Une conférence du professeur Vignon

Une conférence du professeur Vignon. La Stampa (1931, 2 mai). p 3.
Une conférence du professeur Vignon
Parmi les visiteurs venus de toute l’Italie et de l’Europe à Turin pour l’ostension du Saint Suaire — et qui montrent, par leur présence, combien l’intérêt pour cet événement solennel et remarquable est vif partout — l’un des plus significatifs est certainement le professeur Paul Vignon, de la Sorbonne.
L’illustre homme de science, qui déjà il y a trente ans était venu parmi nous et avait eu l’occasion d’examiner attentivement la précieuse relique, a accepté de donner, chez le comte Carlo Parea, devant une société choisie, une conférence.
Sans entrer en rien dans la question religieuse, le professeur Vignon, en homme de science, se limite à examiner les faits relevant de son domaine et à en tirer, après un examen rigoureux, la conclusion qui, à la lumière de la science, lui paraît la plus plausible ; il a ainsi retracé brièvement l’histoire.
« Un mystificateur — a déclaré le professeur Vignon — n’aurait jamais pu, même en consacrant des mois à une telle œuvre, produire un ensemble d’empreintes comme celles que présente le Saint Suaire. Il aurait donné une image grossière et naïve du Christ, comme le sont toutes les reproductions postérieures du suaire — celle de Besançon, par exemple, ou celle de Chambéry — et non un ensemble d’empreintes d’une authenticité convaincante.
Considérée dans son ensemble et dans ses détails, avec le réalisme le plus dégagé de préjugés, comme un expert examinerait une photographie suspecte, la Sindone ne présente aucun élément qui fasse penser à un excès de zèle religieux ou à une volonté de tromper de la part d’un artiste ou d’un artisan, de bonne ou de mauvaise foi.
Les empreintes sont celles qu’a pu laisser un homme enveloppé dans un linceul comme le fut le Christ, à la suite d’un phénomène chimique qui peut surprendre, mais ne saurait être tenu pour impossible. »
Se référant aux expériences photographiques du chevalier [Secondo] Pia, Vignon affirme qu’aucun faussaire du VIIIe ou du Xe siècle n’aurait pu concevoir des images qui, avec l’invention de la photographie, produiraient au développement une image vivante et saisissante du Rédempteur.
Vignon raconte qu’il s’est lui-même soumis à l’expérience, se faisant couvrir de sang et envelopper dans un linceul semblable à celui du Christ ; mais les résultats n’ont été que des gribouillis, tous pires les uns que les autres.
La conférence, d’un très grand intérêt, animée par la causerie brillante et humaniste du professeur Vignon, a été suivie avec une vive attention par l’auditoire choisi, qui a longuement applaudi.
Cette réunion exceptionnelle, due à l’hospitalité raffinée de la maison Parca, a contribué, s’il était possible, à raviver encore l’intérêt déjà très vif pour l’événement en cours.