Voir aussi « Photographies du Saint Suaire en 1898«

(1855-1941)
Secondo Pia, né le 9 septembre 1855 à Asti, était un avocat et photographe amateur italien reconnu pour avoir réalisé les premières photographies du Suaire de Turin, le 28 mai 1898. Sa prise de vue était un défi technique à l’époque et elle a marqué le début d’une nouvelle ère dans l’étude du Suaire, suscitant un regain d’intérêt tant scientifique que religieux.
En tirant les épreuves, Pia et son collègue Noguier de Malijay ont été bouleversés par le résultat des négatifs qu’ils ont développés, révélant un visage qui n’était pas visible aussi nettement à l’œil nu.
Parcours :

Pia a d’abord exercé comme avocat tout en développant un intérêt pour la photographie dès les années 1870. Membre actif de la communauté photographique de Turin, il est devenu l’un des premiers à utiliser l’éclairage électrique dans ses prises de vue en basse lumière ; raison pour laquelle il fut choisi en 1898.
L’Ostension de 1898
C’est au cours des célébrations du 400e anniversaire de la cathédrale de Turin que Pia a été invité à photographier le Suaire, à une époque où son exposition nécessitait l’approbation de la Maison de Savoie.
Le 25 mai 1898, Pia s’est rendu à la cathédrale pour capturer des images du Suaire mais avec des résultats peu convaincants dus à des difficultés techniques au sujet de l’éclairage. ( voir plus bas )
Le 28 mai 1898, lors de la seconde séance photographique, Pia a réussi à utiliser durablement des lampes à incandescence pour éclairer le Suaire, ce qui était alors un défi technique.
Orthochromatique et filtre jaune pâle :
Secondo Pia a utilisé une émulsion orthochromatique dont les spécificités sont de filtrer la couleur rouge.

Par ailleurs, Second Pia explique dans le Mémoire au professeur Arthur Loth de 1907 qu’il a utilisé un filtre jaune très pâle sur l’objectif et développé les plaques d’une façon normale (sans ajouts ) :
L’objectif était un Votglander avec un diaphragme de deux millimètres, avec un écran jaune d’une nuance très légère 1 J’ai employé des plaques orthochromatiques de la maison Edward. Je les ai développées dans une solution ordinaire d’oxalate ferreux, sans aucune préparation chimique qui aurait pu altérer de quelque manière le résultat normal habituel de mon travail. ( Pia, 1907 )
Ce qui prouve l’expertise de Secondo Pia dans le cas d’une prise de vue en lumière faible et donc longue exposition.
En effet, dans le cas d’un film orthochromatique, utiliser un filtre jaune très pâle pour photographier un objet jaune très pâle comme le Saint Suaire présente deux intérêts principaux et complémentaires :
- Équilibrer l’Exposition : Les ampoules utilisées pouvaient avoir une dominance tirant entre le jaune et le rouge. Le filtre jaune atténue l’effet des zones trop lumineuses apportées par la source, notamment dans le cas d’un objet lui même jaune, car cela aurait tendance à diminuer le contraste alors, ce qui aide à capturer de façon homogène les détails subtils de l’empreinte du corps et du visage.
- Améliorer le Contraste : en longue pause, un filtre jaune pâle assombrit légèrement les tons bleus permet aux détails fins du tissu jaune pâle, comme ceux du Saint Suaire, de mieux ressortir sans créer de forts excès d’exposition. Cela permet d’avoir un contracte plus intéressant avec des nuances de gris plus fines et donc cela améliore le niveau de détail.
Publication & Controverse :
Le journal génois Il Cittadino publia les photographies de Secondo Pia, dès le 13 juin 1898 et plus tard, on les trouves dans les colonnes du journal national Corriere Nazionale. Le 15 juin 1898, le journal du Vatican l’Osservatore Romano relaie à son tour l’information.
Mais le 15 juin 1898, le travail de Pia fut mis en doute dans un article publié dans le « Corriere della Serra « ( Milan), un journal quotidien fondé par l’ancien partisan de Garibaldi et franc maçon Eugenio Torelli Viollier 2 Les accusations insensées auraient été fondées sur l’utilisation d’un filtre jaune qui aurait fait apparaître les motifs du visage et du corps de Jésus de façon problématique !
Une autre accusation était que les photos avaient été prises avec des lampes fortes placées derrière le Suaire pour susciter un effet de transparence. Cette thèse fut soutenue par l’érudit français et photographe amateur Hippolyte Chopin et relayée par le chanoine Ulysse Chevalier, tous les deux détracteurs de l’authenticité du Saint Suaire.
Exposition du négatif et du tirage positif a « Arte Sacra » ( 1898 )
Pour répondre à de telles accusations sans doute, le 20 juin 1898, le négatif de la photographie du Saint-Suaire réalisée par Secondo Pia est présenté au public dans une salle attenante (f) à l’Exposition d’Art Sacré à Turin. ( Source : La Stampa, 20 juin 1898, p. 2 — « Il negativo della fotografia della Santa Sindone ». )

En novembre 1898, un tirage positif de la photographie du Saint-Suaire réalisée par Secondo Pia est publié dans la revue Arte sacra à Turin. ( Source : Arte sacra (Turin), Roux, Frassati et Cie, novembre 1898, fasc. 27, p. 212. )

Secondo Pia répondit dans la presse 5 que c’était impossible, à cause de la présence du cadre d’Emilio Stramucci et d’un tissu protecteur rouge. (Van Haelst, R. 1997) Voir aussi la Lettre au Professeur Benedetto Porro de Pia en 1901.
Utilisation de contre-types Tirés par Secondo Pia.
Par ailleurs, on trouve deux témoignages qui indiquent que Secondo Pia a produit des contre-types de la plaque originale, notamment celle utilisée pour les phototypes publiées en 1899 ainsi que les tirages qu’on trouvera ultérieurement chez Sanna Solaro, Noguier de Maljay, Arthur Loth et notamment chez Paul Vignon en 1902.
Dès 1899, les clichés de Secondo Pia sont reproduits par contre-types : un premier négatif photographique (plaque de verre) est rephotographié par transparence pour produire un positif intermédiaire, lui-même utilisé pour générer des tirages papier positifs. Ce procédé s’insère dans la chaîne industrielle de l’autotypie (tramage), qui convertit l’image en réseau de points imprimables, permettant une diffusion massive fidèle — y compris des inversions tonales propres au Suaire (négatif/positif). 6
Pia a personnellement tiré les contre-types sur verre utilisés par Vignon, qui servent directement de matrices pour les héliogravures et reproductions de l’ouvrage. 7
Répercussions et Héritage
Cette découverte des propriétés négatives de l’empreinte du Saint Suaire et ces polémiques ont généré un vaste débat sur l’origine de l’image et ses implications scientifiques et religieuses.
Les photographies de Pia ont été publiées dans plusieurs journaux dans le monde, notamment en France, et ont eu un impact durable sur la réflexion sur l’authenticité du Suaire.
En 1931, des images similaires prises par le photographe Giuseppe Enrie en présence de Secondo Pia et Antonio Tonelli ( ami de Noguier de Malijay ) ont corroboré ses résultats, renforçant la crédibilité de ses travaux.
Secondo Pia est décédé le 7 septembre 1941 à Turin
Archives de Secondo Pia

Le Musée National du Cinéma conserve plus de 13 000 photographies prises par l’avocat astigien Secondo Pia (1855–1941), célèbre pour avoir photographié la Sainte-Suaire en 1898. Cet archiviste passionné a réalisé une vaste campagne photographique du patrimoine artistique piémontais, documentant minutieusement chaque détail des monuments historiques. Son travail, véritable atlas visuel du Piémont, est un point de référence pour les historiens de l’art. Grâce à un projet de catalogage et de numérisation soutenu par la Région du Piémont, une première sélection de 2450 images est désormais disponible en ligne, classée par sujet, date et type de matériel.
Voir : http://www2.museocinema.it/collezioni/Pia.aspx
Sources :
- Il negativo della fotografia della Santa Sindone ». (1898 ) La Stampa, 20 juin 1898, p. 2 —
- Les phototypies du Sainte-Suaire (1899 ) La Stampa. 1899, 29 mars, p 3.
- Pia, Secondo. (1901) Lettre au Professeur Benedetto Porro
- Noguier de Malijay, N. ( 1902 ) Le Saint Suaire de Turin , Libraire de la Propagande Salésienne, Paris (*)
- Chopin, H. (1902 ). Le Saint-Suaire de Turin photographié à l’envers. Paris: A. Picard et fils.
- Vignon, P. (1902). Le linceul du Christ : étude scientifique. Paris : Masson, p. VI. cf Remerciements de Vignon à Manno, Pia, Delage et Colson
- Pia, Secondo. (1907) Mémoire au Professeur Arthur Loth
- Noguier de Malijay, N. ( 1922 ) Le Saint Suaire et la Sainte Face de notre Seigneur Jésus Christ (*)
- La Stampa. (1931, 5 mars). Come è apparsa la Sindone al suo custode e al suo fotografo. La Stampa, p. [page 6], Torino.
- Pia, Giovanni. (1961). La prima fotografia della SS. Sindone. Sindon, (5), Centre international d’études sur le Suaire.
- FOSSATI, Luigi – 1994 – Photographing the Holy Shroud at the 1898 Exhibition From « Collegamento pro Sindone » [September/ October 1994]
- FOSSATI, Luigi – 1994 – Remembrance of the 1898 Exhibition From « Collegamento pro Sindone » [November/ December 1994]
- Van Haelst, R. (1997). La première photo du Linceul.
- note de Arthur Loth :
(1) Répondant à une objection de M. de Mély, M. l’abbé Noguier de Malijay, ancien professeur de science et habile photographe, disait à ce sujet : « Si Pia a posé 20 minutes, comme on le dit, c’est que, sans doute, il s’est servi de plaques orthochromatiques lentes et a dû placer un écran coloré devant son objectif, pour faire mieux ressortir l’empreinte humaine sur le fond jaunâtre de la toile. À sa place, nous aurions certainement opéré de cette façon. » (Le Saint Suaire de Turin, p. 8, Paris 1903. ) [↩]
- cf. Siano, P. P. M. (2021). Potere Massonico. La « Fraternité » qui dirige l’Italie : politique, finance, industrie, médias, justice, crime organisé. Milan : Chiarelettere Editore. Torelli Viollier était très proche de Edoardo Sonzogno franc maçon notoire cf MASSONICAmente Laboratorio di storia del Grande Oriente d’Italia n.24 Mag.-Sett. 2022 p 16 [↩]
- Nous disposons d’informations sur cette image dans Lettre de Secondo Pia au Marquis Filippo Crispolti – 1898 [↩]
- Roux Frassati (1898 ) Catalogo Generale – Arte Sacra, p 212 [↩]
- peut être via les journaux du Marquis Filippo Crispolti à qui il a adressé deux lettres ( Falcinelli, 2010 ) – la date est inconnue malgré nos recherches[↩]
- Les phototypies du Sainte-Suaire La Stampa. 1899, 29 mars[↩]
- cf Remerciements de Vignon à Manno, Pia, Delage et Colson Vignon, P. (1902). Le linceul du Christ : étude scientifique. Paris : Masson, p. VI. [↩]