Tomaso Chiuso
(1840-1904)
Tomaso Chiuso est un historien ecclésiastique italien actif dans la seconde moitié du XIXe siècle, principalement à Turin, dont les travaux s’inscrivent dans le contexte du catholicisme post-unitaire et visent à défendre la mémoire et les positions de l’Église face aux transformations politiques du Risorgimento. Doté d’un accès privilégié aux archives diocésaines, il produit des ouvrages riches en documentation, mais marqués par une perspective apologétique et une méthode peu critique, mêlant faits, traditions et interprétations. Ses écrits constituent ainsi des sources secondaires précieuses pour l’étude des discours catholiques de son époque, mais nécessitent une vérification rigoureuse lorsqu’ils sont utilisés comme témoignages historiques, notamment dans des dossiers sensibles comme celui du Suaire de Turin.
La très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ ( 1885 )
Publié en 1885 à Turin, l’ouvrage de Tomaso Chiuso, intitulé La très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénérée dans la Chapelle Royale de Turin, constitue une description érudite et dévotionnelle du Linceul, rédigée par un chanoine de la basilique métropolitaine et éditée par Cav. L. Romano. C’est l’ouvrage que cite Giovanni Pia pour décrire la source des connaissances de Secondo Pia avant sa prise de vue photographique de 1898/ 1
Par ailleurs, Tommaso Chiuso retranscrit ici la lettre pastorale de l’archevêque Lorenzo Gastaldi à la page 124 où on trouve cette mention — « Et si vous, très chers Frères, désirez de nous quelques renseignements sur ce Saint Linceul, nous dirons qu’il est en lin très fin, tissé selon la méthode que nous appelons “de Damas”, d’environ quatre mètres de long et un peu plus d’un mètre de large. » — mention qui se révèle d’une imprécision remarquable au sujet des mesures du tissu.

L’ouvrage de Tommaso Chiuso (1885) se présente avant tout comme un manuel de dévotion structuré, destiné à promouvoir le culte du Saint Suaire à Turin. Dès l’introduction, l’auteur annonce son intention : non pas mener une enquête critique, mais rassembler de manière synthétique les sources scripturaires, patristiques et historiques afin de soutenir la piété des fidèles. La première partie établit ainsi un lien direct entre le Suaire et les récits évangéliques de la sépulture du Christ, en insistant sur les pratiques funéraires juives, sur le rôle de Joseph d’Arimathie et de Nicodème, et sur la valeur probatoire des linges retrouvés dans le tombeau. Le Suaire est d’emblée présenté comme un témoignage matériel de la Passion et de la Résurrection, dont la signification dépasse la simple relique pour devenir un objet théologique.
Dans un second temps, Chiuso développe une argumentation d’autorité fondée sur les Pères de l’Église, les écrivains ecclésiastiques et la tradition historique. Il mobilise des figures comme saint Ambroise, saint Augustin ou encore Origène pour interpréter symboliquement la Sindone, tout en retraçant son parcours historique supposé, depuis Jérusalem jusqu’à Turin via la France et la Maison de Savoie. Cette partie mêle étroitement histoire, tradition et récits édifiants, incluant des épisodes de controverses (notamment à Lirey), des translations successives, ainsi que des événements miraculeux et des protections providentielles (incendie de 1532, vols, guerres). L’objectif est de construire une continuité historique et une légitimité religieuse, en montrant que la relique a été à la fois conservée, reconnue et honorée à travers les siècles.
Enfin, l’ouvrage s’achève sur une dimension apologétique et spirituelle très marquée. Chiuso insiste sur la reconnaissance ecclésiastique du culte du Suaire (indulgences, offices liturgiques, interventions pontificales) et sur les miracles qui lui sont attribués, présentés comme des signes de son authenticité. Il développe également une rhétorique fervente, illustrée par des sermons et des méditations sur les souffrances du Christ visibles sur le linge, faisant du Suaire un véritable « livre de la Passion ». L’ensemble se conclut par des prières destinées aux fidèles, confirmant que l’ouvrage vise avant tout à nourrir la dévotion, affermir la foi et renforcer l’identité religieuse locale, bien plus qu’à proposer une analyse critique ou scientifique de la relique.
Bibliographie
- Chiuso, T. (s.d.). Saggio di antichi documenti dell’archivio arcivescovile di Torino. Torino.
- Chiuso, T. (1885). Storia della Chiesa in Piemonte dal 1797 ai giorni nostri. Torino.
- Chiuso, T. (1885). La très sainte Sindone de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénérée dans la Chapelle Royale de Turin décrite par le théologien Tomaso Chiuso, chanoine de la Basilique métropolitaine. Turin : Cav. L. Romano.
- Chiuso, T. (1892). La Chiesa in Piemonte dal 1797 ai giorni nostri. Torino.
- Istituto Storico Salesiano. (2014). Fonti salesiane. 1. Don Bosco e la sua opera: Raccolta antologica (p. 296). Libreria Ateneo Salesiano. ( date de naissance et mort )
- Pia, G. (1961). La prima fotografia della SS. Sindone. Sindon, (5), Centre international d’études sur le Suaire.
- cf Pia, G. (1961). La prima fotografia della SS. Sindone. Sindon, (5), Centre international d’études sur le Suaire. [↩]