Sur la formation d’images négatives par l’action de certaines vapeurs
par
en collaboration avec
René Colson
présenté avec le soutien de
Vignon, P. (1902). Chimie sur la formation d’images négatives par l’action de certaines vapeurs [Note présentée par Yves Delage]. In Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences (Tome 134, pp. 902-904). Paris : Gauthier-Villars.
N.B. : ce compte rendu fut publié sans qu’aucune mention au Saint Suaire ne soit acceptée par Marcelin Berthelot, le Secrétaire de l’Académie des Sciences de Paris, ni que les explications données par le biologiste athée Yves Delage ne soit acceptée. Elles furent publiées dans La Revue Scientifique : ici 1
Sur la formation d’images négatives par l’action de certaines vapeurs.
Note de M. P. Vignon,
présentée par M. Yves Delage.
(1) Travail exécuté en collaboration avec M. le commandant Colson.
« On sait, par les travaux de M. René Colson publiés en 1896 dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences, que le zinc fraîchement décapé émet, à la température ordinaire, des vapeurs capables de voiler les plaques photographiques dans l’obscurité.
On savait, par les recherches de Russell, que les stries d’une lame de zinc se reproduisaient sur la plaque photographique. Mais de là à réaliser l’image d’un objet en relief il y avait loin. Nous avons réussi à obtenir des images soit avec des médailles saupoudrées de zinc, soit avec des bas-reliefs ou des objets en ronde bosse, en plâtre, et frottés de poudre de zinc. Ces images sont des négatifs, non pas par l’interversion des clairs et des ombres, puisqu’on opère dans l’obscurité, mais par le fait que les reliefs donnent des impressions plus énergiques que les creux. Pour les interpréter il faut donc les intervertir photographiquement : on obtient alors des images positives dans lesquelles l’échelle des reliefs est scrupuleusement respectée, ce qui est loin d’être le cas pour les photographies normales des mêmes objets effectuées avec un éclairage de face. Bien entendu, sur ces images faites à distance, on ne peut espérer restituer les détails les plus minutieux ; la précision du rendu des détails sera d’autant moindre que la distance s’accroîtra. La netteté de l’image dépend de la rapidité avec laquelle l’action diminue lorsque l’écart s’accroît entre la surface émissive et l’écran récepteur.
En effet, d’un point de la surface active abaissons une perpendiculaire sur la plaque réceptrice : le pied de cette perpendiculaire constitue le centre d’un cercle plus énergiquement impressionné dans sa région moyenne que sur ses bords ; la netteté de l’image sera d’autant plus grande que la surface du cercle impressionné sera plus faible, et cette surface est fonction inverse de la rapidité avec laquelle les actions décroissent quand la distance augmente. C’est ainsi que les images équivalent à peu près à celles qu’on réaliserait si les actions ne se produisaient que selon les projections orthogonales des différents points de la surface active.
« Chose curieuse, les images, une fois ramenées au positif, donneront fréquemment l’impression d’un éclairage venu d’en haut. Ce sera le cas toutes les fois qu’un plan, tel que celui du front, se présentera de face et constituera en même temps un relief énergique, tandis qu’un plan voisin fuira rapidement, ainsi que le fait la région qui relie l’arcade sourcilière au globe de l’œil : en même temps que ce dernier plan fuira, il paraîtra s’enfoncer dans une ombre épaisse.
« Le caractère vraiment spécifique des images négatives qui proviennent des actions à distance réside dans le fondu des contours. La limite de la partie visible résulte, pour l’œil, du reploiement de la surface. Si ce reploiement a lieu à une faible distance du plan récepteur, le contour est encore marqué, quoique vaguement ; mais, si ce reploiement ne se produit qu’à une distance supérieure à celle à laquelle les vapeurs agissent, il n’en est tenu aucun compte dans l’image, qui s’atténue progressivement sur ses bords, jusqu’à arriver insensiblement à la disparition complète.
« Pratiquement, malgré le flou des détails et le fondu des contours, les images par vapeur sont bien loin de constituer de simples voiles ; si l’objet présente de forts reliefs, l’image est énergique et accentuée ; il semble simplement qu’on voie l’objet derrière une gaze transparente, ou encore que
cet objet émerge à demi d’un brouillard.
« Nous avons aussi réalisé des images négatives en faisant agir des vapeurs ammoniacales sur des linges imprégnés d’une mixture obtenue en incorporant de la poudre d’aloès à de l’albumine ; l’on sait que l’aloès détient un principe qui brunit en s’oxydant sous l’influence des alcalis 2, en atmosphère humide. Les vapeurs ammoniacales peuvent provenir d’une solution de carbonate d’ammoniaque mouillant, par exemple, une main ou de la simple pierre de soude. On obtient alors sur le linge une sorte d’empreinte de la main, empreinte modelée négativement, dégradée sur ses bords, déformée par défaut dans les points où la main aura été trop écartée du linge, par excès dans les régions où le linge aura enveloppé la main.
La fermentation de l’urée, fermentation qu’on provoque facilement en l’additionnant d’un peu d’urine, provoque la formation du carbonate d’ammoniaque et détermine un brunissement de l’aloès. La fermentation d’une sueur fébrile, riche en urée, conduirait au même résultat, ainsi qu’il est classique. »
— Notes —- cf. les propos d’Yves Delage : » …. je tiens à rétablir les faits et je vous demande pour cela l’hospitalité de votre journal. Je n’aurais pas eu besoin de le faire si le Bureau de l’Académie avait accepté de publier les explications que j’ai données en présentant le travail de M. Vignon. Mais ma note ayant été refusée par le secrétaire perpétuel en fonction ce jour-là, il se trouve que j’ai parlé, pris part officiellement au débat sur le linceul, sans qu’il y ait nulle part une pièce écrite à laquelle je puisse me référer pour dire de quoi j’accepte ou renie la responsabilité. On a beau jeu dans ces conditions à embrouiller les choses. » Delage, Y. (1902). Le Linceul de Turin. La Revue Scientifique, 22, 683-687. [↩]
- substances basiques [↩]