Tristan Casabianca est un chercheur indépendant français dont les travaux portent sur l’histoire des recherches consacrées au Saint Suaire, leur évaluation épistémologique et l’examen critique des arguments employés dans le débat sur son origine. Il ne se situe donc pas principalement dans la production d’une nouvelle représentation sculpturale ou tridimensionnelle du corps, mais dans l’analyse des méthodes, des données et de la portée réelle des résultats proposés.
Ses principales contributions
Son premier apport important concerne l’historiographie du Saint Suaire. Il étudie la manière dont les différentes disciplines — histoire, physique, chimie, médecine, théologie et traitement d’image — ont construit leurs arguments et parfois développé des conclusions incompatibles à partir du même objet.
En 2016, son ouvrage Le Linceul de Turin présente une synthèse des principales recherches alors disponibles. Il y examine notamment les hypothèses de formation de l’image et évoque les travaux de traitement numérique et de restitution tridimensionnelle, parmi lesquels ceux de Thierry Castex. Sa contribution consiste surtout à replacer ces résultats dans l’ensemble du dossier et à discuter leur valeur démonstrative : une représentation tridimensionnelle obtenue à partir des variations d’intensité de l’image constitue un outil d’exploration, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’identifier le mécanisme ayant produit cette image.
L’analyse des données radiocarbone
Casabianca joue ensuite un rôle majeur dans la réouverture du dossier de la datation de 1988. Après avoir obtenu communication des données brutes conservées par le British Museum, il participe avec Emanuela Marinelli, Giuseppe Pernagallo et Benedetto Torrisi à leur analyse statistique.
L’article publié en 2019 dans Archaeometry met en évidence une hétérogénéité des mesures et estime que les données disponibles ne satisfont pas complètement aux conditions permettant de considérer l’échantillon comme homogène. Cette étude ne fournit pas une nouvelle datation du tissu et ne démontre pas directement son ancienneté : elle remet en question la robustesse statistique avec laquelle le résultat médiéval avait été présenté en 1988–1989. cf. Article dans Archaeometry
La discussion des travaux de Thierry Castex
Casabianca participe également à la réception et à la mise en perspective des traitements numériques développés par Thierry Castex. Ces travaux exploitent les variations d’intensité de l’image afin d’obtenir des visualisations en relief et de rechercher des informations difficilement perceptibles sur les photographies ordinaires.
Il convient cependant de distinguer les rôles :
- Thierry Castex réalise des traitements d’image et des restitutions tridimensionnelles ;
- Tristan Casabianca les présente, les replace dans l’histoire des recherches et discute leur signification méthodologique ;
- la transformation d’une intensité lumineuse en élévation produit une visualisation utile, mais ne constitue pas automatiquement une restitution anatomique exacte du corps ni une preuve du procédé de formation de l’image.
La controverse scientifique avec Cícero Moraes
En 2025, le designer 3D brésilien Cícero Moraes publie une simulation comparant l’image produite par un tissu appliqué sur un corps tridimensionnel avec celle obtenue à partir d’un bas-relief. Moraes considère que le bas-relief produit une image moins déformée et plus proche de celle du Suaire.
En 2026, Tristan Casabianca, Emanuela Marinelli et Alessandro Piana publient dans la même revue un commentaire critique. Ils contestent notamment la portée de la comparaison, le caractère partiel de la reconstruction et le passage entre le résultat de la simulation et l’affirmation d’une origine médiévale par bas-relief. Leur position n’est pas que les simulations 3D seraient inutiles, mais qu’elles ne permettent pas, dans leur état présenté, de conclure au procédé historique de fabrication du Suaire.
Moraes répond ensuite point par point, en précisant que son étude portait avant tout sur les déformations morphologiques produites par la projection d’un volume sur un tissu. Cet échange constitue un exemple utile de discussion scientifique contradictoire : modèle numérique, critique méthodologique et réponse de l’auteur sont publiés dans la même revue. Cette discussion est déjà présentée sur la page Cícero Moraes d’Eurêka Sindone.
Bibliographie APA
- Casabianca, T. (2013). The Shroud of Turin: A historiographical approach. The Heythrop Journal, 54(3), 414–423.
- Casabianca, T. (2016). Le Linceul de Turin. Anima Corsa–Presses universitaires de Corse.
- Casabianca, T., Marinelli, E., Pernagallo, G., & Torrisi, B. (2019). Radiocarbon dating of the Turin Shroud: New evidence from raw data. Archaeometry, 61(5), 1223–1231. https://doi.org/10.1111/arcm.12467
- Casabianca, T. (2024). Systematic evaluation of recent research on the Shroud of Turin. Theology and Science. Présentation et texte
- Moraes, C. (2025). Image formation on the Holy Shroud—A digital 3D approach. Archaeometry, 68(1), 84–93. https://doi.org/10.1111/arcm.70030
- Casabianca, T., Marinelli, E., & Piana, A. (2026). Commentary on the article “Image Formation on the Holy Shroud—A Digital 3D Approach” by Cicero Moraes. Archaeometry. https://doi.org/10.1111/arcm.70109
- Moraes, C. (2026). Response to the comments of Casabianca et al. (2025). Archaeometry, 68(4), 864–866. https://doi.org/10.1111/arcm.70112