marion, A. (1999). Jésus et la science : La vérité sur les reliques du Christ. Paris, France : Éditions Grancher
- Delluc, B., & Delluc, G. (2013). Le suspense de l’expertise du suaire de Cadouin dans la correspondance des intéressés (1933–1934). Dans Géraud de Salles, de pèlerinages en reliques (Actes du XXᵉ colloque, pp. 55–58). Association des Amis de Cadouin. https://www.amisdecadouin.com/app/download/7367609314/xx%C2%B0colloque+2013.pdf
- Cloître de Cadouin. (2026 ). Histoire du cloître de Cadouin. https://cloitre-cadouin.fr/fr/histoire-cloitre-de-cadouin/
Bibliographie établie par le Dr. Patrice BOURGEIX :
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat. (s.d.). D 331 (dossier Saint-Suaire).
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat. (s.d.). D 332 (dossier Saint-Suaire ; dossier lazaristes à Cadouin).
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat. (s.d.). C 296 (dossier lazaristes dans le diocèse).
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat. (s.d.). RG 266 (registre de la confrérie du Saint-Suaire).
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat. (s.d.). Bibliothèque, cote 2103 (brochures sur les ostensions).
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat. (s.d.). 70 H (lettres pastorales).
Archives diocésaines de Périgueux et Sarlat. (1866–1934). Semaine religieuse du diocèse de Périgueux et Sarlat.
Archives départementales de la Dordogne
Archives départementales de la Dordogne. (s.d.). 12 O 94 (dossier Cadouin, affaires communales).
Archives départementales de la Dordogne. (s.d.). V 270 (dossier Filles de la Charité, à partir de 1899).
Archives départementales de la Dordogne. (s.d.). 1 T 40 (dossier affaires scolaires).
Archives départementales de la Dordogne. (s.d.). 44 S 44, 51–58 (dossier ligne de chemin de fer Bergerac–Le Buisson).
Archives départementales de la Dordogne. (s.d.). 6 M (recensements).
Archives paroissiales de Cadouin
Archives paroissiales de Cadouin. (s.d.). Dossier Campan.
Archives paroissiales de Cadouin. (s.d.). Dossier Boucher.
Archives paroissiales de Cadouin. (s.d.). Dossier Francez – Saint-Suaire.
Archives municipales de Cadouin
Archives municipales de Cadouin. (1865–1929). Registres de délibérations du conseil municipal (1865–1874 ; 1874–1881 ; 1882–1888 ; 1888–1893 ; 1894–1902 ; 1902–1909 ; 1919–1929).
Bibliographie
Ouvrages généraux (chronologie croissante)
Ozouf, M. (1963). L’École, l’Église et la République, 1871–1914. Paris.
Mayeur, J.-M. (1975). L’histoire religieuse de la France. Paris.
Hilaire, Y.-M. (1979). La vie religieuse des populations du diocèse d’Arras. Lille.
Boutry, P., & Cinquin, M. (1980). Deux pèlerinages au XIXᵉ siècle. Paris.
Lebrun, F. (1980). Histoire des catholiques en France. Toulouse : Privat.
Ouvrages sur le diocèse de Périgueux et de Sarlat (chronologie croissante)
Gibson, R. (1978). Les notables et l’Église dans le diocèse de Périgueux et de Sarlat (Thèse de doctorat, 3ᵉ cycle). Lyon.
Pommarede, P. (1976). La séparation de l’Église et de l’État en Périgord. Périgueux : Fanlac.
Sadouillet-Perrin, A., & Mandon, G. (1985). Pèlerinages en Périgord : le culte de Marie et des saints. Périgueux : Fanlac.
Ouvrages sur Cadouin (chronologie croissante)
Delpit, M. (1870). Les anciens pèlerinages à Jérusalem. Périgueux : J. Bounet.
de Gourgues, A. J. D. (1868). Le Saint-Suaire (pp. 27–29). Paris.
Carles, A. (1875). Histoire du Saint Suaire. Paris : Poussielgue Frères.
Beauregard, M. A. (1878). Le guide du pèlerin au Saint Suaire de Cadouin. Périgueux : Cassard Frères.
Moubourguet, J. (1926). Le Périgord méridional (Vol. 1, p. 84). Cahors.
Francez, J. (1935). Un pseudo-linceul du Christ. Paris : Desclée de Brouwer.
Sigala, J. (1950). Cadouin en Périgord. Bordeaux : Delmas.
Delluc, B., Delluc, G., & Secret, J. (1990). Cadouin, une aventure cistercienne en Périgord. Le Bugue : PLB Éditeur.
- Histoire du St Suaire et du sacré Bandeau de Jésus-Christ nostre Rédempteur, Paris, Jean Bessin, 1644, « Permission du R. P. Visiteur de la Province de Guyenne », [p. non numérotée, liminaire] : le récit est présenté comme tiré des « anciens titres & documents » conservés dans les archives de Cadouin.[↩]
- Une étude de conservation donne environ 2,90 × 1,33 m ; Sarzeaud indique environ 2,95 × 1,35 m. Les publications plus anciennes donnent parfois des mesures inférieures, ce qui justifie de conserver une fourchette plutôt qu’une valeur unique.[↩]
- Francez, 1935 ; Wiet, 1936.[↩]
- Francez, 1935 ; Maubourguet, 1936 ; Wiet, 1936.[↩]
- Cornu, 1997–1998, « Le “Suaire” de Cadouin : un tiraz fatimide ».[↩]
- Delluc & Delluc, 2001, pp. 607–626.[↩]
- Wilson, J. (2023). Medieval Syria and the Onset of the Crusades: The Political World of Bilad al-Sham 1050–1128. Edinburgh University Press, pp. 33–38, 70–97.[↩]
- France, J. (1994). Victory in the East: A Military History of the First Crusade. Cambridge University Press, pp. 1–25.[↩]
- Wilson, J. (2023). Medieval Syria and the Onset of the Crusades: The Political World of Bilad al-Sham 1050–1128. Edinburgh University Press, pp. 70–97, 151–183 ; France, J. (1994). Victory in the East: A Military History of the First Crusade. Cambridge University Press, pp. 325–366.[↩]
- France, J. (1994). Victory in the East: A Military History of the First Crusade. Cambridge University Press, pp. 325–366 ; Wilson, J. (2023). Medieval Syria and the Onset of the Crusades: The Political World of Bilad al-Sham 1050–1128. Edinburgh University Press, pp. 151–183.[↩]
- Anonyme. (v. 1100–1101). Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, VI, 17. Dans R. Hill (Ed. & Trans.). (1962). The Deeds of the Franks and the Other Pilgrims to Jerusalem. Thomas Nelson and Sons, pp. 36–37.[↩]
- Dajani-Shakeel, H. (1993). Diplomatic relations between Muslim and Frankish rulers, 1097–1153 A.D. In M. Shatzmiller (Ed.), Crusaders and Muslims in Twelfth-Century Syria. Brill, pp. 190–215 ; Abu-Munshar, M. Y. (2010). Fāṭimids, Crusaders and the fall of Islamic Jerusalem: Foes or allies? Al-Masāq, 22(1), 45–56, notamment pp. 49–52. https://doi.org/10.1080/09503110903549939[↩]
- Delluc, B., & Delluc, G. (2001). Le Suaire de Cadouin et son frère : le voile de sainte Anne d’Apt (Vaucluse). Deux pièces exceptionnelles d’archéologie textile. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 128, 607–626, notamment pp. 617 et 620–621. Les auteurs avaient déjà développé cette hypothèse dans : Delluc, B., & Delluc, G. (1996). Le Suaire de Cadouin et la Première croisade. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 123, 611–618.[↩]
- Delluc, B., & Delluc, G. (2001). op. cit., pp. 610–617.[↩]
- Delluc, B., & Delluc, G. (2001). op. cit., pp. 617–620.[↩]
- Anonyme. (v. 1100–1101). Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, VI, 17. Dans Hill, R. (Ed. & Trans.). (1962). The Deeds of the Franks and the Other Pilgrims to Jerusalem. Thomas Nelson and Sons, pp. 36–37.[↩]
- Dajani-Shakeel, H. (1993). Diplomatic relations between Muslim and Frankish rulers, 1097–1153 A.D. In M. Shatzmiller (Ed.), Crusaders and Muslims in Twelfth-Century Syria. Brill, pp. 190–215 ; Abu-Munshar, M. Y. (2010). Fāṭimids, Crusaders and the fall of Islamic Jerusalem: Foes or allies? Al-Masāq, 22(1), 45–56, notamment pp. 49–52.[↩]
- Delluc, B., & Delluc, G. (2001). Le Suaire de Cadouin et son frère : le voile de sainte Anne d’Apt (Vaucluse). Deux pièces exceptionnelles d’archéologie textile. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 128, 607–626, p. 621.[↩]
- Meri, J. W. (2010). Relics of piety and power in medieval Islam. Past & Present, 206(Suppl. 5), 97–120, notamment pp. 97–99, 119–120.[↩]
- Patlagean, É. (1995). L’entrée de la Sainte Face d’Édesse à Constantinople en 944. In La religion civique à l’époque médiévale et moderne (Chrétienté et Islam). École française de Rome, pp. 21–35.[↩]
- Acte de Simon IV de Montfort, 1214. Le texte est notamment connu par les copies de la Collection Périgord de la Bibliothèque nationale et par les travaux de Maubourguet, Gareyte et Fournié. Le montant de la rente apparaît comme 20 ou 25 livres selon les publications modernes ; ce détail doit encore être contrôlé sur la meilleure tradition du document.[↩]
- Fournié, 2011. Le silence d’un document ne constitue évidemment pas une preuve absolue d’absence, mais il interdit de considérer comme démontrée l’arrivée traditionnelle du Suaire dès 1117.[↩]
- Albéric de Trois-Fontaines, Chronica, composée vers 1232–1241, s.a. 1119 ; éd. critique P. Scheffer-Boichorst, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, t. 23, Hannover, 1874.[↩]
- Albéric de Trois-Fontaines, Chronica, s.a. 1119. Le récit est écrit plus d’un siècle après les événements qu’il prétend rapporter.[↩]
- Raymond d’Aguilers, v. 1098–1101, Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem ; éd. et trad. Hill & Hill, 1968. Son récit détaillé de la Sainte Lance ne mentionne pas la découverte simultanée d’un Suaire.[↩]
- Gareyte, 2009.[↩]
- Actes du chapitre général de Cîteaux, 1239 ; voir Gareyte, 2009, et Fournié, 2011.[↩]
- Acte de la fin du XIIIe siècle signalé et étudié par Gareyte, 2009. L’expression « de toute antiquité » témoigne d’une tradition déjà ancienne aux yeux des contemporains, sans fournir une date réelle d’arrivée.[↩]
- Sceau en navette. SIGILLA, IRHT-CNRS, notice n° 100. Notice SIGILLA du sceau [↩]
- Raymond d’Auberoche, acte du 21 avril 1292 ; voir Gareyte, 2009, et Sarzeaud, 2024.[↩]
- Sarzeaud, 2024.[↩]
- Aymeric de Peyrac, v. 1400 ; passage analysé par Sarzeaud, 2024.[↩]
- Francez, 1935 ; Wiet, 1936 ; Maubourguet, 1936.[↩]
- Le document est important principalement parce qu’il ne mentionne pas le Suaire ; voir Fournié, 2011.[↩]
- Copies signalées notamment dans la BnF, Collection Périgord, t. XXV, f° 76 et t. XXXVII, f° 70, 72, 108.[↩]
- Voir Gareyte, 2009.[↩][↩]
- Voir Fournié, 2011, et Gareyte, 2009.[↩]
- Le texte rapporte une observation personnelle du Suaire et l’interprétation de certaines marques comme traces de sueur et d’aromates.[↩]
- Texte étudié notamment par Sarzeaud, 2024.[↩]
- Marion A., Jésus et la science, p. 42 [↩]
- Delluc, B., & Delluc, G. (2013). Le suspense de l’expertise du suaire de Cadouin dans la correspondance des intéressés (1933–1934). Dans Géraud de Salles, de pèlerinages en reliques (Actes du XXᵉ colloque, pp. 55–58). Association des Amis de Cadouin.[↩]
- Texte contemporain de la première croisade, probablement achevé vers 1100–1101. Il constitue l’une des sources prioritaires pour vérifier les contacts avec les Fatimides, les ambassades et les présents échangés. L’édition Hill donne le latin et la traduction anglaise.[↩]
- Rédaction commencée vraisemblablement pendant la croisade, notamment autour d’Antioche ; texte probablement achevé vers 1101. Raymond est un témoin direct appartenant à l’entourage de Raymond de Saint-Gilles et d’Adhémar du Puy. C’est une source capitale pour la Sainte Lance et pour tester le silence concernant un Suaire.[↩]
- Le texte a connu plusieurs états successifs entre 1101 et 1127. Cette chronologie est explicitement retenue par l’IRHT. Pour le travail scientifique, Hagenmeyer reste l’édition latine classique ; Ryan/Fink 1969 est une traduction anglaise utile mais ce n’est pas l’édition critique à privilégier.[↩]
- Albert n’est pas un témoin direct de la croisade, mais son œuvre est particulièrement détaillée sur les ambassades et les échanges. L’édition Edgington, fondée sur une étude critique des manuscrits, donne le latin et la traduction anglaise en regard.[↩]
- Source musulmane proche chronologiquement des événements, particulièrement importante pour le contexte syrien et les relations Fatimides–Francs.[↩]
- La compilation semble avoir été entreprise dans les années 1180 ; une copie d’auteur ou proche de l’auteur indique que son travail historique était terminé en 1195. C’est important parce qu’Albéric invoque Ralph dans le dossier du Suaire, mais il faut déterminer exactement si le passage sur Cadouin vient réellement de Ralph ou d’une autre source.[↩]
- Ibn al-Athīr écrit plus d’un siècle après la première croisade, mais utilise des sources antérieures aujourd’hui perdues. Il faut donc le traiter comme source secondaire médiévale, non comme témoin direct.[↩]
- La chronique est composée entre 1232 et 1241. C’est la première source actuellement identifiée qui rattache explicitement le Sudarium Domini à Cadouin et à l’histoire d’Antioche.[↩]