Une carte du Suaire comme outil de travail

Une carte du Suaire comme outil de travail

Pierluigi Baima Bollone . et Aurelio Ghio

Une carte du Suaire comme outil de travail

Pierluigi Baima Bollone . et Aurelio Ghio

Reconstitution de la carte du Saint Suaire utilisée en 1969 – Farey, Hugh. (2022). 1

Dès la première réunion de la Commission chargée de l’examen de la S. Sindone, il fut proposé un programme de relevé de tout le Linceul selon divers points optiques, avec des références précises à un système fixe d’axes coordonnés (d’après le procès-verbal de ladite réunion).

En effet, pour une description et un relevé de données sur un objet, il est indispensable d’avoir des points de référence précis ; il est donc nécessaire de disposer d’un réseau d’axes coordonnés afin d’éviter le recours à une terminologie approximative (dessus, dessous, haut, bas, droite, gauche, près, etc.), susceptible de générer des équivoques, notamment en raison des différences d’orientation de l’objet lui-même par rapport aux divers observateurs.

Au moment de l’inspection de 1969, en raison du temps limité disponible, il ne fut pas possible de réaliser l’« appareil spécial » (comme proposé dans le procès-verbal précité), mais on procéda à de nombreux relevés photographiques sans réseau d’axes coordonnés. Le problème fut toutefois ultérieurement discuté et l’on reconnut la nécessité d’une solution.

Fondamentalement, deux méthodes pouvaient être adoptées.
L’une, scientifiquement plus exacte, consistait à superposer un réseau au Linceul et à le photographier ainsi ; l’autre, plus simple, consistait à utiliser la photographie déjà réalisée et à y tracer un réseau.

La première méthode serait utilisable pour une recherche unique, c’est-à-dire pour documenter la position des différents points de la Relique à un moment donné, sans devoir répéter ultérieurement le même réseau, peut-être avec une nouvelle recherche ou observation. Il faut en effet garder à l’esprit que, dans le cas spécifique, il s’agit de faire avec un objet susceptible de déformations, puisque la toile peut être plus ou moins tendue et, par conséquent, la position des différents points peut varier par rapport au réseau superposé.

Dans la discussion, il fut toutefois souligné qu’il serait utile d’utiliser une carte à axes coordonnés de l’image de la S. Sindone, de caractère pratique et contingent, mais non pour cette raison moins importante. On a en effet maintes fois constaté la difficulté d’une description correcte de la Relique par les divers auteurs, précisément à cause de l’emploi d’une terminologie relative aux différentes orientations du Linceul. Une telle terminologie serait certes inévitable dans une description générale, mais son sens acquiert une valeur tout autre si elle est accompagnée d’une indication de coordonnées de type cartésien, se référant à une carte bien déterminée.

Il serait donc, d’un point de vue pratique, important de mettre à la disposition des chercheurs de la S. Sindone une carte de ce genre qui, réalisée sous le contrôle de la Custodie de la Relique, conservée et reproduite en copies, viendrait à acquérir la valeur d’un document officiel auquel se référer.

On procéda donc à l’agrandissement d’une photographie en couleur de dimensions suffisantes pour un examen assez détaillé, soit de 11 × 29 cm, correspondant à environ 1/4 de la surface totale et à environ 1/6 par rapport au Linceul.

Sur cette photographie fut tracé avec soin, auprès du Polytechnique de Turin, un réseau à lignes fines à l’encre de Chine, de sorte que chaque carré mesurât 1 cm². Le réseau des abscisses fut numéroté de 1 à 111 ; celui des ordonnées comportait les lettres de l’alphabet, 26 minuscules (de a à z) et trois majuscules (A, B, C).

Cet échantillon de carte fut présenté à la Commission réunie le 24 novembre 1973 (voir le procès-verbal) et obtint l’approbation. Il sera reproduit en format réduit afin d’en faciliter la diffusion et l’utilisation par les chercheurs.

On s’adresse donc d’ores et déjà à ceux qui, à l’avenir, entreprendront des études sur la S. Sindone, pour qu’ils veuillent bien se référer à cette carte.

En lui reconnaissant une valeur officielle, on surmontera également la difficulté relative aux variations possibles des dimensions de la toile, petites mais réelles en raison des conditions hygrométriques ambiantes, surtout en raison des différents étirements du Linceul.

Il sera ainsi possible d’obtenir des déterminations numériques des mesures en se référant aux dimensions du Linceul, appliqué sur un châssis en bois, comme ce fut le cas lors de la séance de la Commission du 24 novembre 1973 ; à cette occasion, la Commission elle-même a comparé la carte au Linceul et, par des mesures et des calculs appropriés, a déterminé que, dans ces conditions, le côté de chaque carré de la carte correspondait, sur le Linceul, à une longueur de 3,94 centimètres.

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